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  • : Le blog de Michel Lerond
  • : Libre opinion sur les questions d'actualité en environnement et développement soutenable
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  • Michel Lerond
  • Ecologue et essayiste. Dans notre pratique professionnelle, nous avons pu contribuer, notamment, à un meilleur accès à l’information sur l'environnement.

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20 octobre 2009 2 20 /10 /octobre /2009 09:15

         L’actualité bretonne de cet été a porté en grande partie sur la pollution des côtes par les algues vertes. La prolifération de la laitue de mer (Ulva armoricana) serait responsable de la mort d’un cheval et est fortement suspectée d’être à l’origine de problèmes sanitaires qui suscitent des débats animés. La décomposition de ces algues, amassées en grande quantité, dégage de l’hydrogène sulfuré, gaz très malodorant à faible concentration et très toxique à concentration élevée (et là on ne perçoit plus son odeur).

Ce phénomène est connu depuis une quarantaine d’années dans plusieurs régions du monde, notamment aux Etats-Unis, en Chine et en Europe du Nord, mais plus spécialement en Bretagne. Comme toujours en environnement, le phénomène ne doit pas être simplifié abusivement puisque cette prolifération résulte de la conjonction d’un faisceau de facteurs relatifs au sol, au climat, à l’hydrodynamique et aux activités humaines. Quoi qu’il en soit, cette prolifération résulte essentiellement d’un apport important de deux nutriments : l’azote est majoritaire, en provenance de l’agriculture, et le phosphore apporté par les rejets urbains d’eaux chargées de détergents.

Il faut rappeler à cet égard que la Bretagne compte sur son sol 3 millions d’humains, mais aussi 3 millions de bovins, 14 millions de cochons et 350 millions de volailles (chiffres du Conseil scientifique de l’environnement de Bretagne). Avec 5 % de la surface agricole utile française (SAU), la Bretagne accueille 30 % des élevages de veaux, 60 % de porcs et 45 % de volailles. Une telle concentration produit une charge en nitrates bien supérieure à ce que la terre et l’eau peuvent supporter.

La résolution du problème est tout aussi complexe que sa genèse. Dans la grande polémique qui s’est installée à la suite des incidents de cet été, au-delà du rappel du principe pollueur-payeur, de la condamnation de l’Etat français pour autorisation abusive de porcheries industrielles, des engagements du Grenelle de l’environnement non appliqués, du non respect par la France des directives européennes ou de… menaces de mort à l’encontre d’écologistes, on voit bien qu’il s’agit d’un problème plus global et plus collectif.

Certes l’agriculture (et non les seuls agriculteurs) a une grande responsabilité dans cette affaire en ne respectant pas toujours les engagements pris en matière d’environnement (on nous parle d’agriculture raisonnée…). Mais l’Etat, plus prompt à plier devant les lobbies qu’à respecter ses propres engagements, les collectivités locales qui n’ont toujours pas pris les mesures nécessaires en matière d’assainissement, les consommateurs qui veulent payer toujours moins chers les produits alimentaires, sont autant d’explications à la lenteur de la résolution de ce problème majeur.

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Published by Michel Lerond - dans Environnement
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commentaires

kerloen 01/12/2009 16:38


L'agro-alimentaire, c'est la moitié du tout en Bretagne, donc pas rien:
la moitié des emplois (donées insee)
plus de la moitié de la conso d'énergie (donnée ADEME)
la moitié des émission de GES (donnée ADEME)
L'Etat a au contraire été très actif en Bretagne, il a impulsé la fuite en avant, en favorisant au maximum le développement de l'agro-industrie, en favorisant le développement des élevages, en
refusant de voir la réalité, que jamais la technique ne pourrait absorber les surplus. Aujourd'hui, les éleveurs eux même réclament des solutions pour sortir de l'impasse... l'Etat n'en a point.
L'important est toujours de relever le niveau d'exportation des veaux, vaches, cochons... Sauver des emplois... il est étrange de constater comme certains secteurs (le BTP par exemple), emploient
de la main d'oeuvre d'immigration choisie ou non, alors que le Breton est étrangement discipliné au travail à la chaîne en agro-industrie... Mais le breton n'a pas le choix, depuis tout petit, on
lui a dit, tu travailleras dans le plus grand abattoir d'europe... belle perspective d'avenir... L'abattoir et ces dérivés, belle filière d'excellence, Inno-viande, CIV, tous nous venterons la
beauté de leur travail...
Le turn over dans l'agro alimentaire est énorme. On nous parle de pénibilité physique, où sont les études sur la pénibilité psychologique de ces boulots aliénants et horribles, rappelons le,
l'abattage de masse n'est pas un métier comme les autres. Stress, dépressions, alcoolisme, prise de psychotropes liés.
La principale solution pour sortir de l'impasse alimentaire et écologique est de diminuer drastiquement la production, donc la consommation de viande. Je le dis d'autant plus tranquillement que je
l'ai moi-même appliqué avant de comprendre à quel point c'était primordial, sans difficulté particulière...


Michel Lerond 02/12/2009 10:01


Merci Kerloen de ce commentaire très étayé. Je crois que tout est dit. Reste à trouver la solution pour en sortir.
Michel


Jean-Mi 03/11/2009 00:16


Je vais faire un peu de provocation qu'on voudra bien me pardonner mais ne trouve-tu pas, Michel, que nos amis bretons sont plus prompts à dénoncer les marées noires apportées par des agents
étrangers qu'à résoudre les marées vertes causées par leurs propres concitoyens ?


Michel Lerond 03/11/2009 16:10


Merci Jean-Mi de ce constat amer, plus que provocation... Pour ma part, je ne fais le procès de personne, n'étant pas exemplaire moi-même, mais je crains que tu n'aies raison. C'est toujours plus
facile de dénoncer les problèmes venus de l'extérieur que de se remettre en cause... soi-même. On pourrait trouver de multiples exemples de ce genre de situation. Bon courage quand même, il faut
continuer à sensibiliser et a minima, à taquiner les gens avec des questions qui dérangent !
Michel


Danielle Lerond 20/10/2009 11:06


et que proposes-tu pour que l'état et les consommateurs prennent conscience de la nécessité de modifier leur comportement?


Michel Lerond 21/10/2009 09:51



Merci Danielle de ta question pertinente. La réponse n’est pas simple, sinon on aurait déjà réglé le problème. D’ailleurs, je
reviendrai sur ce sujet. Pour faire court, à ce stade, disons que :


-         Les problèmes dont il est question dans ma
chronique ont été débattus depuis plusieurs décennies. L’Etat n’est pas resté inactif, mais trop souvent il a cédé devant les exigences des lobbies et en particulier le lobby agricole (sous
pression des céréaliers), pour revenir en arrière et infléchir les obligations réglementaires.


-         Actuellement la politique de l’Etat français
consiste à regrouper les zones d’élevage sur des territoires spécialisés, en vue de rentabiliser des élevages intensifs, ce qui est contraire à tous les principes admis
auparavant.


-         L’évolution de l’agriculture est
conditionnée par la PAC qui favorise l’agriculture de type industriel.


-         La régulation mondiale des marchés fait que
les agriculteurs du Sud travaillent à bas prix pour exporter vers le Nord, aux dépens de leurs propres populations.


-         Les consommateurs Européens, et Français en
particulier, ne payent pas les denrées alimentaires à leur vrai prix, puisque les productions agricoles sont « compensées » par les primes PAC afin de rester compétitives sur le marché
mondial. Nous payons donc, variable selon les cas, de l’ordre de la moitié du prix réel. Le reste étant compensé par la PAC, donc les contribuables, et en particulier les contribuables Allemands
qui cotisent fortement au fonctionnement de l’Europe.


Pas simple… Alors que faire ? Il me semble que conjointement (rêvons un peu) les citoyens-consommateurs et les politiques
devraient être plus exigeants sur le respect de la réglementation en matière d’impacts agricoles sur l’environnement et la santé, durcir cette réglementation et en payer le prix pour que les
agriculteurs soient justement rémunérés (l’agriculture raisonnée, ou a fortiori biologique, demande plus de main d’œuvre que l’agriculture industrielle), ce qui revient à dire payer plus cher les
denrées alimentaires… Vraiment pas simple.


Michel