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  • Michel Lerond
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  • Ecologue et essayiste. Dans notre pratique professionnelle, nous avons pu contribuer, notamment, à un meilleur accès à l’information sur l'environnement.

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Lundi 2 novembre 2009 1 02 /11 /Nov /2009 17:48

Dans le brouhaha du monde, on n’entend guère parler du continent africain qu’en termes de sécheresses, d’inondations, de famines ou de révoltes. L’Afrique risque pourtant d’être une des principales victimes des modifications climatiques et constitue déjà le continent le plus affamé. Les deux problématiques sont d’ailleurs très liées. Limiter la déforestation pourrait contribuer à réduire les émissions de gaz à effet de serre, de même que favoriser l’agriculture vivrière pourrait réduire les famines.

Pourtant les Africains se mobilisent, comme on a pu le constater dans la déclaration de Libreville (Gabon) d’août 2008 qui engage 53 Etats à mieux se coordonner pour réduire les risques sanitaires liés à l’environnement. Mais les universités africaines, populeuses et manquant de moyens, peinent à former les cadres nécessaires. Toutefois le désir d’étudier des jeunes (multiplication par 5 du nombre d’étudiants en 20 ans) est encourageant. On peut invoquer de multiples causes à cette situation, globalement difficile, mais ne faut-il pas que les Africains débattent eux-mêmes de leur avenir, du développement qu’ils souhaitent en se donnant les moyens politiques de cette évolution.

Les paradoxes ne manquent pas quand on constate la diversité de la production agricole exportée alors que 21 pays ont recours à une aide alimentaire extérieure ; que le Nigeria regorge de pétrole qui rapporte des dizaines de milliards de pétrodollars alors que les populations manquent d’électricité et d’infrastructures ; que l’Afrique a peu recours à l’énergie solaire alors que l’Europe envisage la construction de supercentrales qui permettraient d’assurer 15 % des besoins européens en 2025, sans se soucier des besoins locaux…

En ce début de XXIème siècle, l’Afrique se cherche et il semble urgent qu’elle fixe la voie. Après un demi siècle d’affranchissement du colonialisme, revoilà des exploiteurs à l’affût, plus subtils et plus nécessiteux. Ainsi les Etats-Unis, intéressés par les richesses pétrolières, et plus encore la Chine, pour qui l’Afrique est devenue un objectif essentiel. La Chine voit l’Afrique comme un débouché pour ses produits, une destination pour ses travailleurs et aussi une zone de captation des richesses du sous-sol. Jusqu’où ira ce « néo-sino-colonialisme » qui prévoit de délocaliser une partie de l’agriculture chinoise en Afrique où elle exploite déjà plusieurs millions d’hectares et envisage d’installer de l’ordre d’un million de Chinois dans des fermes expérimentales africaines…

Par Michel Lerond - Publié dans : Gouvernance
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Lundi 28 septembre 2009 1 28 /09 /Sep /2009 12:05

Le G20 s’est réuni ces jours-ci à Pittsburgh, aux Etats-Unis. Le Groupe des 20 est un forum économique créé en 1999. Il rassemble 19 états et l’Union Européenne afin de favoriser la concertation internationale à travers un dialogue élargi aux grands pays émergents. L’histoire de ce groupe remonte à 1975, date de création du G6, élargi en G7 puis en G8 avec les pays les plus puissants du monde sur le plan économique. Enfin, la Chine, l’Inde, etc. rejoignent le groupe pour former le G20. Actuellement, c’est le G8 qui décide de grandes orientations relatives à l’économie mondiale. Les autres pays du G20 ne participent pas encore totalement à cette gouvernance mondiale. C’est déjà une avancée considérable, mais les pays les plus pauvres ne participent pas du tout à ces discussions.

Devant l’ampleur de la crise économique mondiale, le G20 devrait pouvoir fonctionner de façon permanente, avec l’objectif d’associer au plus tôt les petits pays. Cela demande une refonte de l’ONU (Organisation des Nations Unies). On sait qu'il existe environ 200 pays dans le monde, mais on ne peut en préciser le nombre exact, car certains territoires sont considérés comme indépendants par au moins un autre état, mais pas par l'ONU. Le nombre le plus vraisemblable est de 198 états.

Il est devenu indispensable de faire un saut démocratique à l’échelle mondiale afin de réguler, par exemple, les marchés des denrées agricoles pour en faciliter l’accès aux pays les plus pauvres, au moment où l’on vient de dépasser le milliard d’humains sous-alimentés (dont 50 % de petits paysans !). La régulation d’une économie mondialisée passe nécessairement par une gouvernance mondiale, ce qui suppose des discussions à 200 dans le cadre de l’ONU, avec des règles de fonctionnement qui restent largement à inventer. Il faut passer de la « parlotte » aux décisions effectives… pas simple ! Actuellement, au sein du G8, en quelque sorte, on parle de tout, mais on ne décide rien.

Avec la gestion des modifications climatiques, un enjeu essentiel de cette gouvernance mondiale à inventer est de réguler les productions agricoles afin de ne pas spolier les petits producteurs des pays pauvres. Des investisseurs internationaux s’emparent actuellement de terres agricoles, notamment en Afrique, par le biais de transactions à grande échelle sans trop se soucier de répartition entre exportation et consommation locale. La destructuration des agricultures familiales des pays pauvres se fait trop souvent au profit des pays riches dont les besoins en agrocarburants ou produits tropicaux augmentent.

Faut-il s’accomoder d’un milliard d’humains souffrant de la faim ? Il est temps de prendre le risque d’une gouvernance mondiale, ce sera très difficile, mais cela pourra éviter bien des conflits…

Par Michel Lerond - Publié dans : Gouvernance
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Mardi 8 septembre 2009 2 08 /09 /Sep /2009 08:37

Nous y voilà ! Le principe de la taxe carbone a été retenu en France et c’est la cacophonie, les uns se drapant dans de beaux vêtements verts tout neufs, les autres ressortant les vielles recettes démagogiques. Faut-il le redire encore, nous avons changé d’époque. Il s’agit maintenant d’adapter l’économie et la fiscalité à cette nouvelle donne des ressources rares. Il faut aussi, et avec détermination, réduire les émissions de CO2 afin de ralentir le processus de modification climatique. Alors, la taxe carbone, une surprise ?

Si Michel Rocard a rendu son rapport sur un projet de Contribution Climat Energie (CCE) en juillet 2009, cette mesure avait été retenue dans le Grenelle de l’environnement, à la suite des propositions du pacte écologique de Nicolas Hulot de 2006, accepté par tous les candidats à l’élection présidentielle. Auparavant, en 1991, la Suède avait institué une taxe carbone, de 27 € la tonne, aujourd’hui à 108 € la tonne. Et encore avant, qui se souvient des discours enflammés après le choc pétrolier de 1973 pour faire évoluer l’économie.

Qu’ont fait depuis ces trois décennies les constructeurs automobiles pour produire de nouvelles motorisations, frugales en énergie fossile ? Qu’ont fait les politiques pour modifier l’aménagement du territoire afin de parvenir à une répartition spatiale équilibrée de l’habitat, des services et des emplois, même en milieu rural ? Qu’avons-nous fait, chacun de nous, pour réduire nos déplacements et modifier nos comportements ? Certes, ces dernières années on a vu des débuts de réponse à toutes ces questions, mais bien timorées encore. Malgré des années de pédagogie, d’information, de médiatisation, on voit bien que le seul argument qui pèse (à l’exemple du bonus-malus sur les voitures) c’est le FRIC. Nous n’avons pas voulu regarder collectivement la réalité, il faudra bien payer la note… Voir notre chronique du 26-05-09 : « Vers une dictature écologiste ? »

Il est vrai que ce sont les gens les plus fragiles qui risquent de subir cette taxe le plus douloureusement. Mais la fiscalité est un art si subtil que l’on peut imaginer aisément des compensations adaptées. Quoi qu’il en soit, il paraît indispensable que tout le monde y participe, même modestement, afin que cette taxe soit dissuasive. En évitant de construire une usine à gaz, il faut que cette taxe soit juste, simple et transparente. Il faut aller progressivement vers une fiscalité qui protège l’environnement, en annonçant dès le départ que cette taxe commence à un taux modeste (par exemple autour de 25 €) et augmentera de 5 à 10 % par an, à définir. Il faut également prévoir au départ que cette taxe soit payée par tous (y compris les entreprises, les collectivités et les transports routiers et aériens) et pas seulement par les ménages et qu’une redistribution soit possible en fonction de critères liés aux économies d’énergie. Oui, il faut rapidement une taxe carbone applicable à tous, progressive et juste.

Par Michel Lerond - Publié dans : Gouvernance
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Lundi 17 août 2009 1 17 /08 /Août /2009 11:01

        Le 29 avril 2009, le président de la république française présentait les travaux des dix équipes qui ont participé à la consultation internationale sur le devenir du Grand Paris. Le 16 juillet, Nicolas Sarkozy venait au Havre confirmer son intention de faire de ce port celui du Grand Paris. Au-delà des effets d’annonce d’un moment, il est toujours instructif de replacer les discours dans un contexte historique plus large.

       On pourrait rappeler que l’axe séquanien a été reconnu dès le 9ème siècle en constituant une voie de pénétration aux invasions qui ont débouché sur la création du duché de Normandie en 911. Mais cela est un peu lointain… Ou que Napoléon disait volontiers « Paris, Rouen, Le Havre, une seule ville dont la Seine est la grande rue », mais c’est un peu bonapartiste…

        Plus près de nous, c’est en 1965 que le Schéma Directeur de l’Ile-de-France, piloté par Paul Delouvrier, lie le développement de la région francilienne à sa porte maritime s’ouvrant sur toute la baie de Seine, incluant Caen et la Basse-Normandie. Et c’est en 1971 qu’est publié le Schéma d’aménagement de la Basse-Seine, suivant la tendance du moment de créer des « villes nouvelles ». Ce schéma prévoit alors une urbanisation importante de la vallée de la Seine, avec une coupure verte, le parc naturel régional, entre les installations portuaires. Enfin, en 2006, l’Etat approuve la DTA (Directive territoriale d’aménagement) de l’estuaire de la Seine. Celle-ci a pour ambition de projeter l’aménagement à l’horizon 2025 avec notamment la création d’une « métropole régionale » Caen-Le Havre-Rouen pour assurer un débouché maritime à la région francilienne.

        Alors Le Havre, port de Paris avec un développement portuaire encore plus important ? Oui, il y a une logique d’aménagement, mais en prenant garde de rester dans une démarche de développement soutenable avec des ambitions énergétiques et en permettant au Port de Rouen de faire pénétrer les cargos à l’intérieur des terres, plus près des lieux de consommation. Un TGV Paris-Le Havre à l’horizon 2020 ? Pourquoi pas, d’autant plus que les acteurs régionaux le réclament depuis une vingtaine d’années, sous réserve qu’il desserve les villes et non pas les champs de maïs… Une métropole régionale normande ? Oui, en prévoyant une liaison ferroviaire entre Caen et Le havre, « oubliée » dans la DTA, malgré le rappel de l’évaluation.

        Mais alors où est la nouveauté si ce n’est que l’on pourrait mettre en œuvre des projets déjà réfléchis depuis… 38 ans et actés depuis 3 ans. Passons donc aux actes, avec de grâce, une consultation préalable des institutions représentatives des territoires concernés, une réunification de toute la Normandie et une évaluation des projets en matière de développement soutenable, avant réalisation.

Par Michel Lerond - Publié dans : Gouvernance
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Lundi 15 juin 2009 1 15 /06 /Juin /2009 17:48

Après une longue et douloureuse maladie, le parti socialiste français a laissé échapper, lors des élections européennes du 7 juin 2009, un râle qui laisse penser à certains qu’il est à l’agonie… Ainsi donc, à l’âge de 38 ans seulement, ce parti aurait cessé de vivre. Mais les partis politiques aussi sont mortels.

Les commentaires vont bon train sur cet épisode de la vie politique dont les Français, et les journalistes en particulier, raffolent. Après tout, peu importe qu’un parti disparaisse, si ce n’est en profiter pour s’interroger sur le sujet de fond. Comme toujours, lorsque l’avenir se trouble, il est urgent de revenir aux fondamentaux. Qu’est-ce que cela signifie au juste, la Gauche ? La question peut être pertinente dans un contexte où l’on voit les électeurs européens conforter les conservateurs au moment où une crise profonde appelle au changement, où les libéraux sont à la fois de Gauche et de Droite, où certains Etats de Droite nationalisent des banques, etc. Quel trouble !

Revenir aux fondamentaux est toujours un peu réducteur, afin de ne retenir que l’essentiel en formules lapidaires, pour être pédagogique. Alors le fondement de la Gauche, ne serait-ce pas essentiellement le partage du pouvoir. Ce qui s’oppose au cumul des mandats, au machisme électoral, au « Français d’abord »… Partager le pouvoir au sein de la nation, c’est garantir la liberté des individus. Partager le pouvoir entre les nations, c’est garantir la liberté des peuples. Si l’on partage le pouvoir, les décisions seront plus consensuelles et faciliteront le partage des richesses, donc l’égalité. Reste à préciser à quelle échelle géographique on se positionne. On partage entre Français, entre Européens ou entre Terriens ? Dans ce dernier cas il est clair que les pays du Nord devraient mettre en place une décroissance pour permettre aux pays du Sud de se mettre à niveau… Enfin, si l’on parvient à mieux partager les richesses, les raisons de conflits diminuent et ainsi la fraternité des individus et des peuples est mieux assurée. Si l’on inverse le raisonnement, assurer la Liberté, l’Egalité et la Fraternité suppose le partage du pouvoir :

-   Mettre fin au cumul des mandats, mais aussi accepter de participer à la vie collective, plutôt que se réfugier dans la contestation, etc.

-   Répartir les richesses, notamment l’alimentation et l’énergie, ce qui suppose une révision drastique de l’agriculture, des déplacements et de la géopolitique, etc.

-   Résoudre les conflits relatifs à l’accès à l’eau, aux ressources du sous-sol ou aux courants migratoires liés aux modifications climatiques, etc.

Pas si simple la Gauche. Devra-t-elle se refonder ou simplement naître ? Bon courage.

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Lundi 1 juin 2009 1 01 /06 /Juin /2009 18:31

Cette année encore, la Fête de l’Europe a été largement « oubliée » en France. Les médias ont été d’un silence assourdissant à cet égard, en leur allouant comme circonstance atténuante qu’il y avait bien peu à dire… (Voir notre chronique du 20 mai 2008 : « Et entre le 8 et le 10 ? »).

Dans moins d’une semaine maintenant auront lieu les élections pour renouveler les députés européens. Le moins que l’on puisse dire est que la campagne n’aura pas été passionnée. Lancée tardivement, avec des objectifs parfois flous, elle n’a pas mobilisé les foules, d’autant que ni les médias, ni les politiques n’ont fait d’excès de zèle pour expliquer les modalités du vote et ses enjeux.

Quelle occasion manquée de débattre sur le thème de la Crise et surtout les remèdes à y apporter. Il est vrai qu’en France la pédagogie sur l’Europe rencontre toujours des difficultés et que le débat redevient vite franco-français. Cette renationalisation du débat est bien regrettable dans la mesure où l’Europe pourrait apporter la dimension nécessaire à des moyens de résoudre la Crise. Certains Européens convaincus expriment maintenant leur crainte d’une réversibilité de l’unification européenne, ce qui paraissait impensable il y a peu. Ce serait un désastre !…

Financière, économique, puis sociale, la Crise est aussi écologique et demande à ce que soit repensée la construction européenne. C’est l’occasion ou jamais de s’interroger sur ses orientations concernant l’agriculture, les transports et les infrastructures, la production d’énergie et aussi sur le déficit démocratique. C’est tout cela que nous aurions dû entendre pendant la campagne, il en fut bien peu question…

Les gribouilles de la politique ont déversé des milliards sur les banques alors qu’il aurait fallu instaurer des contrôles et une austérité financière, relancé les infrastructures routières plutôt que réduire de façon drastique la circulation des camions, invité à la consommation au lieu de réduire les pollutions agro-alimentaires…

L’Europe reste une magnifique opportunité pour affronter les grands défis écologiques du 21ème siècle naissant, c’est LE projet que nous devons construire ensemble. Nous ne pouvons pas rater cette occasion et nous devons renforcer l’Europe plutôt que la laisser s’étioler… Voter le 7 juin, c’est le minimum que nous puissions faire pour l’avenir de nos enfants.

Par Michel Lerond - Publié dans : Gouvernance
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Mardi 26 mai 2009 2 26 /05 /Mai /2009 09:29

Voilà maintenant une quarantaine d’années que l’on a pris conscience véritablement de l’importance des problèmes d’environnement. Depuis, de nombreuses étapes ont marqué la sensibilisation accrue à ces questions. Faut-il rappeler encore le premier choc pétrolier de 1973, le Sommet de la terre de Rio de 1992 et plus près de nous le film d’Al Gore en 2006, ou le Grenelle de l’environnement de 2008… A force de répétition, ces rappels deviennent lassants.

Pourtant les grands défis de la biodiversité, de l’eau, du climat et de l’énergie sont devenus des enjeux auxquels nous devons répondre au plus tôt, faute de quoi nous aurions à en pâtir (Voir notre chronique « Qu’est-ce qu’on attend ? » du 06-01-09). Certes les choses avancent et des initiatives nombreuses sont prises pour préserver ou restaurer la biodiversité qui nous fait vivre, pour mieux gérer l’eau et répondre aux besoins des pays pauvres, pour réduire les émissions de gaz à effet de serre ou encore pour innover en matière énergétique. Mais ces mesures restent très insuffisantes et trop lentes à se concrétiser.

Nous sommes dans une course de vitesse entre des facteurs de dégradation et des facteurs de rénovation, les seconds n’ayant toujours pas rattrapé les premiers. Si bien que le « déficit écologique » continue de s’accroître. Cela peut durer jusqu’à des seuils de rupture qui semblent proches. On peut donc penser que lorsque ces seuils seront atteints, il ne restera plus qu’à prendre des mesures drastiques pour tenter d’éviter la catastrophe. On sent bien le désarroi de la classe politique à cet égard. Que va-t-il se passer, par exemple, quand les petits salaires ne pourront plus payer leur énergie pour chauffer la maison et aller au travail ? N’y a-t-il pas un moment ou la stabilité des rapports sociaux pourrait être remise en cause ? La radicalisation actuelle des mouvements sociaux nous rappelle que les choses peuvent bouger assez vite et se soustraire à tout contrôle. Que pourront faire alors les gouvernants, quelque soit les partis, sinon réagir de façon autoritaire. Acculés, ils seront peut être contraints, un jour pas si lointain, par exemple de sanctionner fortement les atteintes à la biodiversité, de fermer l’eau à certaines heures, d’établir des quotas de déplacements annuels indépassables, de réserver les transports par avion à quelques cas particuliers, ou encore de limiter fortement les consommations d’énergie fossile. Le tout assorti bien sûr de contrôles policiers très rigoureux, pour tenter de faire face à des défis énormes.

Le pire n’est jamais sûr, heureusement, mais il va peut être nous falloir choisir entre la révolution verte, à laquelle chacun de nous peut contribuer, et la dictature écologiste, à laquelle nous ne pourrons échapper si la crise devait s’aggraver.

Par Michel Lerond - Publié dans : Gouvernance
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Lundi 23 mars 2009 1 23 /03 /Mars /2009 18:44

Cest formidable, pour une fois tout le monde est d’accord : il faut simplifier le millefeuille territorial de la France. Mais tout le monde est d’accord aussi pour modifier le moins possible l’existant et surtout ne rien supprimer… Ah la schizophrénie à la française !

Après le rapport Attali qui avait déclenché les foudres en proposant la suppression des départements début 2008, voilà que le rapport Balladur, un an plus tard, provoque un séisme en proposant de réformer les collectivités locales.

Il est vrai qu’avec 26 régions, 100 départements, 3 000 intercommunalités et 36 700 communes, le paysage territorial français aurait bien besoin d’être redessiné. Le pouvoir en place, non dépourvu d’arrières pensées électoralistes, a finalement préféré temporiser et différer la réforme plutôt que d’affronter les élus mécontents.

Il y a donc beaucoup de « non-dit » dans cette réforme, tant au niveau du gouvernement que des élus locaux eux-mêmes. Derrière les récriminations (ont-ils seulement lu le rapport Balladur ?) combien d’élus ont des arguments fondés autres que le maintien de leur(s) mandat(s)… Derrière l’hostilité à cette réforme se cache, en effet, le problème récurrent du cumul des mandats qui créé la confusion sur les fonctions électives : en démocratie, un mandat politique doit rester une fonction, ce n’est pas une profession.

La réforme des collectivités locales, pour aboutir, devra être accompagnée d’une relance démocratique pour régler la question du cumul des mandats, appliquer la parité, rajeunir la classe politique, et préciser le statut de l’élu, notamment lorsqu’il n’est pas issu de la fonction publique.

Ce n’est qu’en réglant ces questions que l’on pourra vraiment faire évoluer l’organisation territoriale. Le rapport Balladur ne règle pas tout, mais il apporte des pistes de réflexion très constructives qui ne doivent pas être écartées. « Il est temps de décider », tel est le titre du rapport ; en démocratie c’est l’électeur qui décide et celui-ci est libre de ne plus voter pour les cumulards, de voter pour davantage de jeunes et de femmes. Encore faut-il que l’électeur soit démocrate et non monarchiste…

 

Voir aussi nos chroniques « Ferez-vous le 11 ? » du 22 janvier 2008 ; « Faut-il supprimer les départements ? » du 11 mars 2008 et « Comment décider ? » du 17 février 2009.

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Mardi 17 février 2009 2 17 /02 /Fév /2009 08:39

Chacun l’a remarqué, certaines décisions publiques sont prises « à la va-vite » sans que l’on voit clairement quel en est le fondement, quand ce n’est pas « le fait du prince » qui décide seul, sans argumentaire audible. C’est ainsi qu’a été décidé le programme nucléaire français, dans les années 1970, ou ces derniers temps le lancement des EPR. C’est aussi de cette manière qu’en Haute-Normandie, il y a quelques années, ont pu être décidés des contrats d’agglomération sans que l’on ait pris la peine d’en définir les objectifs… Au-delà de la rigueur intellectuelle se pose la question du bon usage des fonds publics, au bénéfice de la collectivité, dans une perspective de développement soutenable.

En ces temps de crise que nous traversons, la prise de décision est d’autant plus importante que ses conséquences peuvent être très lourdes. Dans le domaine de l’aménagement, de l’urbanisme ou de l’environnement les décisions sont parfois perçues comme déconnectées des réalités quotidiennes ou des engagements pris par ailleurs comme, par exemple, ceux du Grenelle de l’environnement. Pourtant le processus de décision devrait être toujours le même : diagnostic à enjeux à objectifs à actions.

Le diagnostic fait apparaître les grandes composantes du problème à résoudre et identifie les enjeux révélés par la description de cet état initial. Ces enjeux sont hiérarchisés, puis déclinés en objectifs stratégiques, en vue d’estimer les impacts. C’est à ce stade que des indicateurs sont choisis par rapport aux enjeux identifiés comme prioritaires pour faire l’objet d’un suivi régulier. Ce n’est qu’en fonction de ces éléments que seront décidées les actions, en toute connaissance de cause.

Le processus de décision, pour être efficace, doit être associé à une démarche d’évaluation et bien sûr à une concertation. On voit bien tout le chemin qui reste à accomplir, du niveau communal au niveau national, pour que les décisions publiques soient prises en connaissance de cause, en concertation et en faisant l’objet d’une évaluation des résultats par rapport aux objectifs.

Alors, c’est décidé ?

Par Michel Lerond - Publié dans : Gouvernance
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Mardi 3 février 2009 2 03 /02 /Fév /2009 09:15

Cela fait bien longtemps que l’eau est considérée comme un bien précieux. On sait maintenant que l’accès à l’eau potable est devenu un enjeu planétaire, particulièrement dans les pays en développement. En 1950, chaque terrien disposait de 16 800 m3 d’eau douce par an, en 2000 de 7 300 m3 et en 2025, ce ne sera plus que 4 800 m3. Déjà, aujourd’hui, près de 20 % de la population mondiale n’a pas accès à l’eau potable…

Même si l’acuité est moindre, la ressource en eau commence à poser problème aussi dans les pays en développement. Ainsi en France, 1/4 de l’eau est utilisée pour l’alimentation, 1/4 pour l’industrie et l’énergie et 1/2 pour l’agriculture (dont 50 % pour la culture du maïs irrigué !). Une concurrence entre les usages de l’eau apparaît de plus en plus souvent, par exemple dans les pays méditerranéens où le tourisme exerce une forte pression : en été le littoral de la Méditerranée accueille 250 millions de visiteurs en plus des 150 millions de résidents, avec des impacts forts. Les océans, ressources inépuisables, sont maintenant menacés d’asphyxie sur tous les littoraux du monde du fait de l’apport de matières organiques par les eaux usées et les intrants agricoles. Les modifications climatiques aggravent cette situation en modifiant le régime des pluies et créant des conditions de sécheresse extrême.

La gestion de l’eau est devenue, en quelques décennies, un défi à relever pour garantir la sécurité alimentaire, hydrique et énergétique de certaines régions, comme l’a rappelé le 13ème congrès mondial de l’eau tenu à Montpellier en septembre 2008. Des réponses doivent être apportées par les Etats et les collectivités locales. Ceci revient à poser la question de la répartition des rôles entre opérateurs privés et régies publiques de la gestion de l’eau, étant entendu que certaines missions ne peuvent pas être prises en charge par des opérateurs privés, faute de rentabilité économique (protection de la ressource, restauration des zones humides, etc.).

Il est urgent de considérer l’eau comme un bien essentiel, et l’accès à l’eau potable comme un droit fondamental, ce qui ne peut être un enjeu de marché. Les questions à résoudre sont celles de la « propriété » de l’eau et de sa gestion. La propriété des réserves devrait pouvoir être « mondialisée » (avec la création d’une agence mondiale de l’eau) afin d’éviter les guerres de l’eau entre Etats. La gestion devrait être assurée par des régies publiques à différents niveaux, en s’appuyant sur l’exemple français des Agences de l’Eau qui épousent les bassins hydrographiques plutôt que les délimitations administratives classiques et embrouillées. La RGPP (Réforme générale des politiques publiques) que met en place la France actuellement offre des opportunités de réflexion et de proposition à cet égard, à l’exemple de Paris et bien d’autres villes.

Par Michel Lerond - Publié dans : Gouvernance
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