Le blog de Michel Lerond
Elle était d’une famille de 6 enfants. Dès l’âge de 14 ans, elle fut « placée » pour travailler, toute la semaine, avec pour congé le dimanche entre la traite des vaches du matin et celle du soir. Elle pouvait alors rejoindre ses parents, à pied, à une dizaine de kilomètres et revenir avant 16 heures à la ferme où elle travaillait. Pour tout salaire elle était nourrie, logée et « blanchie ». Le cadeau de Noël, c’était le plus souvent une orange ou un sucre d’orge. Elle s’est mariée à 20 ans et très rapidement est venue habiter une maison modeste, elle a eu tout de suite son premier enfant, suivi de 17 autres dont 15 ont survécu.
Dans la petite maison il n’y avait que deux pièces (à peine 40 m2), une chambre et une cuisine-salle à manger. Toute la famille dormait dans la même chambre, jusqu’à ce que le propriétaire aménage une chambre dans les dépendances pour les parents et les nourrissons (13 m2). Il n’y avait pas d’électricité ni d’eau courante, ni bien sûr de radio ou télévision. L’éclairage était assuré par une lampe à pétrole dans la chambre et une lampe à gaz dans la cuisine. L’eau était puisée dans le puits d’un pré voisin, à condition d’escalader la barrière afin de ne pas prendre de risque avec le bétail. L’eau était transportée avec deux seaux (20 kg) sur 250 mètres pour la ramener à la maison. Les jours de lessive, le linge et les baquets étaient emmenés dans le chemin, près de la barrière, afin de limiter les transports d’eau. Une cuisinière à bois et charbon assurait le chauffage et la cuisson.
Dehors, deux ou trois chèvres procuraient le lait nécessaire, des poules et lapins apportaient œufs et viande, complétés par les légumes du jardin. La « boisson » (cidre coupé) constituait le breuvage de toute la famille.
Mais où donc se déroulait cette scène de la vie rurale ? Dans une contrée lointaine ? Il y a très longtemps ? Pas exactement, cela se passait entre 1942 et 1962, au hameau du Point du Jour, en Pays de Bray. Il se trouve que cette maison… je l’habite, avec mon épouse. Nous l’avons agrandie et quasiment refaite. Nous avons l’électricité, l’eau courante, la radio et la télévision et même internet. Ces éléments de la « petite histoire » nous permettent de relativiser certaines choses. Cela se passait au milieu du 20ème siècle, dans une famille modeste certes, mais pas misérable, assez ordinaire somme toute, dans un « grand » pays, la France, où l’on a qualifié cette période des « trente glorieuses ».
Modérane nous a quittés dans les derniers jours de 2009, à 87 ans, laissant derrière elle 12 enfants vivants, 32 petits-enfants et 14 arrière-petits-enfants. Ceux-là sauront, mieux que d’autres sans doute, apprécier les progrès accomplis dans notre vie de tous les jours en 50 ans, et relativiser la fragilité de notre société de consommation à tout-va.
Michel
Cette histoire me touche. Et d'autant plus qu'elle se situe dans le pays de Bray, d'où vient ma famille maternelle, et auquel je suis attaché.
Simultanément, en 2010, des quantités impressionnantes de gens vivent des conditions matérielles encore bien plus mauvaises, au milieu de l'opulence.
Sommes nous capables de faire cesser ce scandale permanent ?
J'aimerais être plus généreux et savoir comment agir plus efficacement en faveur de tous les déshérités, au delà des dons - nécessaires mais insuffisants - aux ONG qui viennent à leur secours, comme elles peuvent.
Je suis admiratif de ceux qui se donnent complètement, ou au moins largement, dans le partage et la solidarité.
Thierry, Picardie
Voir aussi ma réponse à Danielle juste avant.
Michel
A+
Thierry
Les ressources en matières premières étant finies et les besoins humains dans un modèle de croissance constante plus ou moins forte infinie, gageons que nous devrons réapprendre un jour le bonheur selon Morédane...
Michel