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Mardi 9 juin 2009 2 09 /06 /2009 08:29

Après quelques chroniques un peu austères, un peu de musique ne nuira pas. En effet, il y a peu, à la mi-mai, avait lieu la Fête de la nature, avec de nombreuses manifestations organisées par les associations, à l’initiative de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), une ONG dirigée par François Letourneux, une figure de la conservation de la nature.

Comme le dit le journaliste Claude-Marie Vadrot sur son blog (http://www.horreurecologique.blogspot.com/), il ne faut pas confondre avec « faire sa fête à la nature »… Il est vrai que les raisons de désespérer ne manquent pas lorsque l’on parle de biodiversité, des mesures prises et non appliquées, des bons arguments des uns et des autres pour surtout ne rien faire, etc. Mais si, plutôt que de toujours se plaindre de ce qui ne va pas, on fêtait ce qui va bien, à la mode africaine.

C’est ainsi qu’il y a quelques mois, à l’occasion du lancement d’une opération de reboisement de la mangrove (groupement végétal très productif qui se développe dans la zone de balancement des marées en région tropicale) en Basse Casamance au Sénégal, tout le village était rassemblé pour danser au son du bombolong, instrument de musique à percussion taillé dans un tronc et que l’on frappe avec deux bâtons. On peut imaginer le même scénario avec le balafon, sorte de xylophone. Quant à nous, Français, on pourrait ressortir l’accordéon dans ce genre d’occasion pour fêter la nature.

On verrait ainsi des défilés joyeux, derrière accordéon ou fanfare, chantant et dansant chaque fois que l’on aurait sauvé une espèce protégée ou mis en gestion écologique un milieu remarquable. Plus l’espèce ou l’écosystême seraient importants et plus on chanterait et danserait ! Et ce serait la fête de la nature.

Par Michel Lerond - Publié dans : Société
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Lundi 1 juin 2009 1 01 /06 /2009 18:31

Cette année encore, la Fête de l’Europe a été largement « oubliée » en France. Les médias ont été d’un silence assourdissant à cet égard, en leur allouant comme circonstance atténuante qu’il y avait bien peu à dire… (Voir notre chronique du 20 mai 2008 : « Et entre le 8 et le 10 ? »).

Dans moins d’une semaine maintenant auront lieu les élections pour renouveler les députés européens. Le moins que l’on puisse dire est que la campagne n’aura pas été passionnée. Lancée tardivement, avec des objectifs parfois flous, elle n’a pas mobilisé les foules, d’autant que ni les médias, ni les politiques n’ont fait d’excès de zèle pour expliquer les modalités du vote et ses enjeux.

Quelle occasion manquée de débattre sur le thème de la Crise et surtout les remèdes à y apporter. Il est vrai qu’en France la pédagogie sur l’Europe rencontre toujours des difficultés et que le débat redevient vite franco-français. Cette renationalisation du débat est bien regrettable dans la mesure où l’Europe pourrait apporter la dimension nécessaire à des moyens de résoudre la Crise. Certains Européens convaincus expriment maintenant leur crainte d’une réversibilité de l’unification européenne, ce qui paraissait impensable il y a peu. Ce serait un désastre !…

Financière, économique, puis sociale, la Crise est aussi écologique et demande à ce que soit repensée la construction européenne. C’est l’occasion ou jamais de s’interroger sur ses orientations concernant l’agriculture, les transports et les infrastructures, la production d’énergie et aussi sur le déficit démocratique. C’est tout cela que nous aurions dû entendre pendant la campagne, il en fut bien peu question…

Les gribouilles de la politique ont déversé des milliards sur les banques alors qu’il aurait fallu instaurer des contrôles et une austérité financière, relancé les infrastructures routières plutôt que réduire de façon drastique la circulation des camions, invité à la consommation au lieu de réduire les pollutions agro-alimentaires…

L’Europe reste une magnifique opportunité pour affronter les grands défis écologiques du 21ème siècle naissant, c’est LE projet que nous devons construire ensemble. Nous ne pouvons pas rater cette occasion et nous devons renforcer l’Europe plutôt que la laisser s’étioler… Voter le 7 juin, c’est le minimum que nous puissions faire pour l’avenir de nos enfants.

Par Michel Lerond - Publié dans : Gouvernance
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Mardi 26 mai 2009 2 26 /05 /2009 09:29

Voilà maintenant une quarantaine d’années que l’on a pris conscience véritablement de l’importance des problèmes d’environnement. Depuis, de nombreuses étapes ont marqué la sensibilisation accrue à ces questions. Faut-il rappeler encore le premier choc pétrolier de 1973, le Sommet de la terre de Rio de 1992 et plus près de nous le film d’Al Gore en 2006, ou le Grenelle de l’environnement de 2008… A force de répétition, ces rappels deviennent lassants.

Pourtant les grands défis de la biodiversité, de l’eau, du climat et de l’énergie sont devenus des enjeux auxquels nous devons répondre au plus tôt, faute de quoi nous aurions à en pâtir (Voir notre chronique « Qu’est-ce qu’on attend ? » du 06-01-09). Certes les choses avancent et des initiatives nombreuses sont prises pour préserver ou restaurer la biodiversité qui nous fait vivre, pour mieux gérer l’eau et répondre aux besoins des pays pauvres, pour réduire les émissions de gaz à effet de serre ou encore pour innover en matière énergétique. Mais ces mesures restent très insuffisantes et trop lentes à se concrétiser.

Nous sommes dans une course de vitesse entre des facteurs de dégradation et des facteurs de rénovation, les seconds n’ayant toujours pas rattrapé les premiers. Si bien que le « déficit écologique » continue de s’accroître. Cela peut durer jusqu’à des seuils de rupture qui semblent proches. On peut donc penser que lorsque ces seuils seront atteints, il ne restera plus qu’à prendre des mesures drastiques pour tenter d’éviter la catastrophe. On sent bien le désarroi de la classe politique à cet égard. Que va-t-il se passer, par exemple, quand les petits salaires ne pourront plus payer leur énergie pour chauffer la maison et aller au travail ? N’y a-t-il pas un moment ou la stabilité des rapports sociaux pourrait être remise en cause ? La radicalisation actuelle des mouvements sociaux nous rappelle que les choses peuvent bouger assez vite et se soustraire à tout contrôle. Que pourront faire alors les gouvernants, quelque soit les partis, sinon réagir de façon autoritaire. Acculés, ils seront peut être contraints, un jour pas si lointain, par exemple de sanctionner fortement les atteintes à la biodiversité, de fermer l’eau à certaines heures, d’établir des quotas de déplacements annuels indépassables, de réserver les transports par avion à quelques cas particuliers, ou encore de limiter fortement les consommations d’énergie fossile. Le tout assorti bien sûr de contrôles policiers très rigoureux, pour tenter de faire face à des défis énormes.

Le pire n’est jamais sûr, heureusement, mais il va peut être nous falloir choisir entre la révolution verte, à laquelle chacun de nous peut contribuer, et la dictature écologiste, à laquelle nous ne pourrons échapper si la crise devait s’aggraver.

Par Michel Lerond - Publié dans : Gouvernance
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Mardi 19 mai 2009 2 19 /05 /2009 10:04

Selon une étude internationale toute récente de la Sofres, 92 % des Français sont inquiets de l’état de la planète. Plus largement, dans les pays développés, un lien est établi entre la crise économique et la crise écologique du fait de l’hyperconsommation. Ainsi la Crise a encore accentué le clivage entre les gouvernements et les opinions publiques et progressivement apparaît le sentiment que cette crise globale pourrait être salutaire pourvu qu’elle serve à préparer un autre avenir.

Plutôt que distribuer des milliards pour les banquiers, l’automobile ou des grands travaux, un fort courant d’opinion se dessine en faveur d’un véritable « New Deal vert » qui mobilise l’économie mondiale pour la lutte contre les pollutions, l’insécurité énergétique et climatique, la pénurie d’eau potable ou l’érosion de la biodiversité.

Comme le dit l’économiste Michèle Debonneuil, nous devons passer de l’économie de « l’avoir plus » à celle de « l’être mieux », l’économie du quaternaire (nouvelles technologies et développement des services). C’est là que l’on attend les politiques pour tracer la route. Les projets doivent, en effet, être pilotés par le secteur public, Etat et Collectivités territoriales avec une réelle volonté politique.

Plus largement, ce changement de paradigme doit s’opérer dans le cadre d’une gouvernance planétaire afin de mettre fin au « surendettement écologique » d’une société qui consomme à tout va les richesses naturelles.

Le consommateur, pas toujours aussi schizophrène que l’on voudrait nous le faire croire, commence à se poser de vraies questions, tant sur la qualité des produits que de leur provenance, leurs modes de fabrication ou de distribution, leur véritable nécessité. C’est ainsi que l’on assiste à une diminution importante de la vente d’eau en bouteille (-7,5 % en 2008), symbole de la consommation non réfléchie…

Le développement des emplois de service, le retour au commerce de proximité, une activité industrielle décarbonée, une agriculture à haute performance environnementale, un contrôle plus strict des activités financières, sont autant d’exemples d’orientations qui peuvent permettre de construire cette révolution verte qu’appelle de ses vœux une part de l’opinion publique qui va plus vite que les entreprises et que les politiques.

La Crise. Et après ? Et si les consommateurs, les citoyens, plus avisés qu’on ne le dit, avaient déjà flairés les bonnes pistes à suivre. Rêvons, rêvons que cette Crise soit salutaire à la planète et donc à nous-mêmes !

Par Michel Lerond - Publié dans : Economie
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Mardi 12 mai 2009 2 12 /05 /2009 08:25

Le commissaire européen à l’environnement, Stavros Dimas, vient de l’annoncer à Athènes fin avril : l’Union Européenne n’atteindra pas l’objectif qu’elle s’était fixé de stopper l’érosion de la biodiversité en 2010. Pire encore, entre 40 et 70 % des espèces d’oiseaux et entre 50 et 85 % des habitats de faune et de flore sont dans « une situation de conservation critique » selon l’Agence européenne de l’environnement. Grâce au réseau Natura 2000, on a tout de même réussi à ralentir le rythme de destruction de la nature, dûe surtout à l’urbanisation, l’agriculture intensive et les infrastructures routières.

Même si les modifications climatiques ont été beaucoup plus médiatisées que l’érosion de la biodiversité, l’opinion publique commence à s’émouvoir devant l’effondrement de la pêche en mer ou la forte mortalité des abeilles. Dans notre société-fric, ce qui n’est pas monétarisé a peu de valeur, c’est bien le problème de la nature qui satisfait à nos besoins primaires de façon quasi gratuite, si bien que sa destruction n’a pas d’incidence immédiatement perceptible.

Il convient donc de donner un prix aux services rendus par la nature, comme le préconise l’Union Européenne en confiant à l’économiste Pavan Sukhdev la direction d’une étude sur « l’économie des écosystèmes et de la biodiversité » de façon à apporter aux décideurs, en 2010, des outils pour assurer la transition vers un système économique plus respectueux de la nature. De même, en France, Bernard Chevassus-au-Louis vient de rendre le rapport du groupe de travail qu’il a présidé « Approche économique de la biodiversité et des services liés aux écosystèmes » (http://www.strategie.gouv.fr/article.php3?id_article=980). Celui-ci vise à présenter les méthodes de quantification de la valeur financière de la biodiversité et à définir des « valeurs de références » utiles pour l’évaluation socio-économique des investissements publics. A titre d’exemples la valeur d’une forêt française est estimée à 970 €/ha/an et un récif corallien entre 5 000 et 10 000 €/ha/an. On voit bien là les limites de la démarche et ses dérives potentielles. Certes, on mesure l’intérêt de pouvoir intégrer dans le prix des produits de consommation le coût des impacts sur la biodiversité, mais il faut prendre garde à ne pas créer un marché de la biodiversité comme on le fait déjà pour les « droits à polluer » par exemple.

Il s’agit bien de dépasser le stade de l’affectif pour objectiver le coût des atteintes à la nature, en prenant bien garde toutefois de ne pas marchandiser la biodiversité. A ce stade, il serait opportun de tirer les leçons de la crise économique pour aller plus loin, à savoir repenser les fondamentaux économiques en inversant le rapport entre environnement et économie qui nous a conduit dans le mur : c’est l’économie qui doit être une déclinaison de l’environnement (nos besoins vitaux) et non l’inverse.

Par Michel Lerond - Publié dans : Economie
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Mardi 5 mai 2009 2 05 /05 /2009 08:18

Ainsi donc, le GIEC (Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat) se trompe régulièrement ! Les études les plus récentes, depuis le dernier rapport de 2007, font état « d’un impact du réchauffement plus précoce et rapide que prévu ». Cela signifie, en fait, que l’actualisation des connaissances amène à penser que le scénario le plus pessimiste est devenu tout à fait possible.

Le GIEC réunit 2 500 chercheurs de 130 pays, ce qui l’amène à des conclusions de dimension planétaire. Ainsi, la hausse des températures pourrait être comprise entre 1,1° et 6,4° d’ici la fin du siècle. N’oublions pas que cette moyenne annuelle planétaire pourrait signifier une élévation de l’ordre d’une quinzaine de degrés en été en zone tempérée comme la France. L’amplification du réchauffement résulte d’un cercle vicieux : une succession d’évènements qui favorisent la fonte de la banquise et… qui sont déclenchés par elle (l’absence de glace expose davantage l’océan aux rayons du soleil). L’élévation du niveau des océans (qui découle de plusieurs facteurs, dont la fonte des calottes glaciaires) pourrait se situer entre 75 cm et 190 cm d’ici 2100. Le pire des scénarios du GIEC serait ainsi en train de se réaliser.

De toute part les scientifiques alertent les politiques sur les conséquences déjà constatées du réchauffement : augmentation du nombre de cyclones, tornades, incendies de forêts, inondations, sécheresses et tempêtes de neige qui frappent différentes zones de la planète. Lors de la dernière réunion de Copenhague en mars 2009, le président du GIEC, Rajendra Pachauri a bien souligné qu’il existe une crise plus grave que la crise économique, c’est celle du climat. Nicolas Stern (auteur du rapport sur le coût des changements climatiques), à cette occasion, n’a pas manqué de souligner que ses prévisions de 2006 sont déjà dépassées. C’est maintenant aux politiques de prendre les mesures qui s’imposent et aux citoyens de les pousser en ce sens. Les scientifiques, eux, ont donné l’alerte et insistent sur la faiblesse des incertitudes de leurs prévisions les plus récentes. Il est urgent de redonner de la transparence à la vie économique pour que les prix prennent en compte les coûts environnementaux et que le consommateur puisse s’orienter vers les produits les moins polluants.

Nous devons aller très vite vers une économie sobre en carbone, c’est un bouleversement qui est nécessaire, une vraie révolution qui traite la vraie crise, celle du climat et de l’avenir de l’humanité dans un contexte complètement nouveau. La crise économique actuelle ne doit pas justifier un retard dans les mesures à prendre, au contraire elle doit les amplifier et les accélérer. Où sont les politiques qui auront ce courage ?

Par Michel Lerond - Publié dans : Environnement
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Mardi 28 avril 2009 2 28 /04 /2009 10:29

Longtemps on a opposé le monde urbain au monde rural, comme par ailleurs la nature à la culture. Avec un rien de condescendance, la ville (la culture), était au-dessus de la campagne (la nature). Fort heureusement cette opposition est devenue assez désuète, d’autant plus que les agriculteurs, longtemps les principaux acteurs du monde rural, sont maintenant très minoritaires en nombre et que ruraux et citadins vivent de la même façon, avec les mêmes besoins.

Toutefois, il est des aspects spécifiques tout à fait paradoxaux, ainsi pour les plantations ou les pollutions de l’air. En effet, dans les années 1970-80, d’abord en relation avec la construction de grands ensembles, puis dans les centres urbains eux-mêmes, de nombreuses plantations d’espaces verts, ou d’arbres d’alignement, ont été opérées pour verdir les villes. La réussite a été variable, mais dans le même temps, on assistait à des dégradations très importantes en milieu rural, sous l’emprise notamment des remembrements agricoles. De même en ce qui concerne les pollutions de l’air, plusieurs études récentes témoignent de la baisse significative des niveaux en milieu urbain, du fait des efforts conduits par les industriels et de la réduction de la circulation automobile dans bien des centres villes au profit des transports en commun. Par contre, en milieu rural, les quelques rares études menées sur les pesticides montrent que les campagnes sont largement contaminées. Certes il ne s’agit pas obligatoirement des mêmes types de pollutions, mais le renversement de situation est bien là.

Les efforts accomplis en ville ne compensent pas les dégradations du milieu rural, mais on constate cet apparent paradoxe qui résulte d’une sensibilisation plus forte des citadins et de le pression qu’ils exercent sur les décideurs, alors que les ruraux régissent moins, ou moins vite, à l’appauvrissement biologique de leur milieu de vie. Maintenant que la sensibilisation du public et des décideurs urbains a atteint un bon niveau, on constate le réaménagement de quartiers avec des espaces verts significatifs ou la restitution de l’espace aux piétons. Même si cette nouvelle approche urbaine a encore de gros progrès à faire, les avancées sont indéniables. Dans le même temps, les campagnes connaissent bien des difficultés pour respecter les zones Natura 2000 ou simplement pour prendre conscience des pollutions des rivières ou des dégradations engendrées par l’agriculture industrielle.

Demain, le brassage des populations urbaines et rurales peut faire avancer la sensibilisation vers un meilleur équilibre. La réorganisation des collectivités locales, en donnant l’avantage aux Communautés de communes, doit aussi contribuer à repenser l’espace dans lequel nous vivons, en facilitant la cohérence du territoire et permettant un minimum de prospective.

Par Michel Lerond - Publié dans : Environnement
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Mardi 21 avril 2009 2 21 /04 /2009 08:46

Il y eut jadis une campagne de communication pour faire mieux accepter les routiers par les automobilistes et, à travers eux, le transport par camions, c’était « les routiers sont sympas ». Faudra-t-il relancer cette campagne pour la période qui s’ouvre avec l’avènement annoncé des « méga camions » ?

Le Secrétariat d’Etat aux Transports vient en effet d’annoncer, non pas l’autorisation comme il a tenu à le rectifier, mais « une simple expérimentation » afin de pouvoir répondre aux questions que poserait la circulation de méga camions. Mais à quoi bon une expérimentation si l’on n’envisage pas d’autorisation à sa suite ?

Quel est donc le problème ? Simplement que l’on ferait circuler sur les routes françaises des camions de 25 mètres de long pesant 60 tonnes en charge, alors que les limites actuelles sont de 19 mètres et 40 tonnes avec des dérogations pour les 44 tonnes. L’argumentaire s’appuie sur le fait que des camions plus gros, cela fait moins de véhicules et donc moins de consommation de carburant, moins de rejet de gaz à effet de serre et moins… de congestion !

Il est des moments où l’on croit que l’on va tomber de son siège… de camion. Après des décennies de discours sur la multi-modalité des transports, sur le report du trafic de marchandises sur le ferroviaire, sur le développement durable, et après le Grenelle de l’Environnement, voilà qu’on envisage des camions encore plus gros que ceux qui encombrent déjà nos villes et nos villages. Malgré les bonnes intentions, en France 80 % des transports terrestres de marchandises sont effectués par la route et 12 % par le rail. En 25 ans, la longueur des autoroutes a doublé pendant que le réseau ferré exploité régressait de 10 % (Voir notre chronique « Les camions sur le train, ou le train sur la route ? » du 11 décembre 2007). D’innombrables déviations, ronds points et aménagements routiers ont été construits, à grands frais, depuis des décennies, qu’il faudra agrandir ou refaire, même si ces véhicules nouveaux ne sont autorisés que sur une part du réseau routier. Mais comme me disait un économiste havrais « Où est le problème, tout cela est bon pour le business »…

Alors que les discours vont bon train sur l’application du principe pollueur-payeur, sur les économies d’énergie, sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, c’est maintenant, plus que jamais, qu’il faudrait mettre en application l’eurovignette sur les poids lourds, les taxes kilométriques (sur la base des modèles suisse, allemand, autrichien et tchèque) pour réduire les émissions ou instituer enfin la taxe carbone.

Par Michel Lerond - Publié dans : Environnement
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Mardi 14 avril 2009 2 14 /04 /2009 09:31

Les musées d’histoire naturelle, avec leur cortège d’animaux « empaillés » et de boîtes d’insectes sont progressivement tombés dans l’indifférence après avoir connu des heures de gloire. Souvent nés à la fin du 19ème siècle, plusieurs de ces musées, en France, ont été fermés au public dans les années 1980-90, pour « des raisons de sécurité ». Mais voilà qu’une dizaine d’entre eux ont été rénovés et ouvrent à nouveau leurs portes, en particulier à Rouen, Le Havre, La Rochelle, Toulon, etc.

Ces musées, avec leurs alignements d’oiseaux, de mammifères régionaux ou exotiques, de coquillages, d’outils préhistoriques, de moulages de champignons, de dioramas, etc. ont longtemps constitué des lieux un peu étranges, insolites, offrant au visiteur une sorte de magie du vivant et essayant de faire passer un message pédagogique, empreint de nostalgie.

Dès les années 1970, en parallèle à la montée de la prise de conscience des enjeux environnementaux, les museums ont tenté de se rajeunir en initiant des expositions, animations, conférences sur les thèmes montants de la biodiversité et des atteintes à la nature. Ce fut, pour leurs animateurs, une rude tâche tant était faible l’écoute des décideurs locaux, plus prompts à reléguer ces établissements au rang de fossile plutôt que de lieu d’animation.

Les temps ont changé, la sensibilisation du public a mûri et les élus locaux en tiennent compte. C’est ce qui explique le renouveau des museums, devenus lieux de réflexion et de proposition sur la sauvegarde de la biodiversité, et initiateurs d’une réconciliation entre l’homme et la nature.

La muséologie témoigne de notre relation à la nature à travers le temps. Mais cette vision nostalgique comporte le risque de faire des museums des « musées de musées », concept certes intéressant, mais insuffisant par rapport à l’attente du public. Ainsi, le museum de Rouen, par exemple, réfléchit à la synthèse à opérer entre ce patrimoine scientifique prodigieux que représente les 800 000 pièces détenues, d’une part et d’autre part les questions d’écologie, d’environnement, de développement durable, qui ne manquent pas de susciter des questions du public. Une nouvelle approche muséologique pourrait consister à montrer l’évolution des relations entre l’homme et la nature sur un territoire donné et, à partir de là, s’interroger sur les grandes tendances actuelles pour inviter à mieux y répondre.

C’est ainsi que les museums pourront constituer de véritables outils pédagogiques pour l’avenir en même temps que des conservatoires d’espèces, dont certaines disparues, pour la recherche scientifique.

Par Michel Lerond - Publié dans : Environnement
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Lundi 6 avril 2009 1 06 /04 /2009 18:49

Les Français bénéficient, dit-on, du meilleur système de soins au monde. Au-delà de ce cocorico, il y a sans doute beaucoup de vrai dans cette affirmation tant notre système de soin est performant. Mais est-ce pour autant la garantie d’une bonne santé ? Il semble bien, en effet, que jusqu’à maintenant on ait largement favorisé le curatif plutôt que le préventif. La médecine actuelle traite les malades et non les causes des maladies. Une évolution récente est cependant à souligner, devant le développement des cancers et des maladies cardio-vasculaires notamment, avec une implication forte des organismes de sécurité sociale et caisses de retraite pour inciter à la prévention.

Il y a tout lieu de se réjouir de cette évolution du système médical dans la mesure où les aspects environnementaux sont bien identifiés comme facteurs de risques importants. Il est heureux de constater que trois facultés parisiennes ont créé récemment un diplôme interuniversitaire de santé environnementale (en formation continue ou complément de formation initiale) abordant les thèmes de la qualité de l’air intérieur, le bruit, l’écotoxicologie, les risques sanitaires, etc.

Les cancers sont devenus la 1ère cause de mortalité en France et l’on sait que plus des 2/3 de ceux-ci sont liés à des facteurs environnementaux. Les voies de contamination sont essentiellement cutanées, respiratoires et alimentaires. Mais alors que l’enquête de la Mutualité Sociale Agricole a montré l’apparition de nombreux cancers du cerveau chez des enfants d’agriculteurs, les pesticides sont toujours très peu étudiés en termes de toxicologie. Certains chercheurs estiment qu’en France, au moins 10 000 cancers par an sont dus à une alimentation polluée. Des médecins, de plus en plus nombreux, en ont assez de soigner des cancers sans que l’on agisse sur les causes.

C’est bien le médecin généraliste qui doit être le pivot de cette politique de santé. Pourtant cette discipline souffre d’un manque de reconnaissance et d’une désaffection marquée des jeunes médecins. C’est ainsi que les 48 000 généralistes en fonction aujourd’hui en France ne seront plus que 25 000 en 2020. Il faut dire que la tendance lourde du monde médical à pousser à l’hyperspécialisation ne favorise pas la médecine généraliste. Certes nous avons besoin de techniciens médicaux de haut niveau, mais c’est bien le généraliste qui est le plus apte à faire la synthèse des éléments de diagnostic et à assurer le lien social et psychologique avec le malade et sa famille.

Les études d’impact et autres procédures d’autorisation environnementale ont assez largement négligé le volet sanitaire jusqu’à maintenant. Il est grand temps d’y remédier en y associant le monde médical pour une véritable politique de santé.

Par Michel Lerond - Publié dans : Société
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