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  • : Le blog de Michel Lerond
  • : Libre opinion sur les questions d'actualité en environnement et développement soutenable
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  • Michel Lerond
  • Ecologue et essayiste. Dans notre pratique professionnelle, nous avons pu contribuer, notamment, à un meilleur accès à l’information sur l'environnement.

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30 mai 2021 7 30 /05 /mai /2021 08:41

On estime qu’au début du 20ème siècle, la France comptait de l’ordre de 2 millions de kilomètres de haies ; il en reste 750 000… après destruction de 1,4 millions de km depuis 1950 et quelques replantations. Malgré les déclarations d’intention, le spectacle continue avec 11 000 km arrachés chaque année !

Ce recul s’explique par le besoin d’agrandir les parcelles agricoles pour permettre la manœuvre des engins, de plus en plus gros, lors du retournement des prairies pour les transformer en terres de culture, y compris pour la production « d’énergies vertes », comme le colza destiné à la confection de bio-carburants…

Quel dommage pour nos paysages, l’attractivité touristique d’un pays, mais aussi pour la prévention des tempêtes, des inondations et de la biodiversité. Les haies ont en effet ces multiples avantages de générer des conditions climatiques locales favorables aux cultures, elles constituent des brise-vent efficaces, retiennent l’eau et les sols, elles hébergent des espèces auxiliaires (oiseaux notamment) qui combattent les ravageurs des cultures et constituent un moyen de lutte contre le dérèglement climatique en absorbant de 6 à 10 tonnes de CO2 par an et par km. En matière de biodiversité, les études menées en France ont permis de recenser dans les haies environ 600 végétaux, 60 oiseaux et 35 mammifères, avec des espèces spécifiques selon les régions et leur morphologie, y compris des reptiles et batraciens. Rien que ça !

Cette problématique était bien le sujet du film « Des racines et des haies » (Beaubec Production, 2017) pour attirer l’attention du public, des agriculteurs et des élus, notamment en Pays de Bray. Depuis plusieurs années, des initiatives ont été prises par la région Normandie (appel à projets pour des plantations et replantation du patrimoine arboré typique) ou dans les départements des Bas et Haut-Rhin (pour interdire la taille des haies pendant la période sensible des nidifications d’oiseaux), par exemple. En 2021, ce type d’initiatives se multiplie avec les conseils départementaux, régionaux, les ministères de l’écologie, de l’agriculture et aussi les associations pour un objectif national de replantation de 7 000 km de haies d’ici 2022. Plus encore, des pays comme l’Autriche, la Grande-Bretagne, l’Espagne ou la Suisse, protègent les haies par la loi. En France, le Code Rural prévoit des sanctions pouvant aller jusqu’à 2 ans d’emprisonnement et 150 000 € d’amende, selon le délit, mais bien sûr… jamais appliquées. Et encore plus, avec l’Europe qui va renégocier la PAC pour 2023, en prenant plus en compte les haies.

Et enfin, cerise sur le gâteau, voilà que le 5 mai 2021, Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, participe à une plantation de haie dans la Marne et déclare : « Aujourd'hui, nous percevons l'intérêt des haies » avec comme objectif de préserver la biodiversité et capter des gaz à effet de serre grâce à leurs multifonctions.

Il n’aura fallu que 50 ans depuis les colloques des années 1970 qui s’inquiétaient de la destruction des haies, pour qu’une haie d’honneur s’ouvre devant la reconstruction de nos paysages et de nos haies multifonctionnelles. Maintenant que c’est dit, il n’y a plus qu’à le faire !

 

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23 mai 2021 7 23 /05 /mai /2021 08:13

          Continuons notre rappel de définitions, sujettes à confusions :

Réchauffement ou dérèglement climatique : certes on constate un réchauffement global moyen de notre planète Terre. Mais ce réchauffement est une moyenne planétaire qui connaît des variations dans l’espace et dans le temps. Le réchauffement global fait fondre les banquises qui, elles-mêmes, déversent des eaux très froides dans les océans et perturbent ainsi certains grands courants maritimes en les refroidissant. C’est le cas pour le Gulf Stream qui est « repoussé » vers le sud et tempère moins les côtes de l’Atlantique Est, ce qui pourrait expliquer des hivers rigoureux à venir. Il faut donc mieux parler de dérèglement climatique (que l’on a commencé à vivre), expression plus appropriée.

Voiture suréquipée : la publicité des voitures glorifie souvent le fait qu’elles sont suréquipées, ce qui dans la petite tête des publicitaires voudrait dire qu’elles sont au top de la technologie. Mais « suréquipé » signifie équipé au-delà du nécessaire ou équipé exagérément. N’achetez surtout pas une voiture suréquipée !

          Comme on le voit ici, le vocabulaire a toute son importance pour mieux se comprendre. Mais cela va bien au-delà en prenant de plus en plus une dimension politique : la Commission européenne vient ainsi de définir les critères d’atténuation et d’adaptation au changement climatique, dans le contexte d’une taxonomie verte qui vise à bien définir les activités climato-compatibles. Au final il s’agit d’orienter les finances vers des objectifs bien pensés plutôt que vers du green washing ! Le projet de règlement sur la taxonomie verte indique que, pour être considérées comme durables (eh oui, hélas, plutôt soutenables), les activités économiques doivent répondre à deux conditions : démontrer qu'elles apportent un bénéfice substantiel à au moins un des six objectifs environnementaux, tout en évitant des effets négatifs sur les cinq autres. Cette liste comprend : l'atténuation du changement climatique ; l'adaptation au changement climatique ; l'utilisation durable et la protection des ressources hydrologiques et marines ; la transition vers une économie circulaire ; la prévention et le contrôle de la pollution ; et enfin, la protection et la restauration de la biodiversité et des écosystèmes.

          De façon plus proche et plus simple, les contestataires instantanés sur les réseaux sociaux feraient bien parfois de lire jusqu’au bout les communiqués et comprendre ce qui est écrit, avant de se lancer dans des polémiques aussi stupides que stériles… Ah le poids des mots !

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16 mai 2021 7 16 /05 /mai /2021 08:06

Le vocabulaire est déterminant dans une conversation pour que l’on se comprenne au mieux. Rien de tel pour définir les bonnes idées avec les bons mots ! Cela est d’autant plus vrai si on utilise mal le vocabulaire, créant ainsi des malentendus sur des sujets interprétés de travers… Dans le domaine de l’environnement, ces confusions de vocabulaire sont hélas assez fréquentes, ce qui ne facilite pas le dialogue. Voici quelques exemples de définitions à préciser :

Corona : lorsque l’on parle d’un virus, on dit LE Corona, comme on dit LE virus de LA grippe.

Covid-19 : lorsque l’on parle d’une épidémie, bien entendu, on dit LA Covid-19, comme pour LA grippe. Bien que dès mai 2020, l’Académie Française ait confirmé le genre féminin pour LA Covid, le Petit Larousse, en mai 2021, affirme que l’usage faisant loi et que les journalistes ayant le plus souvent parlé au masculin, on peut utiliser les deux genres… Merci encore aux journalistes de nous embrouiller un peu plus !

Développement durable ou soutenable : la dérive sémantique relative au développement « durable » est telle qu’elle confine parfois à l’absurde. Ainsi lorsque l’on parle de croissance « durable », on ne sait plus s’il s’agit de rechercher un équilibre entre économie, social et environnement ou d’une croissance qui dure indéfiniment, ce qui est impossible… Revenons plutôt au terme d’origine, développement « soutenable » (de l’anglais sustainable development) et le vocabulaire sera déjà un peu moins ambigu. 

Ecologie et écologisme : on aurait économisé bien des débats stériles si l’on avait distingué l’écologie et l’écologisme (ce qui fut proposé par le CNRS dans les années 1980, mais non appliqué). Il ne faut pas confondre en effet l’écologie, la science qui étudie les relations des êtres vivants entre eux, avec l’homme et le milieu environnant (dont les écologues sont les praticiens), avec l’écologisme, un courant de pensée en faveur de la protection de la nature et de l’environnement (ou écologie politique dont les tenants sont les écologistes). Les deux disciplines sont tout à fait respectables, et souvent complémentaires, mais la désignation des deux thématiques par un même vocable a créé une confusion des esprits.

Produit chimique : les produits que nous utilisons sont naturels ou de synthèse (souvent des copies adaptées de produits naturels), mais ce sont toujours des produits « chimiques » au sens où ils ont une formule chimique de leurs composants. L’eau, l’air sont des produits chimiques… indispensables. Par contre les pesticides ou produits de nettoyage peuvent être toxiques. Il convient donc de distinguer les produits sains de ceux qui sont toxiques.

Produit naturel : l’eau ou l’air sont des produits naturels, mais pour autant tout produit naturel n’est pas forcément bon pour la santé. Le plomb est un produit naturel toxique. Certaines plantes sauvages (quoi de plus naturel ?) sont toxiques, comme… les fruits de pomme de terre ou les feuilles de rhubarbe. Affirmer qu’un produit est naturel ne veut donc rien dire, il faut préciser s’il est bon pour la santé ou toxique.

A suivre.

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9 mai 2021 7 09 /05 /mai /2021 09:14

L’agriculture française est en train d’évoluer face aux questions que posent le dérèglement climatique, l’érosion de la biodiversité et la demande des consommateurs. Peut-être une révolution est-elle en vue ? Encore faut-il que les jeunes qui souhaitent s’installer puissent le faire, compte-tenu des difficultés d’accès au foncier. Le contexte juridique et financier est tel qu’aucun jeune, hors milieu agricole, ne peut s’installer. Les surfaces disponibles vont aux gros exploitants céréaliers qui ont les moyens financiers nécessaires. C’est la raison pour laquelle vient de se mettre en place un collectif de « veille foncière brayonne » (en Normandie) auquel participent des agriculteurs, mais aussi des élus, des citoyens et associations, dans le but de faire remonter et centraliser les informations sur les terres agricoles qui se libèrent.

Le métier d’éleveur est sans doute le plus contraignant en agriculture et le moins rémunérateur, notamment en Pays de Bray. Certains éleveurs, l’âge aidant, décident de s’arrêter : 53 % des agriculteurs brayons ont plus de 50 ans et vont céder leur exploitation dans les 10 ans qui viennent ! Ce devrait être une opportunité pour des jeunes, issus du milieu agricole ou pas, en quête de sens, pour s’installer. Mais c’est là que le bât blesse, du fait des contraintes juridiques et financières qui favorisent le transfert des terres vers les grosses exploitations, céréalières en particulier, souvent déjà pourvues de plusieurs centaines d’hectares. L’impact paysager et environnemental de cette procédure est important dans la mesure où le labourage des prairies (5 % par an en Pays de Bray) pour mise en culture s’accompagne trop souvent de l’arrachage des haies et comblement des mares (90 % ont disparu). Il y a donc un tabou à lever pour aider un primo-accédant à s’installer, y compris sur des petites surfaces, plutôt qu’agrandir encore des exploitations qui flirtent avec le gigantisme. La vocation de cette veille foncière est donc bien de sensibiliser et informer afin de faciliter la transmission des fermes avec un fort souci de préservation des milieux naturels et paysages et de productions de proximité.

Face au dérèglement du climat qui assèche les terres, ou les sature en eau, à l’érosion de la biodiversité qui favorise les parasites des cultures, à la surexploitation qui amoindrit la fertilité des sols ou augmente les ruissellements… il y a urgence à revenir à des concepts qui favorisent les petites exploitations, ou a minima ne les oublie pas, plutôt que favoriser les détenteurs de capitaux, parfois peu scrupuleux. Ce collectif citoyen se donne pour objectifs de connaître les porteurs de projets qui souhaitent s’installer, de repérer les candidats à la transmission ou les offres de location et de mettre en relation les jeunes déjà installés avec ceux qui ont un projet. Cela suppose des formations qui se mettent en place avec réunions ciblées, s’appuyant sur des témoignages et des films. Plus d’informations sur https://terredeliens.org/ et des annonces sur https://www.objectif-terres.org/ et aussi sur « La France agricole »

Nourrir les hommes est une des activités les plus nobles, pourvu que ce soit avec le respect de la nature nourricière et donc en favorisant les exploitations, animatrices de nos villages et qui de plus procurent emplois et produits de qualité .                  

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2 mai 2021 7 02 /05 /mai /2021 07:59

La morale de l’histoire

Au-delà de la pandémie, il est grand temps de bien analyser ses origines et de faire en sorte qu’elle ne se renouvelle pas. Nous avons proposé de nombreuses pistes dans « Les clés de notre avenir » (Persée, 2020.- 100 p. – 10 €. En priorité chez votre libraire ou à défaut : https://www.editions-persee.fr/). Nous renvoyons ci-dessous à certaines de ces clés.

Nous voilà sans doute au dernier signal d’alerte de la biodiversité, conjuguée avec un dérèglement climatique qui s’amplifie, et les crises sanitaires qui en résultent sont là. Il faut traiter les causes plutôt que, comme à l’habitude, les conséquences. Nous n’avons plus le choix.

Notre conception de l’Etat et de l’économie vont devoir évoluer. Devant les dégâts occasionnés, l’Etat est déjà confronté à une demande énorme de biens communs au moment où, endetté comme jamais, il n’a plus de capacité financière. Notre système productif doit être complètement repensé en faisant un tri sévère entre ce qui est essentiel et ce qui l’est moins, entre ce qui relève du service public et ce qui relève des intérêts personnels (Clé 66).

          L’Etat doit améliorer le partage des richesses produites et permettre à chacun de vivre avec décence (Clé 64). Il faut socialiser et politiser la question des besoins, ainsi que les moyens d’y pourvoir pour tous (Clé 57). Par exemple, supprimer les publicités pour sortir des délires de l’hyper-consumérisme (Clé 32), et instituer une société plus égale, plus sobre, ce qui suppose un nouveau modèle économique. Les entreprises aussi doivent être démocratisées. Un service civique (Clé 75) serait indispensable. De même l’éducation (Clés 70 à 74) doit prendre en compte davantage la solidarité, le vivant, en sortant du monde des écrans qui consomme énergie et temps et renferme sur soi.

          La pandémie Covid-19 a eu aussi pour impact de faire baisser les émissions de GES, mais cela reste insignifiant au regard de la situation globale qui ne cesse de s’aggraver. L’ONU, cinq ans après l’accord de Paris pour le climat, ne cesse d’alerter sur l’insuffisance des mesures prises (Clés 1 à 9). Les années 2015-2020 ont été les plus chaudes jamais enregistrées, avec en parallèle des feux, tempêtes ou sécheresses, alors que les glaces des pôles fondent à un rythme qui s’accélère.

          Les conséquences sont déjà perceptibles en termes de dégâts occasionnés sur les cultures et donc de baisse de rendements, ce qui pourrait générer des pénuries sérieuses, et pas seulement dans les pays en développement. N’oublions pas qu’une ville comme Paris ne dispose que de trois jours de consommation alimentaire, en cas de rupture d’approvisionnement. Les solutions technologiques, sans projet de société nouvelle, sont une impasse. Soyons lucides, c’est bien d’un rationnement dont il s’agit, des énergies fossiles en premier lieu (Clé 10). Toute la difficulté va être de réduire l’empreinte carbone en respectant la justice sociale, alors même que l’Agence internationale de l’énergie s’inquiète de voir repartir les émissions de CO2 bien que la pandémie soit encore loin d’être maîtrisée et voudrait éviter un « avenir apocalyptique ».

Il ne s’agit pas de réformes à faire, mais véritablement d’une révolution. Ce sera difficile, mais combien exaltant ! Cette révolution passera nécessairement par des évolutions profondes de nos systèmes de gouvernance (Clés 83 à 90), plus participatifs.

Et Toi, comment tu vas ? Est-ce que tu es prêt à te remettre en question et à changer tes habitudes ?

 

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25 avril 2021 7 25 /04 /avril /2021 08:19

Le retour aux sources du mal

Il est important de rappeler que cette pandémie est une zoonose, une maladie issue du monde animal, et que nos modes de vie, basés sur une consommation à tout-va, sont la cause première de sa propagation. La déforestation, l’artificialisation des sols, l’extension de l’habitat et des infrastructures  provoquent des interactions de plus en plus fortes entre l’espèce humaine et le monde sauvage. Le dérèglement climatique, basé sur les mêmes causes, amplifie les phénomènes et multiplie les menaces de pandémies. Une maladie infectieuse se transmet souvent d’un animal sauvage à un animal domestique, puis à l’homme. Le développement des élevages industriels constitue un maillon favorable à cette transmission, comme on l’a vu à plusieurs reprises ces dernières années.

Les liens climat-biodiversité-pandémies sont avérés. Les phénomènes climatiques extrêmes se sont multipliés ces dernières années, avec sécheresses et incendies, pluies diluviennes, tempêtes et aussi variations importantes sur des temps courts, comme on vient de le voir avec les gels tardifs de début 2021. Ces phénomènes ont des conséquences en termes de sécurité alimentaire et génèrent des déplacements de populations et des migrations difficiles à gérer, mais aussi de possibles pénuries chez nous. Le dérèglement climatique exerce donc une pression accrue sur la biodiversité et la santé humaine, avec des conditions favorables à la progression de virus comme celui de la dengue, par exemple, dont le moustique porteur prolifère avec le réchauffement de certaines contrées.

Concernant la biodiversité, depuis 1970, plus de 60 % des animaux sauvages ont vu régresser leurs populations et actuellement, on considère qu’un million d’espèces sont menacées d’extinction ! De ce fait, une épidémie peut d’autant plus passer d’animal en animal, puis à l’homme. De plus les prédateurs comme le lynx ou le loup, par exemple, se raréfient alors qu’ils contrôlent les populations de petits rongeurs, porteurs de microbes divers. Les zones tropicales, qui présentent la plus grande vulnérabilité au climat, sont les plus concernées (l’équivalent de la surface des Pays-Bas a été détruit en 2020 !), les espèces tropicales étant peu tolérantes aux variations de températures. Ces effondrements de la biodiversité, déjà en cours pour les forêts tropicales du fait de l’agriculture et des incendies accompagnant les vagues de chaleur, sont plus avancés encore pour les milieux marins, avec notamment le blanchiment des coraux, catastrophique pour la faune marine. Il s’agit là d’une triple crise climatique, biologique et humanitaire.

          Cette pandémie de la Covid-19 peut s’installer dans la durée, ou se renouveler, elle doit nous convaincre qu’il faut changer de civilisation. L’onde de choc socio-économique sera durable et cette pandémie est révélatrice des failles de nos modes de production et de consommation. Tout cela étant conjugué et simultané avec des modifications climatiques qui s’amplifient et une érosion de la biodiversité qui atteint une ampleur inattendue. La convergence de ces crises pourrait bien précipiter, par un effet domino, l’effondrement de notre société industrielle. A partir du XIXème siècle et surtout au XXème, s’est développé le credo productiviste et industrialiste. Maintenant, certains scientifiques n’hésitent plus à envisager l’apocalypse d’une société d’abondance, fondée sur une croissance illimitée dans un monde fini…

          Nous basculons vers une autre époque et devons prendre garde à ne pas nous replier sur notre microcosme. Il va falloir concilier une vision universelle et planétaire avec un souci de relocalisation des productions et consommations. Rien n’est simple et tout est complexe. Les choix à faire vont être difficiles, risqués et souvent douloureux. Mais ne pas choisir serait la fin inéluctable de notre civilisation, incapable de gérer ses contradictions.

          Et Toi, comment tu vas ? Est-ce que tu fais des constats de ces changements à ton échelle ?

A suivre : -    La morale de l’histoire

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18 avril 2021 7 18 /04 /avril /2021 09:06

Le ressenti de la pandémie

Voilà plus d’un an que dure cette pandémie et on ne sait quand elle s’achèvera… Qui aurait pu penser qu’un an après, le monde entier serait encore bouleversé par la Covid-19, nos vies étant rythmées par cette crise sanitaire mondiale survenue en un temps très court. Avec la pandémie, nos relations aux autres ont été bouleversées. Nous avons réduit notre cercle et parfois mis en péril notre sociabilité du fait de la raréfaction des possibilités de rencontres et d’échanges. Cela peut aller jusqu’à la rupture des liens avec les amis, les enfants ou petits-enfants… avec des séquelles psychologiques, notamment pour les positifs au Corona.

Dans ce monde où le maître mot est « concurrence », entre individus, entreprises ou Etats, voilà qu’un virus a placé tous les Humains face à un ennemi commun. Dans un monde où la liberté est d’abord la sienne propre, ce virus nous incite à protéger l’autre pour se protéger soi-même. Nous voilà obligés de conjuguer liberté et solidarité. Entretenir le lien social est quasi vital, les humains ne sont pas faits pour vivre seuls.

Cependant le confinement a été aussi l’occasion de redécouvrir la douceur des rues désertes, des promenades, des longues journées sans urgence. En somme quelque chose de très banal et si nouveau. Tout ce contexte provoque une réflexion sur les vraies valeurs, les vrais amis. Les relations, même superficielles, jouent un rôle essentiel dans nos vies avec une diversification de nos réseaux habituels et des retrouvailles avec les voisins. Le confinement a aussi généré plus de solidarités avec un soutien à ceux qui se trouvent en difficulté. La voiture a été parfois un exutoire : on peut partir, en couple ou en famille, sans masques, sans gestes barrières, en prenant son temps. La voiture permet de bouger, d’avancer, parfois trop lorsque la voiture devient un défoulement et que la vitesse est un peu… excessive.

La pandémie nous a contraints à envisager notre fin, nous ramenant à l’essentiel : embrasser ses parents ou enfants, retrouver ses amis, etc. Cette ambiance particulière nous a mis en proximité avec la mort, thème largement occulté par notre société obsédée par la croissance et l’infini. Le « mérite » de cette pandémie est de nous avoir invités à imaginer l’idée d’une fin de notre civilisation, une opportunité pour nous remettre à la bonne place au sein du vivant : nous, une espèce parmi les autres.

Voilà bien la première fois que nous sommes confrontés à un évènement planétaire, aux conséquences immédiates sur nos conditions de vie et de survie, étant informés de ce qui se passe à peu près partout ! Cet évènement nous donne à comprendre que nous sommes tous liés à un destin commun, au-delà des frontières, des cultures, des religions, une formidable occasion de se sentir Humains et Terriens !

Nous pouvons ressentir les mesures prises par les pouvoirs publics comme contraignantes, ou même « dictatoriales » comme n’ont pas hésité à le proclamer certains, notamment sur les réseaux sociaux, où l’on reste le plus souvent à l’abri derrière un pseudo. En effet, ces mesures sont contraignantes si nous avons une conception de la liberté centrée sur nous-mêmes, mais elles sont aussi solidaires si nous avons une conception de la liberté qui intègre les autres. Certains qui fanfaronnent en refusant les mesures prises, ne sont pas des résistants, mais plutôt des irresponsables.

Après cet épisode nous aspirons tous à retrouver une « vie normale ». Ce qu’il faut éviter assurément pour que la vie d’après la Covid-19 ne soit pas celle d’avant crise, obsédée de développement, cause principale de la situation que nous vivons. Le confinement ne doit pas être seulement une période contraignante où l’on se plie aux injonctions des gouvernants, mais une période où l’on apprend à vivre autrement, à réinventer notre relation aux autres, à renouveler notre façon de consommer. La pandémie de la Covid-19 est une crise sanitaire, certes, mais surtout une crise de civilisation, résultante de nos erreurs passées. En bref, notre idée du progrès, synonyme de domination de la nature, est à l’origine de cette pandémie. Est-ce qu’un jour, nous allons enfin comprendre que nous vivons dans la nature et que nous ne pouvons pas nous passer d’elle.

Et Toi, comment tu vas ? Comment vis-tu cette période et quels enseignements en tires-tu ?

A suivre : -    Le retour aux sources du mal

  • La morale de l’histoire
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11 avril 2021 7 11 /04 /avril /2021 09:11

La nostalgie des langues régionales n’est pas nouvelle, mais avec la pandémie, une relance se manifeste, avec notamment les « nouveles sirculères déroquatouères »… Plusieurs régions, dont la Normandie, ont trouvé bon de traduire les dérogations de sortie en langue régionale. Comme si ce n’était pas déjà assez compliqué. C’est drôle certes, mais un peu ringard et surtout… très approximatif. Il est vrai que la campagne électorale en cours pour les élections régionales a bien besoin de relancer l’intérêt du public ! Mais de là à prétendre enseigner la « langue normande » à l’école…

Sauvegarder le patrimoine culturel régional, y compris les langues anciennes, est une bonne idée pour les chercheurs ou amoureux des mots, mais est-ce bien raisonnable que de vouloir remettre cette prétendue langue en avant pour l’expression de tous les jours ? On ne peut pas parler de langue régionale à propos du Normand. Déjà, en 1978, dans le livre « Normandie », le Caennais René Lepelley, linguiste français et spécialiste de dialectologie l’affirmait : « Si un certain nombre de ruraux utilisent encore le patois dans les rapports qu’ils entretiennent à l’intérieur de leur petite communauté, il serait faux de penser qu’ils parlent le patois normand. Il n’existe pas en effet un patois normand, mais un grand nombre de parlers locaux qui présentent entre eux de nombreuses ressemblances, mais aussi des divergences sensibles, tant dans la forme et la prononciation des mots que dans le choix du vocabulaire. » (Jean-Robert Ragache, René Lepelley, Jacques Henry, Michel Lerond, Gabriel Désert, Jean-Jacques Bertaux.- Normandie.- Paris, éditions Bonneton, 1978.- 363 p.- Livre réédité en 1986 puis 2001 !)

En somme parler Normand est un bon truc… pour ne pas se comprendre. A moins de rester entre soi dans son petit milieu confiné… à une époque où plus que jamais il faut échanger pour mieux se comprendre !

Pour ma part, moi qui suis un Terrien, je me permets d’insister, en langue terrienne universelle (Proposition N° 93 de « Les clés de notre avenir » - Persée, 2020) : Be cautiously for you and look at the future with eyes well open !

Sans omettre pour autant de conserver ma langue maternelle : Prenez bien soin de vous et regardez l’avenir avec les yeux bien ouverts !

Quant à la « langue normande » : Occup’ tai de tai et pis r’gade ben d’vant tai pou aller pu loin !

Comprenne qui pourra…

 

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4 avril 2021 7 04 /04 /avril /2021 09:04

Dès le début de ce blog nous avons attiré l’attention sur l’importance stratégique de l’agriculture vivrière. Les crises sont là pour nous rappeler qu’il faut assurer l’autosuffisance alimentaire d’un pays, d’une région, d’un territoire, ce qui suppose une réorientation totale de l’agriculture autour des savoirs locaux, notamment dans les pays du Sud. Il est urgent de faire évoluer l’agriculture vers une priorité des politiques publiques afin d’assurer le besoin primaire de nourriture, en soutenant notamment la petite agriculture familiale. C’est en effet la petite exploitation qui nourrit d’abord ses gestionnaires, qui s’adapte le mieux à la demande locale et crée des emplois stables. L’évolution du comportement des consommateurs pour privilégier les produits locaux de saison est très encourageante à cet égard.

L’agriculture a la grandeur de nous procurer la ressource la plus stratégique qui soit, notre alimentation. Le regard de la société sur l’agriculture est en train de changer et de plus en plus d’agriculteurs prennent conscience de la nécessité à la fois économique et écologique de changer de méthode. Les mesures actuelles visent à renforcer les filières courtes et à encourager la contractualisation entre producteurs et industriels. Allons au bout du raisonnement en nationalisant l’agriculture vivrière : l’Etat pourrait assurer le « service public de l’alimentation » en contractualisant (via une agence de l’alimentation) avec les agriculteurs pour définir les productions, leur qualité et leur prix. Quelle agriculture voulons-nous ? Des exploitations concentrées de caractère industriel ou une agriculture de territoire qui garantit la diversité, la qualité et le respect de l’environnement. C’est le consommateur qui reste le principal décideur !

Quel est le bilan réel de l’agriculture française ? Quel bilan écologique et quel bilan économique ? Combien coûte et combien rapporte  l’agriculture à l’environnement et à l’économie ? Pour y voir plus clair et sortir des débats biaisés, il faut mettre en œuvre une évaluation complète et objective de l’activité agricole, en considérant toute la chaîne et pas seulement le maillon qui nous convient. C’est une condition première pour repenser l’agriculture pour le futur.

L’objectif central de l’agriculture est bien maintenant de réinscrire les processus culturaux dans le fonctionnement des écosystèmes, comme cela se pratiquait spontanément autrefois. Le principe est toujours le même : composer avec la nature, plutôt que s’y opposer, même si ce n’est pas toujours simple. Cela suppose également de revoir le relationnel sociologique et économique entre les acteurs des territoires : agriculteurs entre eux, agriculteurs et industriels et aussi agriculteurs et semenciers. A cet égard, l’agro-écologie semble entrer dans les mœurs et est de plus en plus prise en compte par la PAC (Politique agricole commune). La permaculture, bien adaptée au maraîchage sur des petites surfaces, y compris en milieu urbain, peut répondre aux besoins de consommation de proximité.

Pour l’avoir souhaité depuis longtemps, je me suis réjoui du lancement début 2020, par la Commission nationale du débat public (CNDP) d’un grand débat national sur l'agriculture. Hélas, la pandémie est passée par là et le débat n’a eu, semble-t-il, que bien peu d’écho. Mais les choses bougent et c’est la première fois qu’un grand débat public est organisé en France sur l’agriculture.

Dans les années 1950, l’agriculture a connu une révolution technologique qui a rendu les agriculteurs dépendants des banques, industriels et semenciers. Tout cela s’est fait ensuite aux dépens de… 700 000 km de haies, pour rechercher des rendements de plus en plus élevés. Il aura fallu un demi-siècle pour que l’on estime à leur juste valeur les services rendus par les haies et bocages aux agriculteurs. La biodiversité hébergée par les haies compte nombre d’espèces utiles à l’agriculture, régulatrices des ravageurs, et les haies sont aussi un régulateur des vents et des ruissellements des eaux de pluie. Là encore, les choses bougent avec l’appel à projet pour replanter des haies (https://draaf.normandie.agriculture.gouv.fr/Mesure-5-2-appels-a-projet) lancé en début de cette année. L’Etat prévoit d’apporter un soutien à la plantation de 7 000 km de haies en France d’ici 2022, afin de recréer des refuges de biodiversité, stocker l’eau et retenir les sols.

Le bon sens semble de retour avec ces plantations de haies et la reconnaissance de l’agro-écologie. Encore faut-il que les jeunes, non issus du monde agricole, qui souhaitent se reconvertir dans ce type d’activité puissent le faire. En effet, les terres sont de plus en plus accaparées par d’importantes sociétés agricoles qui augmentent encore leurs centaines d’hectares avec les conséquences que l’on sait sur le retournement des prairies, l’arrachage des haies, l’érosion des sols et l’appauvrissement de la biodiversité… Sans parler du bilan carbone de ces exploitations qui recourent à des engins agricoles qui s’apparentent à de véritables monstres… et aussi un peu préjudiciables au réseau routier rural.

Les choses bougent. Une révolution positive est possible. Le voulons-nous vraiment ? L’Europe s’engage de plus en plus vers un soutien des formes d’agriculture respectueuses de l’environnement. La décision finale nous appartient, en tant que consommateurs !

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28 mars 2021 7 28 /03 /mars /2021 09:31

Malgré les nobles intentions, il est avéré que l’enseignement des sciences à l’école a de grandes marges de progrès… Il semble que 20 % seulement des professeurs des écoles traitent le programme scolaire en totalité. Mais pourquoi donc ? Tout simplement parce que les enseignants sont majoritairement des littéraires peu formés aux sciences. Leur formation initiale ne compte que quelques heures de sciences et depuis 2014, l’épreuve de sciences et techniques n’est plus obligatoire au concours de professeur des écoles. Il n’est donc pas surprenant que dans le classement des pays de l’UE, la France soit avant dernière pour le niveau scientifique des élèves. Pourtant, les connaissances scientifiques sous-tendent de nombreuses questions d’avenir de notre société : énergie, environnement, santé. Alors que la crise de la Covid-19 a mis en avant les scientifiques, ceux-ci sont souvent décrédibilisés au regard du public, ce qui atteste d’une crise de la culture scientifique. Faut-il rappeler que la science consiste à analyser des faits pour leur donner une interprétation rationnelle. Enseigner la science, c’est apprendre à raisonner, apprendre la vie.

Parmi les questions scientifiques à enseigner, la priorité devrait revenir au développement soutenable et ses composantes. Comme nous l’avons souvent rappelé, si les fondamentaux de l’école sont bien lire, écrire et compter, ils doivent aussi intégrer les bases de notre relation biologique à la nature, ceci dès la maternelle et le primaire. Au cours des études secondaires, il convient de donner à l’écologie/environnement/développement soutenable le rang de discipline principale. En supérieur, il faut enseigner les données concrètes relatives au triptyque : bases de l’écologie/comportement individuel/gouvernance collective dans toutes les disciplines. Enfin, en formation professionnelle et continue et pour toutes les formations, il faut enseigner les aspects spécifiques des professions concernées quant à leur impact sur la nature.

Cela signifie que plutôt que d’accumuler les savoirs, il convient d’apprendre la curiosité, la rigueur et l’esprit critique. C’est dans cet esprit qu’à la rentrée prochaine, près de Fécamp, va ouvrir l’école maternelle de la forêt, inspirée des Forest School des pays nordiques. L'association MAVD (Mouvement actif pour une vie durable) intervient dans les écoles pour expliquer l'environnement et le développement soutenable à travers des ateliers qui ont accueillis 2 000 élèves en 2019. En guise de classe, des yourtes  vont accueillir dix enfants de 3 à 6 ans, entourés d'un enseignant et d’une animatrice pour viser à plus d’épanouissement et de confiance en soi. Par ailleurs, après avoir abondamment bétonné et asphalté les cours d’école, un mouvement prend de l’ampleur en France, pour revégétaliser les cours de récréation. C’est un bon signe pour remettre un peu de nature, science et poésie, dans la vie des enfants.

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