Souvent sur ce blog, nous avons vilipendé les politiques pour leur manque de clairvoyance, de prospective et de conscience de l’importance de notre environnement. Pourtant… quelle agréable surprise lorsque l’on entend des propos d’une lucidité implacable qui font chaud au cœur.
Ainsi, Edgar Pisani, ancien ministre de De Gaulle et de Mitterand, fut l’un des pères de la Politique agricole commune européenne (PAC). Décédé le 20 juin 2016, à l’âge de 97 ans, Edgard Pisani a eu la lucidité, à la fin de sa vie, de mettre en cause sa propre action qui a conduit… à la toute puissance de l’agrobusiness. C’est par cette révolution des pratiques agricoles que va se faire progressivement la mise sous tutelle de la paysannerie par l’agrobusiness, l’invasion de la chimie, la destruction des sols et des haies. Edgar Pisani confiait qu’il n’aurait pas imaginé que cette politique irait aussi loin et se le reprochait.
La PAC a en effet conduit à l’émergence d’une dualité agricole, avec les grandes cultures et l’agriculture familiale, dont l’équilibre s’avéra vite illusoire. Ceci allant jusqu’à l’asphyxie de l’agriculture familiale, asservie à la grande distribution et l’agrobusiness. Une cinquantaine d’années plus tard, la France a perdu 4/5 de ses exploitations agricoles et environ 25 % de ses emplois à la terre.
C’est au vu de ce constat qu’Edgar Pisani se demandait comment faire marche arrière. Dans ce but, il proposa de corriger les excès de la PAC avec, par exemple : Remettre en chantier l’ensemble des mesures qui ont pris place dans la Politique agricole commune, pour que celle-ci assume, conformément au Traité de Rome, non plus seulement sa fonction productive mais tout en même temps sa fonction sociale, territoriale, culturelle. Il alla même jusqu’à proposer une évolution drastique de la PAC : Un nouveau système d’intervention doit être adopté, qui tienne compte de la nature des produits, de la région de production, qui soit inversement proportionnel à la dimension des exploitations et intègre les fonctions non productives de l’exploitation. Il ajoutait encore qu’une PAC refondée doit être au service exclusif de l’agriculture et des agriculteurs. L’agrobusiness et ses usines agricoles relèvent de l’industrie et doivent de ce fait être non seulement exclus des aides agricoles, sans exception aucune, mais en plus, soumis aux règles communes de la politique de concurrence en vigueur dans l’industrie.
En quelque sorte, Edgar Pisani invitait à liquider l’héritage du ministre de l’agriculture du général de Gaulle, c’est à dire lui-même. Imaginons que quelqu’un assure son héritage intellectuel… C’est pas foutu, je vous dis !