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  • Ecologue et essayiste. Dans notre pratique professionnelle, nous avons pu contribuer, notamment, à un meilleur accès à l’information sur l'environnement.

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Lundi 16 janvier 2012 1 16 /01 /Jan /2012 17:17

 

« Est-ce que tu as obtenu de bonnes notes à l’école aujourd’hui », demande une maman à son enfant. « Est-ce que mon pays a obtenu une bonne note à l’agence aujourd’hui », demande le président de la république à son premier ministre. Autant la première interrogation est comprise et pertinente, autant la seconde est incongrue et insolente. C’est pourtant la réalité que nous vivons depuis de nombreux mois avec les notations financières.

Cette notation de la dette est l'appréciation, par une agence privée, du risque de solvabilité d’un État, d’une entreprise ou d’une opération. Elle consiste en l'attribution d'une note estimant les perspectives de remboursement envers les créanciers. C’est un critère clé dans l’estimation du risque qu’un investissement comporte, particulièrement dans le cadre de marchés financiers de plus en plus mondialisés. Les notations des instruments de financement à moyen ou long terme (d’un an à 10 ans ou plus) vont de AAA, qualité de crédit la meilleure, à D pour défaut de paiement. Meilleure est la note, moins l’émetteur de l’emprunt paiera d’intérêts. Dans une économie globalisée, la libre circulation des capitaux serait impossible sans notation financière qui puisse créer la confiance des investisseurs. C’est pourquoi, cette démarche, peu familière en Europe, s’est développée avec l’arrivée de l’euro.

Les trois plus grandes agences de notation sont américaines (Standard and Poors et Moody's) et franco-américaine (Fitch), créées entre 1900 et 1941, et se partagent 90 % du marché de la notation financière. La principale agence chinoise Dagong Global Credit Rating, était ignorée jusque récemment. Les agences notent ce qui est objectif, mais aussi « les capacités de s’en sortir », notion beaucoup plus subjective, ce qui génère quelques doutes sur la crédibilité réelle de ces « petites entreprises » de quelques dizaines de cadres. Ainsi, des agences, dont on ne sait que bien peu de choses, notent les états dans un contexte économique de plus en plus virtuel… La poignée d’analystes de ces agences tiennent ainsi dans leurs mains une partie du destin financier de nos institutions, et donc de nous-mêmes. Ces économistes font penser à une sorte de secte dominatrice, « maîtres du monde », avides d’argent, mais surtout de pouvoir. Alors, analyse, manipulation, gestion occulte d’intérêts inavoués ? Les suppositions vont bon train, d’autant plus que ces agences refusent tout audit et sont redoutées des politiques… Mais pourquoi donc n’avons-nous pas d’évaluations, certes importantes, faites par des instances publiques, reconnues, et en particulier au niveau européen ? Ce ne sera pas facile, d’autant que ceux qui ont accordé ces pouvoirs exorbitants aux agences sont… les organismes internationaux ! Le dernier G20 a « oublié » d’envisager cette question.

Par Michel Lerond - Publié dans : Economie
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Mardi 25 octobre 2011 2 25 /10 /Oct /2011 08:08

 

Les « marchés » sont devenus omniprésents dans les médias et les conversations. Mais qui donc se cache derrière ces monstres froids qui en veulent à nos économies et aux états ? A l’origine les marchés de capitaux sont des lieux de rencontre où s’ajustent l’offre et la demande de financement. Les ménages, les banques, les entreprises et les états constituent les acteurs de cette « bourse d’échanges ».

Mais les choses ont dérapé depuis une bonne dizaine d’années, avec l’apparition du shadow banking system, système financier virtuel. L’objet de ce système est d’élaborer des produits financiers très complexes, souvent incompréhensibles et échappant aux contrôles des autorités de régulation. Dès lors on change de registre et entrons au casino ! C’est ainsi que l’on a vu des Jérôme Kerviel faire perdre 5 milliards € à la Société Générale en 2008, et depuis ça continue… Tout se passe comme si les banques avaient créé des monstres qu’elles ne maîtrisent plus. Les amplitudes des marchés deviennent parfois fantasques, sans justification, comme soumises à des accès de folie.

Dans ce système démentiel, les traders peuvent constituer un motif d’inquiétude, mais il y a plus grave encore. En effet les marchés boursiers sont de plus en plus gérés par des robots (un tiers des échanges à Paris et la moitié à Wall Street), des ordinateurs qui réagissent en termes de millisecondes sur toute fluctuation intervenant n’importe où dans le monde, afin de « jouer gagnant ». Ces échanges à haute fréquence sont en pleine expansion et reposent sur des ordinateurs, sans intervention humaine (voir aussi notre chronique du 4 octobre 2011 Ce sera le meilleur des mondes ? http://www.michel-lerond.com/article-ce-sera-le-meilleur-des-mondes-85779199.html). Cette situation laisse imaginer qu’un « krach boursier automatique » soit tout à fait possible… puisque seuls des ordinateurs peuvent rivaliser avec… des ordinateurs. De plus les systèmes de contrôles sont également automatisés. La présence d’un trader dans le dispositif pourrait nous rassurer !

Les gouvernements, les politiques donc, n’en finissent pas de discuter des solutions, d’un G20 à l’autre… sans résultat. Quelle situation rocambolesque où une toute petite caste de crânes d’œuf construit des programmes ultra-secrets (et au reste incompréhensibles par le non initié), qu’elle fait gérer par des ordinateurs très sophistiqués qui communiquent entre eux en déjouant tous les contrôles.

Les politiques sont impuissants face à cette machinerie, complètement dépassés, mais gesticulant avec fébrilité en proférant des menaces martiales et sans lendemain… C’est à pleurer !

Par Michel Lerond - Publié dans : Economie
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Mardi 18 octobre 2011 2 18 /10 /Oct /2011 09:12

 

Alors que la crise monopolise les débats, gouvernants, parlementaires, candidats aux élections, tous y vont de leur couplet sur les mesures à prendre… ou à ne pas prendre, sachant qu’en fin de parcours, c’est le contribuable qui devra payer. A cette occasion, force est de constater que Michel Rocard, qui fut le metteur en scène de la taxe carbone, n’a pas fait beaucoup d’émules. En effet plus personne n’évoque la taxe carbone, outil pourtant polyvalent permettant à la fois de renflouer les caisses de l’Etat et de lutter contre les émissions de gaz à effet de serre. Certes il s’agit d’une taxe, donc d’une idée peu populaire, mais pas moins que de sabrer dans les dépenses de santé ou d’éducation…

Ce qui se constate au niveau national vaut aussi pour toute la planète. En effet, si les pays développés ont promis à Copenhague en 2009, puis confirmés à Cancun en 2010, de verser 74 milliards € par an à partir de 2020 afin d’apporter aux pays en développement les moyens de lutter contre les modifications climatiques, on n’en voit guère la concrétisation. La totalité des engagements pris représente un total de 220 milliards € qu’il va falloir trouver chaque année pour réduire les émissions de GES de l’ordre de 10 %.

Ces calculs sont faits par la Banque mondiale sur la base d’un peu moins de 20 € la tonne de carbone émise, prix correspondant aux dommages moyens causés par le climat. Cette taxe carbone, pour être efficace, doit être universelle, permettant d’amortir les effets de la crise et de réduire notoirement les émissions de GES. L’Europe mise sur une autre stratégie qui consiste à attribuer des quotas de GES qui seraient vendus aux enchères aux industriels et autres producteurs. Les revenus du carbone seraient ainsi, paraît-il, plus productifs quant à la réduction des émissions de GES, mais… rapporteraient moins aux états. Le G20 de Cannes devraient apporter des réponses plus concrètes à cette grande question.

On voit bien que l’on n’arrive décidément pas à organiser la société, et donc ses impôts et taxes, en fonction d’une prospective collective, partagée et équitable, il faut toujours en passer par la spéculation… Pourtant, redisons-le, comme dans notre chronique du 8 septembre 2009  Taxer le carbone ? (http://www.michel-lerond.com/article-35814501.html: il faut prévoir au départ que cette taxe soit payée par tous (y compris les entreprises, les collectivités et les transports routiers, aériens et maritimes) et pas seulement par les ménages et qu’une redistribution soit possible en fonction de critères liés aux économies d’énergie.

Par Michel Lerond - Publié dans : Economie
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Mardi 27 septembre 2011 2 27 /09 /Sep /2011 08:47

 

Chacun se souvient de cette expression de gamin jouant dans la cour de récréation. A entendre les commentaires récurrents sur la crise, les « inquiétudes des marchés » ou la chute des bourses… on se demande parfois si l’on n’est pas revenu dans la cour de récréation, avec des conséquences plus redoutables toutefois. Depuis des décennies on nous dit qu’une économie moderne s’appuie sur les marchés et qu’elle comporte des risques mesurés. Pourtant la plus grande partie des petites entreprises, et les emplois qui vont avec, se passent bien de la Bourse. Par contre, ce qui enrichit les grandes entreprises n’est pas seulement la rémunération du travail, mais aussi la timbale boursière, sorte de Loto géant ou de grand casino pour personnes fortunées.

En résumé, les riches jouent à la Bourse pour faire de l’argent, ceux qui voudraient le devenir jouent au Loto, les autres travaillent… ou font la manche. Mais les banques, qui jouent elles aussi au grand casino, ne le font-elles pas avec notre argent ? Avec notre accord ou pas ? Force est de constater que face à l’avidité de certains, il y a eu un peu trop de désinvolture de notre part pour laisser faire cela, qui n’est ni juste, ni moral, mais… légal. Les banques françaises sont le plus souvent, à la fois, banques de dépôts et de marchés. Aux Etats-Unis, après la crise de 1929, les deux types de banques avaient été séparés afin de lever toute ambiguïté entre les dépôts des particuliers et les activités spéculatives. Ne faut-il pas à nouveau opérer cette clarification ?

Il s’agit bien là d’une interrogation sur le système économique que nous souhaitons, très libéral ou encadré. La situation actuelle consiste bien souvent à libérer ce qui touche aux marchés et aux profits et à socialiser ce qui concerne les pertes ou les risques, en les faisant assumer par les contribuables ou les générations futures.

Tout cela présuppose une autre conception du vivre ensemble et de la notion de partage. C’est ainsi que l’on voit les marchés orienter l’économie qui elle-même se régule avec des licenciements si besoin. On pourrait rêver d’un monde où l’économie s’appuierait d’abord sur les besoins et répartirait l’emploi en le partageant. Pour le moment, c’est l’exclusion qui prévaut : ceux qui ont un emploi le gardent et ceux qui n’en ont pas ont de plus en plus de difficultés à en trouver, les plus jeunes notamment.  Comment en sortir, si ce n’est par une économie non marchande, à laquelle le courant écologiste peut contribuer, en privilégiant l’être plutôt que l’avoir. Selon l’Urssaf, le secteur associatif occupe aujourd’hui en France 12,5 % de l’emploi privé, soit 2 350 000 salariés. Voilà un beau sujet de méditation à propos d’une économie qui recherche la satisfaction de besoins plutôt que le profit, des entrepreneurs ou des actionnaires.

Par Michel Lerond - Publié dans : Economie
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Lundi 28 février 2011 1 28 /02 /Fév /2011 17:34

 

       Le pays le plus peuplé au monde, c’est la Chine. La République populaire de Chine comptait 1 331 460 000 habitants en 2009, soit 20 % des 6,8 milliards de Terriens, ou encore 2,5 fois sa population de 1949. Cette population devrait atteindre 1,4 milliards en 2015.

       Le pays qui compte le plus de chercheurs au monde, c’est la Chine. En 2008, la Chine comptait 1,6 millions de chercheurs, soit près de 20 % du total mondial.

       Le pays qui dispose du plus grand réseau TGV, c’est la Chine. Commencé en 2008, le réseau devrait atteindre 13 000 km en 2012 ; ce sera, de loin, le plus important du monde. La ligne Pékin-Shanghaï ouvrira en 2011, sur 1 300 km parcourus en quatre heures. Les Chinois rêvent déjà d’un TGV Pékin-Londres. Le réseau TGV français offre 1 547 km de voies.

       Le pays qui produit le plus de voitures, c’est la Chine, avec 10 millions de véhicules par an. Il y avait 100 millions de véhicules sur la planète en 1956, on en compte maintenant 1,3 milliards. En Chine roulent environ 8O millions de véhicules, on en prévoit 200 millions en 2020.

           Le pays qui produit le plus d’électricité à partir du charbon, c’est la Chine. En 2008, la Chine était le premier producteur, consommateur et exportateur de charbon (2,5 milliards de tonnes par an, soit le double des USA). La Chine met en service deux centrales thermiques… par semaine.

       Le pays qui rejette le plus de gaz carbonique, c’est la Chine. Annuellement, la Chine rejette un peu plus de 6,5 milliards de tonnes de CO2, soit 22,3 % des rejets mondiaux, devant les Etats-Unis qui n’en rejettent… qu’un peu moins de 6 milliards de tonnes.

       Le pays qui compte le plus de réacteurs nucléaires, c’est l’Union Européenne avec 146 sur un total mondial de 439. Les USA en comptent 103 et la France 58. La Chine n’en compte que 13. Mais elle en prévoit 34 autres dont 26 sont en construction, et envisage de multiplier son parc par 6.

       Par ailleurs, la stratégie du Zouchugu, « sortir des frontières de la Chine », consiste à acquérir terres agricoles et minières en Afrique et Amérique du Sud, entreprises aux Etats-Unis et Europe, infrastructures un peu partout, ou encore dettes de certains pays occidentaux… En France, la grève des dockers mine les ports maritimes, c’est une opportunité pour les Chinois qui vont acheter… une partie du Port du Havre.

     Alain Peyrefitte avait prophétisé ce qui arrive maintenant dans son célèbre ouvrage de 1973 Quand la Chine s’éveillera… le monde tremblera. Je ne sais pas si le monde doit trembler, mais la Chine s’est éveillée !

Par Michel Lerond - Publié dans : Economie
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Lundi 21 février 2011 1 21 /02 /Fév /2011 15:57

 

La croissance va nous sortir de la crise ! Ce dogme n’a pu perdurer que parce qu’il oubliait les lois économiques élémentaires : une planète finie ne peut procurer indéfiniment des ressources pour une population toujours plus nombreuse et consommatrice, quand bien même s’agirait-il de « croissance verte »… Ainsi depuis 50 ans, la sacro-sainte croissance du PIB (Produit Intérieur Brut) s’appuierait sur le progrès technique. Pourtant, on commence à admettre que la technologie n’est pas toujours la solution à nos difficultés (http://www.michel-lerond.com/article-la-technologie-va-tout-resoudre--39938444.html). Sans doute faudrait-il mesurer autre chose que la seule croissance économique et prendre en compte les autres dimensions de notre développement. Le PIB ne doit plus être la boussole de l’économie. Il nous faut maintenant redéfinir le concept de développement et faire les choix politiques qui nous emmèneront vers un futur collectif soutenable. La décroissance généralisée n’est pas plus pertinente. Tout dépend de quoi l’on parle. On peut facilement imaginer que devant la raréfaction des ressources naturelles il y aura des secteurs en croissance et d’autres en décroissance, de façon évolutive.

Après que la France, la Grande-Bretagne et l’Italie se soient engagées dans la recherche d’un nouvel indicateur de mesure de la richesse, l’Allemagne s’y met aussi. La commission réunie à cet effet va réfléchir sur un indicateur global qui prendrait en compte cohésion sociale, préservation des ressources, santé et espérance de vie, entre autres… Mais les plus grandes avancées ne viennent pas obligatoirement d’où on les attend. Ainsi, le Bhoutan, petit royaume bouddhiste situé entre l’Inde et l’Himalaya (environ 800 000 habitants), utilise un nouvel indice de croissance, le BNB (Bonheur National Brut) depuis… 1972 ! Le BNB est basé sur quatre principes : croissance et développement économique, conservation et promotion de la culture, sauvegarde de l’environnement et des ressources et enfin bonne gouvernance. Cela rappelle quelque chose, me semble-t-il… Ce BNB oblige à une vision à long terme et se traduit, par exemple, par l’inscription dans la constitution  que les forêts doivent couvrir 60 % de la surface du pays… pour l’éternité. Rien n’étant parfait, tout cela dissimule un peu d’idéologie nationaliste et d’imprévision (la fonte des glaces de l’Himalaya remet en cause la production d’hydroélectricité largement privilégiée).

L’entreprise, base de notre système économique, devrait changer de nature en s’orientant vers la notion de service et d’épanouissement humain, plutôt que vers le consumérisme. Quel chantier ! mais quelle belle opportunité pour les politiques de reprendre l’initiative sur l’économie-fric qui grignote le monde !

Par Michel Lerond - Publié dans : Economie
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Lundi 27 septembre 2010 1 27 /09 /Sep /2010 18:11

 

Il est d’usage dans les villages qu’une quête soit faite à l’occasion d’un mariage pour aider financièrement telle ou telle association. Lors de notre mariage, en 1967, mon épouse et moi avions proposé que l’argent de la collecte soit envoyé à l’Unesco pour le comité de lutte contre la faim, ce qui fut fait, même si bien peu de gens connaissaient l’Unesco et encore moins imaginaient que quelque part on puisse mourir de faim…

Dans notre grande naïveté, nous pensions que cette œuvre charitable contribuerait à faire que ce fléau ne soit bientôt plus qu’un lointain souvenir. Plus de 40 ans plus tard, la faim est toujours là et nous avons même dépassé le milliard d’affamés sur la planète en 2009. En 2005, la FAO (Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) estimait le nombre de sous-alimentés à 870 millions. Ils étaient 923 en 2007 et 963 en 2008, alors que « l’Objectif du Millénaire » était de ramener ce nombre à 420 millions en 2015. L’échec est avéré, même si l’année 2010 marque un léger recul à 925 millions, en raison d’une conjoncture favorable. Ce sont l’Asie (578 millions d’affamés) et l’Afrique subsaharienne (239 millions) qui sont les plus touchés. Mais on compte aussi 53 millions de sous-alimentés en Amérique latine, 37 millions en Afrique du Nord et Proche Orient, et 19 millions dans les pays développés (chiffre en augmentation).

La FAO n’a cessé de préconiser l’investissement dans l’agriculture et un soutien aux petits producteurs, pour assurer la consommation locale plutôt que développer les exportations vers les pays développés. Ces préconisations sont suivies, en partie, par exemple pour promouvoir en Afrique l’agroécologie, une agronomie qui s’appuie sur des bases écologiques et vise en priorité les cultures vivrières. Il faudrait aussi pouvoir recréer des marchés régionaux, pour ne pas tout sacrifier à la mondialisation voulue par l’Organisation mondiale du commerce et limiter les rachats de terres par des opérateurs étrangers pour produire des agrocarburants destinés aux pays européens… Sans doute faudrait-il également éradiquer la corruption qui sévit, ici ou là. Ainsi, l’Inde croule sous les réserves de riz et de blé, mais la distribution est minée par la corruption au point de laisser périr 11 millions de tonnes de céréales ! Alors que le pays s’enrichit, la moitié des enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition.

Outre les aspects organisationnels et le retour à l’agriculture vivrière, il faudra aussi s’interroger sur la nature des produits alimentaires. Ainsi, la substitution de larve d’insectes à la viande et au poisson est une piste envisagée par la FAO pour espérer nourrir 9 milliards de Terriens en 2050. Les insectes présentent un meilleur rendement et demandent moins d’eau. Un congrès international d’ « entomophagie » est même prévu pour 2012.

Par Michel Lerond - Publié dans : Economie
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Mardi 8 décembre 2009 2 08 /12 /Déc /2009 09:22

Vous y voilà enfin : à la fin de cette année vous aurez terminé le remboursement de l’achat de votre maison, des travaux d’isolation effectués il y a 10 ans et du changement de voiture d’il y a 2 ans. Ouf, quel soulagement ! Tous comptes faits, il ne vous reste plus maintenant que 43 000 € de dettes que vous rembourserez, un jour… peut être. L’Etat français est déficitaire depuis 35 ans et la dette atteint maintenant 1 500 milliards €. On prévoit pour 2012 une dette s’élevant à 90 % du PIB, soit 23 500 € par Français, ou encore près de 43 000 € par contribuable puisque la France compte seulement 35 millions de contribuables pour 64 millions d’habitants.

Cette année, les recettes de l’Etat se sont effondrées du fait de la crise et les dépenses ont explosé du fait de la relance. Mais plusieurs pays de l’Union Européenne sont prêts à faire encore pire ! D’ailleurs, consolons-nous, la dette publique mondiale atteint, elle… 35 100 milliards de dollars.

Le déficit budgétaire de la France est de 141 milliards € en 2009 (au lieu des 67 prévus par la Loi de finances initiale). Chaque corporation demande des aides de l’Etat, les industriels de l’automobile, les agriculteurs, les restaurateurs… et aussi une baisse des impôts. La France doit donc emprunter pour payer les intérêts annuels de sa dette, soit environ 60 milliards € pour 2009… On a le vertige ! Après 2012 (élection présidentielle) il faudra bien assainir les comptes publics dans un contexte sans doute très difficile. Attention, impôts en forte hausse en vue. C’est d’ailleurs ce que vient d’annoncer l’Espagne ; quant à la Grande Bretagne, elle taille à la hache dans les dépenses publiques. Il n’y a guère que les Suédois pour tirer une certaine fierté à payer des impôts élevés parce que c’est « un acte de civisme ».

Bon Noël quand même. Ah au fait, si vous souhaitez faire quelques achats exceptionnels pour cette période, n’hésitez pas. Les voyages sont soldés, les piscines sont à prix cassés et les quads sont très tendance pour la nouvelle année. Vous participez ainsi à la relance et si vous éprouvez des difficultés, des tas d’organismes vous proposent des crédits… vraiment concurrentiels. Au cas où vous seriez en surendettement, laissez passer, ça va finir par s’arranger, comme pour les banques ! Les particuliers comme l’Etat peuvent emprunter pour payer leurs dettes et les pays peuvent se racheter leurs dettes entre eux. Nous vivons vraiment une époque formidable, c’est Carnaval à Noël !

Par Michel Lerond - Publié dans : Economie
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Mardi 1 décembre 2009 2 01 /12 /Déc /2009 08:42

          C’était en soirée, il y a une dizaine d’années, un rendez-vous professionnel à propos des ruissellements sur les terres agricoles. Avec le directeur départemental de l’agriculture de ce département, nous évoquions les conséquences sur l’environnement de l’agriculture intensive. Il me précisait que si l’on faisait le bilan environnemental des pratiques agricoles, il serait mauvais, et il ajouta : « quant au bilan économique de l’agriculture française, espérons que personne ne s’y lancera, ce serait catastrophique. » Pourtant, voilà bien le point focal des débats récurrents sur l’agriculture. C’était encore le cas, il y a peu de temps à Neufchâtel-en-Bray (Normandie) où le film « Bocage du Boischaut » de Philippe Henry étayait le débat sur la sauvegarde du bocage brayon (http://sites.google.com/site/arbrepaysdebray). Bien que le débat s’orienta vite sur des aspects concrets, ce qui est réconfortant pour l’avenir, deux aspects étaient frappants : d’abord il se redisait ce qui a été rabâché depuis 30 ans sur les intérêts multiples du bocage, ensuite on mettait en avant une opposition entre économie et écologie. Comment comprendre que depuis plusieurs décennies, avec des arguments fondés, scientifiques, nous ne soyons parvenus qu’à de biens piètres résultats ? Comment est-il possible que les acteurs locaux continuent à se réfugier chacun dans son domaine propre sans parvenir à une synergie constructive entre écologie et économie ?

Il m’a semblé que la clé de cette énigme réside précisément dans un manque d’évaluation. En effet, quel est le bilan réel de l’agriculture française ? Quel bilan écologique, quand le recours aux intrans et aux pesticides est très important avec ses conséquences sur la qualité de l’eau, des sols et la santé ; quand les pratiques intensives conduisent à l’érosion des terres et parfois aux inondations. Quel bilan économique quand la production agricole est rémunérée davantage par le contribuable que par le consommateur ; quand les « dégâts collatéraux » sont pris en charge par la collectivité et non par leurs auteurs. Combien coûte et combien rapporte  l’agriculture à l’environnement et à l’économie (parce qu’il y a bien sûr aussi des apports positifs) ? La question est simple, la réponse beaucoup moins. C’est toujours la même difficulté lorsqu’il s’agit de faire évaluer, par un observateur indépendant, avec la participation des citoyens, une activité aux facettes aussi diversifiées, en considérant toute la chaîne et pas seulement le maillon qui nous convient.

La profession agricole et les chambres d’agriculture sont souvent imaginatives pour défendre leur activité, ce qui est bien naturel. Elles sont donc les mieux placées pour faire preuve de ce courage politique qui consistera à mettre en œuvre une évaluation complète et objective de l’activité agricole. Chiche ! Voir aussi notre chronique « Nationaliser l’agriculture vivrière ? » du 17-11-09.

Par Michel Lerond - Publié dans : Economie
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Mardi 17 novembre 2009 2 17 /11 /Nov /2009 09:20

Aujourd’hui, l’agriculture européenne traverse des difficultés, au moment où un milliard de terriens souffrent de la faim. La récente crise du lait a révélé un raccourci caricatural de la situation : le lait européen, produit à partir de vaches nourries au soja brésilien, crée des carences alimentaires pour les Brésiliens, détruit la forêt, sans permettre aux agriculteurs européens de vivre de leur activité !

La répartition des aides publiques est très disparate selon les spécialisations des exploitations et variable selon les années. Mais les aides représentent entre 77 % et 93 % du revenu net de la « ferme France », ces dernières années. C’est dire que la production agricole est largement financée par le contribuable, très peu par le consommateur, qu’elle est donc une production publique, de fait. Un débat franco-français récurrent porte sur ce qui doit être nationalisé ou pas. Que faut-il nationaliser si ce n’est d’abord ce qui correspond aux besoins primaires de la population, à savoir l’eau et l’alimentation en premier lieu. Alors pourquoi ne pas nationaliser l’agriculture vivrière ? Il ne s’agit pas, bien sûr, de recréer des kolkhoz d’un autre âge ou des kibboutz, ou de transformer les agriculteurs en fonctionnaires. Mais le regard de la société sur l’agriculture est en train de changer et de plus en plus d’agriculteurs français prennent conscience de la nécessité à la fois économique et écologique de changer de méthode. La baisse du revenu agricole n’explique qu’en partie les récentes manifestations, le manque de perspective claire crée une incertitude qui vire à l’angoisse. Les agriculteurs se revendiquent souvent comme « libéraux », mais c’est la libéralisation des marchés qui les tue.

L’agriculture a la grandeur de nous procurer la ressource la plus stratégique qui soit : notre alimentation. Les mesures récentes du gouvernement français visent à renforcer des filières plus courtes et à encourager la contractualisation entre producteurs et industriels. Pourquoi ne pas aller au bout du raisonnement : l’Etat assure le « service public de l’alimentation » en contractualisant (via une agence de l’alimentation) avec les agriculteurs pour définir les productions, leur qualité et leur prix. Quelle agriculture voulons-nous ? Des exploitations concentrées de caractère industriel ou une agriculture de territoire qui garantit la diversité, la qualité et le respect de l’environnement. Il est temps de choisir, faute de quoi certains groupes financiers de la grande distribution, déjà aux abois, sont prêts à investir dans des milliers d’hectares pour produire eux-mêmes les denrées alimentaires.

Voir aussi nos chroniques « Paysan, un métier du futur ? » du 03-06-08 et « Nationaliser l’eau ? » du 03-02-09.

Par Michel Lerond - Publié dans : Economie
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