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  • Michel Lerond
  • Ecologue et essayiste. Dans notre pratique professionnelle, nous avons pu contribuer, notamment, à un meilleur accès à l’information sur l'environnement.

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14 octobre 2019 1 14 /10 /octobre /2019 14:47

La résilience :

     Dès lors la grande question est de savoir, s’il y a effondrement, ce qui viendra après, tout cela étant à imaginer et à créer. Voilà bien du nouveau ! Mais quel avenir proposer à nos enfants et petits-enfants si la fin de ce monde est inévitable ? Les survivalistes américains construisent déjà des bunkers et accumulent des conserves pour survivre tandis que les collapsologues essaient d’inventer des communautés locales fondées sur l’entraide. Si pour certains il est déjà trop tard pour la transition écologique, il faut, a minima, s’organiser pour surmonter cette crise de civilisation. Pour s’en sortir, il faudrait tout de suite une économie de guerre, un état d’urgence climatique, afin de rationner les carburants, les vivres et sans doute limiter les naissances dans un contexte planétaire. Tout cela étant bien éloigné des préoccupations liées au pouvoir d’achat… et pas très vendeur pour de prochaines élections ! Mais c’est cela la résilience.

     Nous voilà à la bifurcation où il faut choisir : tout faire pour empêcher cet effondrement ou admettre la fatalité et s’y adapter. Et ensuite ? Vivre dans des grottes, comme des chasseurs-cueilleurs primitifs ? Mais non, plutôt inventer une nouvelle civilisation, en ne répétant pas les erreurs du passé, en renouant une relation intime avec la nature, notre mère nourricière. Comme nous le répétons depuis des années, il faut refaire le monde, quel plus beau challenge peut-on espérer ? Le pire n’est jamais sûr, mais il est possible. Regardons les choses en face, avec réalisme et réagissons, avec résilience, afin de surmonter cette épreuve qui pourrait bien être redoutable de toute façon.

     Bien sûr les avis sont partagés entre imminence de l’effondrement ou délai d’une quinzaine d’années pour réagir. Mais d’ores et déjà, des citoyens s’organisent, seuls ou en communautés, pour retrouver des savoirs anciens, reprendre contact avec la nature à la campagne, pratiquer la permaculture… Une nouvelle vague de bobos écolos soixante huitards ? Peut-être, mais pas seulement. On rencontre dans cette mouvance aussi d’anciens banquiers ou informaticiens, lassés du « monde moderne » oppressant et anxiogène, soucieux de réinventer une vie collective.

     Mais alors quelles solutions envisager pour sortir de cette crise ? On retrouvera des pistes dans « Faire passer le message » pour orienter la construction de ce monde nouveau. A ces orientations générales, on peut ajouter quelques remarques telles que la nécessité urgente de revoir les bases de notre économie afin de privilégier les intérêts publics plutôt que les spéculations pour quelques-uns. Que faut-il gérer en commun si ce n’est ce qui correspond aux besoins primaires de la population, à savoir l’eau et l’alimentation en premier lieu. A titre d’exemple rappelons mes proposions faites en 2009, comme nationaliser l’eau. La gestion de l’eau est devenue un défi à relever pour garantir la sécurité alimentaire, hydrique et énergétique de certaines régions. Il est urgent de considérer l’eau comme un bien essentiel, et l’accès à l’eau potable comme un droit fondamental, ce qui ne peut être un enjeu de marché. La propriété des réserves devrait pouvoir être « mondialisée » (avec la création d’une agence mondiale de l’eau) afin d’éviter les guerres de l’eau entre Etats et la gestion devrait être assurée par des régies publiques à différents niveaux. De même nous avons proposé de nationaliser l’agriculture vivrière. Aujourd’hui, l’agriculture traverse des difficultés, c’est le moins que l’on puisse dire. Par le biais des aides publiques la production agricole est largement financée par le contribuable, peu par le consommateur, elle est donc une production publique, de fait. Alors pourquoi ne pas nationaliser l’agriculture vivrière ? Il ne s’agit pas de recréer des kolkhoz d’un autre âge ou des kibboutz, ou de transformer les agriculteurs en fonctionnaires. L’agriculture a la grandeur de nous procurer la ressource la plus stratégique qui soit : notre alimentation. Alors, pourquoi ne pas aller au bout du raisonnement : l’Etat assure le « service public de l’alimentation » en contractualisant (via une agence de l’alimentation) avec les agriculteurs pour définir les productions, leur qualité et leur prix.

     Il s’agit là de ce que certains économistes nomment les biens communs, dont la gestion doit être harmonisée aux plans national et international et gérée au plan local. L’économie circulaire qui se développe de plus en plus s’inscrit dans ce registre. Voilà une voie de secours pour revenir à plus de respect de l’environnement et plus d’équité. Il devient évident que ces transformations en profondeur passent par une réorganisation de notre société, en particulier sur le plan politique pour les prises de décisions, la pédagogie que cela demande et la participation du public. D’innombrables initiatives sont prises en ce sens dans divers pays. Un élément nouveau est l’apport des femmes, trop longtemps tenues à l’écart, qui sont sensibles à ces problématiques et très déterminées.

     Par définition, l’avenir est incertain, ce dont nous sommes sûrs toutefois, c’est qu’il ne suffira pas de réformettes, c’est bien d’une révolution dont il s’agit. Le temps presse et nous devrons tous nous investir, individuellement et collectivement, en acceptant des restrictions inévitables et dans le respect d’autrui, faute de quoi…

     En conclusion : Nous sommes au seuil de l’effondrement de notre civilisation industrielle, ce dont nous sommes tous responsables. Ce n’est pas la fin du monde, grâce à la résilience dont nous saurons faire preuve. C’est le début d’un nouveau monde !

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