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  • Michel Lerond
  • Ecologue et essayiste. Dans notre pratique professionnelle, nous avons pu contribuer, notamment, à un meilleur accès à l’information sur l'environnement.

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11 septembre 2012 2 11 /09 /septembre /2012 07:56

 

Le couple s’était installé en bout de table et commençait à manger. Ségolène goûta et s’extasia en chantonnant : oh mon doux poulet, mon doux poulet… Et Jean-Luc, un instant attendri et interrogateur : mais de qui donc parles-tu comme ça. - Oh je parlais seulement du poulet qui est dans mon assiette. A vrai dire, elle avait un peu un air de pintade en prenant les gens de haut, la tête très en avant par rapport à l’arrière train, un peu à la traîne.

Un peu contrit, Jean-Luc rétorqua : alors si tu parles du poulet de notre assiette, il n’est peut être pas si doux ! Tu sais que je suis un lecteur fidèle du Canard Enchaîné, j’ai justement gardé avec moi un article du 1er août 2012, pour le jour où l’on aurait à manger du poulet. Cet article s’intitule « Les poulets Doux et les dindons de la farce ». Ségolène l’écoutait à peine et dégustait son volatile. Jean-Luc sortit l’article de sa poche et lui tendit en commentant l’essentiel de la prose canardesque : Tu te rends compte que le groupe Doux est en faillite et que tout le monde s’en émeut en termes d’emploi, sans se poser d’autres questions. Là on ne peut plus parler d’élevage, il « fabriquait » un million de poulets par jour, calibrés à 1,5 kg, après avoir passé toute leur vie de 40 jours à 25 par mètre carré ! Ségolène n’était visiblement pas très émue par ces vies manquant singulièrement d’intérêt et rétorqua en s’essuyant la bouche : On s’en fout de ton article du Canard, puisque ce poulet est excellent, on ne lui demande rien de plus. Et plus de 3 000 emplois, c’est pas à prendre en compte ? Jean-Luc tenait à compléter son commentaire et ajouta : Mais tu es inconsciente ou quoi. Il n’y a pas que le sort du poulet, il y a aussi celui du consommateur. Les conditions d’élevage sont propices à développer la bactérie E. coli. Et puis il y a aussi l’aspect financier, dans la mesure où Doux a bénéficié d’aides, notamment européennes d’un montant total de 2 milliards d’euros. Et puis, il y a aussi le fait que les poulets sont engraissés au soja brésilien et pour une part sont ensuite exportés… au Brésil. Bonjour le bilan carbone. En plus de cela, l’essentiel des 3 400 employés sont des smicards et le volailler contribue au développement des algues vertes sur la côte bretonne, à hauteur de 14 000 tonnes d’azote par an ! Ségolène était visiblement excédée par ce cours à la fois de morale, d’écologie et d’économie et lui balança tout net : Et mon cul, c’est du poulet ? Comme l’avait répliqué Brigitte Bardot à Jean-Paul Belmondo dans le film « La vérité » de Clouzot, ce qui exprime bien un doute. Jean-Luc en eut le bec clos et grommela tout en finissant son assiette. Ils regagnèrent leur bureau, sans mot dire, au deuxième étage du ministère pour un après-midi de travail. Jean-Luc au service de l’Economie solidaire et Ségolène au bureau du Développement durable.

Moralité : Mais dis-donc mon didou didou, si tu veux pas être un dindon, tu ferais mieux de ne pas manger du Doux didou didou.

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Published by Michel Lerond - dans Nouvelles
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lenormand 05/10/2012 10:11

Merci pour l'humour ravageur de l'article et des commentaires.
Concernant Doux, les banques, l'industrie automobile, le consommateur n'a absolument pas à aider- via l'état français -ces groupes qui ne savent pas travailler mais sont des as pour le profit des
actionnaires.Quant aux salariés, la situation est dramatique;cependant travailler et produire autrement permettrait de réduire considérablement le chômage endémique et même de le supprimer. Mais
gloire au fric et aux actionnaires.

Danielle 11/09/2012 09:02

Ce genre d'entreprise contre-nature à plus d'un titre (tu en fais bien le tour!) devra disparaitre, effectivement.... mais une reconversion des employés aboutissant à un autre job est une
obligation, non? Pourquoi ne pas les accompagner dans la construction et la gestion complète d'une ferme bio sur le même site? Je suis certaine que ce genre de projet serait fédérateur,
rassembleur, novateur.... car ces gens, comme tous les gens, si on leur offre la possibilité de se prendre en main pour de vrai, en se formant à décider et agir après réflexion - et formation
initiée par des gens comme toi par exemple - pour se bâtir un travail - une vie - respectueuse, respectable et respectée, ils sont forcément d'accord!
J'en apprécie le ton, mais n'aime pas la conclusion de ton texte : d'ailleurs, aucun des deux n'est au gouvernement, si je ne m'abuse!

Michel Lerond 15/09/2012 10:53



Merci Philippe, Shizrine et Danielle. Voilà des suggestions bien pertinentes à mettre en oeuvre. Quant à ma conclusion, bien sûr les prénoms utilisés dans ma "mini-nouvelle" ne sauraient avoir un
quelconque lien avec des personnages existants ou ayant existé.



shizrine 11/09/2012 08:59

Encore une histoire de poulet qui tourne au vinaigre.
Pareil pour les fleurs que l'on trouve dans les supermarchés à prix bas et qui viennent d'Afrique du Sud.
Est-ce que je pourrais devenir végétarienne ? quand on a pas eu cette culture c'est difficile de s'y mettre , mais on ne perd sans doute rien à essayer.

Philippe 11/09/2012 08:08

Tout le monde n'a pas la chance de pouvoir manger du "vrai" poulet (celui de la voisine, ou le sien), c'est encore plus vrai pour le cochon ou la vache !
Nous mangeons plus (trop...) de viande que nos grands-parents (qui se souvient avoir "tué le cochon" ?? pour en manger toute l'année). Le confort de la vie moderne nous a installer dans cette
"paresse" et ont obligé les éleveurs à plus de rentabilité, ayant pour conséquence des impacts de plus en plus dommageables sur l'environnement.

Mangeons moins de viande (mais de la bonne !).