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  • : Le blog de Michel Lerond
  • : Libre opinion sur les questions d'actualité en environnement et développement soutenable
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  • Michel Lerond
  • Ecologue et essayiste. Dans notre pratique professionnelle, nous avons pu contribuer, notamment, à un meilleur accès à l’information sur l'environnement.

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9 juillet 2022 6 09 /07 /juillet /2022 08:16

Réorienter la gouvernance.

          L’enjeu est donc d’abord de convaincre de la réalité de la crise profonde à laquelle nous sommes confrontés, face à un aveuglement qui persiste chez certains. Si de plus en plus de personnes sont conscientes du dérèglement du climat, bien peu sans doute admettent la relation avec nos modes de vie et notre implication personnelle, préférant faire l’autruche devant des défis qui nous dépassent. On imagine des solutions, mais que devient alors l’économie, et notre pouvoir d’achat, et nos libertés ? Nous allons en effet devoir affronter les évolutions climatiques avec leurs conséquences sur notre vie quotidienne, notre agriculture et donc notre alimentation ; l’érosion de la biodiversité et le développement potentiel de pandémies qui y sont liées ; et accessoirement l’explosion du numérique et de l’intelligence artificielle qui nous apportent beaucoup mais déshumanisent nos sociétés. Ne rêvons pas, il y aura des restrictions indispensables de nos consommations. Ces défis sont immenses, redoutables, mais aussi enthousiasmants puisqu’il s’agit d’assurer la survie de notre espèce en trouvant d’urgence des solutions pour stopper cette menace imminente à laquelle nos sociétés ne sont pas préparées. Il faut réinventer le monde, en peu de temps, avec un esprit de solidarité et de partage. Cela nous concerne tous, collectivement et individuellement, vous et moi. Pour refaire le monde, il va falloir imaginer un nouvel art de gouverner.

La question fondamentale pour les prochaines décennies, ou même les prochaines années, va être celle du « comment faire » sur les plans écologique, démographique et démocratique. Pour chacun de ces cas il y a urgence face à la dégradation de notre milieu de vie biologique, le nombre trop important de consommateurs sur la Terre et la gestion difficile de sociétés contraintes à des restrictions de toutes sortes. Cette transition va devoir reposer sur des mesures d’atténuation pour limiter l’impact des déséquilibres écologiques, stabiliser la population terrestre et calmer les colères sociales. Mais il faudra aussi des mesures d’adaptation face à des dérèglements, en particulier climatiques, qui vont demander des décennies, au moins, pour retrouver un équilibre.

La transition à opérer va donc être double afin de vivre dans la sobriété et avec des activités résilientes pour affronter les crises et évènements violents comme les catastrophes climatiques qui vont s’amplifier, les migrations de population qui vont prendre de l’importance et les colères sociales de populations refusant les restrictions. Il faut donc inventer une nouvelle gouvernance, ce qui signifie d’abord formation des élus et de toute la fonction publique pour mieux appréhender les connaissances de base, de façon globale et transversale et non plus segmentée, mais aussi information du public. Les décisions doivent suivre, par exemple, pour abaisser la vitesse sur les routes, interdire certains transports par camions, interdire la vente de produits polluants etc. C’est un changement civilisationnel qui est à opérer, avec beaucoup de tact. Cela inquiète de plus en plus, les jeunes en particulier, mais il y a urgence. C’est maintenant où jamais qu’il faut y aller, sinon c’est ensemble que l’on va casser la baraque ! Un espoir : le 28 juin dernier, les dirigeants du G7 ont annoncé la création d’un « club climatique » afin de coordonner et renforcer la lutte contre le changement climatique. Foutaise démagogique ou réelle prise de conscience ? Que les vacances nous permettent de réfléchir à notre avenir !

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2 juillet 2022 6 02 /07 /juillet /2022 09:19

Rappels sur le contexte :

         La contestation des jeunes monte en réaction à un monde qu’ils refusent. Certes le refus de la société par les jeunes n’est pas nouveau, mais le contexte a tant changé en si peu de temps… Si les évolutions du climat inquiètent un certain nombre d’entre nous, beaucoup cependant se rassurent en pensant que la technologie va apporter des solutions pour résoudre le problème. Certes la science a montré qu’elle peut faire progresser l’Humanité, mais le pourra-t-elle indéfiniment alors que les consommations de toutes sortes n’en finissent pas de croître par rapport à des ressources limitées, notamment en matière d’énergie. Nombreux sont les exemples de fausses bonnes idées technologiques, comme la « voiture nucléaire » ou les agrocarburants, dont le processus complet de fabrication a été mal évalué, et qui en fait empirent la situation en déplaçant le problème. Beaucoup de décideurs et d’entrepreneurs, animés d’un optimiste naïf, se disent « Lançons-nous et on verra bien ». Eh bien on voit !

Pour ne retenir que quelques exemples des dérèglements climatiques auxquels nous sommes déjà confrontés, regardons du côté de l ‘Amérique du Nord où les méga-sécheresses ont commencé, « agrémentées » de méga-feux. La période 2000-2021 a été la plus sèche depuis l’an 800. Plus au sud, le Chili se prépare à un rationnement de l’eau du fait d’un déficit pluviométrique récurent depuis 12 ans avec un record de - 71 % en 2021 ! Au Pakistan et en Inde on a connu des températures de 49 et 50°. Et puis en Afrique : il est à craindre que les médias aient omis de nous informer qu’en Afrique de l’Est, du fait de l’incidence des sécheresses sur les cultures en 2022, 23 millions de personnes sont en situation de « faim extrême » en Ethiopie, Kenya et Somalie. Tout cela est bien loin de chez nous… oui, mais. L’Europe a connu en 2021 l’été le plus chaud de son histoire, marqué par des canicules intenses (48,8° en Sicile, 47° en Espagne) qui ont été à l’origine d’incendies en Italie, Grèce ou Turquie, soit 800 000 hectares partis en fumée en 2021. En France aussi on connaît des sécheresses historiques et des canicules comme en 2019 où l’on a enregistré 42,5° à Montpellier et 45° dans le Vaucluse et le Gard. En 2022 le printemps a connu un déficit de précipitations de 45 % par rapport à la normale et le mois de mai a été le plus chaud jamais enregistré.

En cas de catastrophes, les réformettes ne suffisent pas, il faut engager des changements importants, des bouleversements aux impacts sociaux forts et donc mal acceptés. Les catastrophes peuvent toutefois avoir des vertus pédagogiques et il semble bien que l’on ait enfin compris que l’on ne peut plus ne pas respecter la nature. Les dérèglements climatiques et les pandémies nous ont enfin réveillés. Née il y a 150 ans la science écologie a été depuis un demi siècle très (trop?) politisée. Maintenant on sait qu’elle est le fondement de notre existence, elle nous a appris que nous faisons partie de la nature. Avec un peu moins de sectarisme et d’approximations, on aurait sans doute pu aller un peu plus vite, mais retenons que nous sommes devant le plus grand défi de l’Humanité et que nous l’avons compris. Il ne reste plus qu’à l’admettre et trouver des solutions pour relever ce défi… pour survivre !

A suivre : 3 - Réorienter la gouvernance

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24 juin 2022 5 24 /06 /juin /2022 07:59

Les jeunes réagissent

          En avril 2022, lors de la cérémonie de remise de leurs diplômes d’ingénieurs agronomes, huit étudiants d’AgroParisTech ont appelé à déserter l’agro-industrie, et à « bifurquer » en dénonçant une « formation qui pousse à participer aux ravages sociaux et écologiques en cours ». Les médias et les réseaux sociaux ont largement relayé l’information et la vidéo de cette intervention, diffusée en mai, a été vue 12 millions de fois !! ce qui signifie, à n’en pas douter, que cette manifestation répond à une attente immense de la société qui n’est pas dupe des politiques hypocrites qui pratiquent le greenwashing plutôt que de s’attaquer pour de bon aux problèmes environnementaux… Cette « anecdote » traduit en fait une lame de fond qui déferle sur la plupart des grandes écoles. De nombreux étudiants désormais, refusent de travailler dans des entreprises qui ne prennent pas en compte les enjeux écologiques. Comme l’a déclaré un étudiant : « Les futures élites intellectuelles disent stop ».

En 2018 déjà des milliers d’étudiants de Polytechnique, HEC et autres, avaient signé l’appel du collectif « Pour un réveil écologique » pour faire pression sur les grandes écoles et entreprises qui n’ont pas opté pour une politique à la hauteur des enjeux environnementaux. Quelques entreprises ont entendu cet appel, le considérant comme un signal à prendre en compte, faute de quoi elles pourraient perdre des viviers de talents. En effet, certains de ces jeunes contestataires ont décidé d’abandonner leurs titres récents d’ingénieurs pour des choix de vie engagée en se consacrant à l’apiculture, l’agriculture vivrière ou l’arboriculture… La dissonance est trop forte entre des formations conventionnelles et des aspirations à une vie plus authentique et respectueuse de l’environnement, c’est pourquoi ces hommes et ces femmes ont choisi de bifurquer ! Voilà bien le cri d’une jeunesse qui rejette le système actuel, un cri que l’on ne peut pas ne pas entendre, un cri d’espoir sans doute ! En tous cas, c’est un sacré avertissement pour les obsédés de la croissance à tout va… Ces jeunes veulent changer les comportements des entreprises, mais aussi les formations qui sont souvent en décalage complet avec l’état actuel du monde. Tous les cursus de formation doivent intégrer les enjeux écologiques, nous l’avons assez répété depuis des années : propositions 71 à 74 de « Les clés de notre avenir ».

Nous avons ouvert cette chronique en mentionnant AgroParisTech, une de nos grandes écoles, mais des constats identiques peuvent être faits aussi chez les jeunes de certains lycées agricoles qui s’interrogent sur leur façon de participer à l’histoire de leur territoire en respectant l’environnement. Nous sommes sans doute à un moment charnière de l’histoire de notre société. L’espoir est là, ne gâchons pas cette chance.

A suivre : 2 - Rappels sur le contexte

                3 - Réorienter la gouvernance

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17 juin 2022 5 17 /06 /juin /2022 11:21

           L’incendie de Lubrizol, à Rouen le 26 septembre 2019, a marqué une étape dans la relation entre la population et les élus avec les sites Seveso. Presque trois ans plus tard, avons-nous vraiment progressé en matière de culture du risque  lié à l’industrie ? Dans ce domaine, comme bien d’autres, une certaine insouciance est de circonstance tant que tout va bien. Mais au moindre pépin, c’est un déferlement de critiques à tout va et d’insultes par certains citoyens ou élus, alors qu’il faudrait peut être commencer par le début. En effet, à quoi sert cette entreprise qui vient de connaître un incident ? Que fabrique-t-elle ? A quoi nous servent ses produits ? Quels sont les risques qu’elle génère et quelles mesures prend-elle pour les limiter ? C’est en fonction de ces premières réponses que l’on prend conscience des enjeux et des dispositions à prendre avec un respect mutuel des habitants, des élus et des acteurs économiques. C’est ensemble que l’on peut avancer sur la culture du risque pour aller vers une harmonisation des pratiques.

Concernant Lubrizol, il aurait été opportun de rappeler à l’occasion du débat polémiste qui a suivi l’incendie certains faits qui montrent que les industriels, même pollueurs, ne sont pas forcément des gens qui méprisent la population pour ne voir que leur profit… En effet, l’entreprise Lubrizol s’est installée à Rouen en 1953, dans un contexte urbain bien différent de l’actuel, pour y fabriquer essentiellement des additifs pour les huiles moteur, ce qui nous permet maintenant de faire la vidange de notre voiture tous les 20 000 km au lieu des 5 000 km autrefois. C’est dès le début des années 1990 que l’entreprise de Rouen, consciente de ses nuisances, a mis en place un Comité de riverains se réunissant deux fois par an afin d’échanger avec la direction de l’entreprise, expérience restée unique au plan national. C’est dans ce cadre, compte tenu des incidences connues de leur entreprise en matière d’émissions de nuisances olfactives, qu’ont été mis en place des olfacteurs chargés d’alerter en cas d’odeurs suspectes. Ce dispositif a été repris ensuite par Air Normand (devenu aujourd’hui Atmo Normandie).

Tout accident industriel est évidemment très regrettable, mais l’incendie de Lubrizol aura permis de relancer la réflexion sur la sécurité. C’est ainsi qu’a été créée une association qui regroupe le Port de Rouen et une quinzaine d’industriels pour mutualiser les approches et renforcer la transparence de l’information vers la population. La Métropole Rouen-Normandie et l’Université de Rouen ont mis en place une étude visant à mettre en place une instance de dialogue sur la sécurité industrielle à l’échéance de fin 2022.

En France la politique de prévention des risques industriels existe depuis une quarantaine d’années, avec des lacunes certes, mais on avance ! Il serait urgent de procéder de même dans d’autres domaines, comme les transports et l’agriculture intensive. Il reste à assurer un dialogue serein entre tous les acteurs concernés et là il y a encore du boulot !

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9 juin 2022 4 09 /06 /juin /2022 08:51
        L’école est en crise. Le nouveau ministre de l’Education nationale, Pap Ndiaye a conscience des difficultés qui sont devant lui, à savoir la revalorisation des salaires, la crise du recrutement, le retour des maths dans le tronc commun et la réforme du lycée professionnel. Certes ces questions ont leur importance, mais on est encore très loin des priorités à confier à l’école… En effet, si les fondamentaux de l’école sont bien lire, écrire et compter, ils devraient aussi intégrer les bases de notre relation biologique à la nature, ceci dès la maternelle et le primaire. L’école doit s’ouvrir davantage sur le monde, se renouveler et s’adapter aux défis qui sont devant nous et dont on perçoit maintenant clairement les conséquences : il s’agit « simplement » d’assurer la survie de l’espèce humaine… L’école doit être un incubateur du futur, elle doit faire sa révolution en enseignant la nature, la solidarité, le civisme et aussi une conception plus humaine de l’entreprise et du travail. Cela passe par plus de formation continue et de mobilité professionnelle des enseignants qui sont en train de faire leur propre révolution, inventant de nouvelles manières d’enseigner, suscitant la motivation plutôt que la compétition. Le mouvement est lancé, il faut poursuivre et revoir le contenu de l’enseignement. Quelle responsabilité collective et quel beau challenge.

        Pour que le respect de l’environnement trouve enfin toute sa place dans la société française, il faut apprendre le b a ba de notre relation à la nature. Ceci dès la maternelle et le primaire, en adaptant le niveau bien sûr. Au cours des études secondaires, il faut donner à l’enseignement de l’écologie / environnement / développement soutenable le rang de discipline principale. Lors des études supérieures, les données concrètes relatives au triptyque bases de l’écologie / manière de se comporter individuellement / gouvernance collective, doivent être intégrées dans toutes les filières. Dans toutes les formations professionnelles, les aspects spécifiques des futures professions concernées quant à leur impact sur la nature doivent être enseignés.

        Nous avons maintes fois répété ces évolutions indispensables à nos yeux, notamment dans « Faire passer le message” (Editions Persée – 2018 - 160 p.) et “Les clés de notre avenir” (Editions Persée – 2020 - 108 p.).

        La mise en place d’une telle évolution ne peut pas être instantanée et nécessite de résoudre 4 questions préalables: – Les systèmes éducatifs actuels correspondent-ils encore aux attentes de notre société ? – L’accumulation de connaissances est-elle encore de mise par rapport à un véritable apprentissage de la vie ? – Le caractère national de notre système éducatif est-il encore d’actualité avec la planétarisation des problématiques ? – Le cadre de l’école est-il encore adapté à une évolution constante des connaissances ?

        Certes la préoccupation de certains enseignants pour la nature et l’environnement n’est pas nouvelle et on en connaît des exemples dès les années 1945… Il faut maintenant sortir l’éducation à l’environnement de son relatif isolement culturel et la recadrer dans un contexte plus large pour constituer un axe essentiel d’une réforme en profondeur de l’enseignement. C’est cela la priorité !

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4 juin 2022 6 04 /06 /juin /2022 08:11

           Par essence même la ville a toujours été peu ouverte à la nature. Les jardins et parcs urbains ont compensé ce manque, surtout à partir du 19ème siècle. Mais voilà que les choses changent : devant la demande des citadins et la nécessité de réduire les pollutions et freiner le dérèglement climatique, la nature revient en ville et progresse en étant une constituante forte de l’urbanisme. Les exemples se multiplient de villes qui annoncent un avenir meilleur en recherchant une cohabitation entre habitat et activités économique et nature.

La renaturation des villes est devenue une évidence parce que la plupart des citadins et des responsables de l’urbanisme sont conscients des services que nous rendent les végétaux, que ce soit dans le domaine de la santé, de la gestion de l’eau ou de la capture de gaz carbonique. L’impact positif le mieux perçu est certainement le rafraîchissement des villes qui, on en est sûr maintenant, vont être de plus en plus chaudes. Pour autant il n’est pas toujours simple de passer des intentions aux actes, le foncier urbain étant cher et la reprise d’aménagements anciens n’étant pas toujours aisée. Néanmoins les choses avancent et en quelques décennies on est passé des plates bandes géométriques à une végétation plus spontanée et diversifiée, en portant attention aux espèces locales plutôt qu’exotiques. C’est ainsi que la ville peut conserver un lien avec sa région.

Cette évolution demande des explications et de la concertation afin d’associer le plus possible les habitants, souvent conditionnés à une « ville propre ». La diversité des arbres ou les petites prairies de fauche avec coquelicots et graminées attirent les papillons et les oiseaux. On peut aller plus loin encore avec des corridors écologiques qui nécessitent un choix politique fort. C’est ainsi qu’à Rouen, dans les années 1990, j’avais essayé de convaincre de la nécessité de réaménager les axes routiers du Port sur la rive gauche pour en faire un élément d’une coulée verte qui traverserait l’agglomération rouennaise du nord-est vers le sud-ouest. L’idée fut accueillie… poliment. Depuis, le projet s’est concrétisé en partie, dans le Port lui-même, complété par l’aménagement des quais de la Seine dans Rouen et le parc naturel urbain sur les vallées du Robec et de l’Aubette. A Rouen encore, la Métropole est en train d’aider à la création d’une ceinture verte pour favoriser l’installation d’exploitations maraîchères avec l’objectif de relocaliser 10 % de la production de légumes sur son territoire, soit 900 hectares supplémentaires, bel exemple de cohabitation entre la ville et des cultures.

Dans la capitale, la ville de Paris vient de dévoiler son plan de transformation du boulevard périphérique afin de garantir une meilleure qualité de vie aux 500 000 riverains en réduisant les pollutions sonores et atmosphériques. Pour ce faire il est prévu de réserver une voie au covoiturage et végétaliser les talus, le terre plein central et les bretelles d’accès. 50 000 arbres au total seront plantés, dont 18 000 sont déjà en place depuis 2020. Des petites villes s’y mettent aussi, comme Gamaches dans la Somme qui crée un square et remet au jour la rivière la Vimeuse, avec un cordon végétal d’essences locales. Et quand, en plus, les jeunes s’y mettent, l’avenir devient vert. Ainsi des étudiants de l’Université de Rouen Viennent d’installer 80 nichoirs à oiseaux sur le campus pour sensibiliser à la nature et son rôle pour le retour de la faune sauvage.

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28 mai 2022 6 28 /05 /mai /2022 08:14

     Comment imaginer la Normandie sans pommiers et sans pommes ? Tout simplement impossible. C’est bien le défi relevé par le Verger Conservatoire du Lycée Professionnel Agricole du Pays de Bray qui a pour objectif la sauvegarde et la valorisation de pommiers originaires de ce territoire. Implanté il y a 35 ans, le verger conservatoire de Merval est de la plus haute importance avec ses variétés anciennes de pommes. Après que des fonds européens aient permis de régénérer le verger avec des sujets jeunes se posait la question du relai de financement auprès des collectivités territoriales.

    Mais voilà que des donateurs, des mécènes et des collectivités territoriales concourent au sauvetage du verger ! C’est surtout la Région Normandie qui a mis au point une logistique de sauvetage de la pomme, sous le nom de « Pommes à cidre et à jus » pour concourir à un financement de 140 000 € (Fonds européen Leader, Région et autofinancement). C’est ainsi une vingtaine de variétés de pommes à cidre et à jus qui vont être mises à disposition des producteurs et transformateurs.

     A cette occasion, il peut être opportun de rappeler que c’est au 19ème siècle que la pomme normande a connu son apogée avec d’innombrables variétés et une consommation de cidre… abondante. Mais les guerres et le phylloxéra (reporté de la vigne sur les pommiers) ont engendré une mise en sommeil de la culture de pommes et l’abandon de nombreuses variétés, certaines définitivement disparues. C’est à l’initiative de pomologues comme Fernand Bazerque, un siècle plus tard au verger de Merval, que l’on a retrouvé l’intérêt de remettre en état les vergers cidricoles. La pomme a maintenant repris des couleurs et la filière cidricole a élevé des cidres typés selon les terroirs qui retiennent l’attention de chefs étoilés.

     Originaire d’Asie centrale au Néolithique, la pomme est arrivée avec la route de la soie chez les Arabes, les Grecs et les Romains pour arriver en Normandie via le Moyen Orient puis le Pays Basque. Avec le nouveau départ de la filière les Normands retrouvent leur emblême et sont sauvés, « Tant qu’il y aura des pommes » !

     Marie Benoit et Jean-Yves Ferret de Beaubec Productions ont réalisé un film documentaire qui traite essentiellement du verger conservatoire du lycée agricole de Brémontier-Merval. Outre les aspects purement arboricoles, le film aborde aussi le thème de la ruralité en Pays de Bray, préoccupation montante.

     L’odeur de mon pays était dans une pomme ! Et avec un bon coup de cidre… alors là, on se sent vraiment Normands !

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21 mai 2022 6 21 /05 /mai /2022 08:12

          En Normandie, c’est à partir du XVIIIème siècle que les sciences de la nature ont pris de l’ampleur. A partir de cette période près de 80 naturalistes de différentes disciplines contribuent au progrès des connaissances pendant les 19ème et 20ème siècles. Les contours géologiques du Pays de Bray et sa richesse en paysages et biodiversité lui confèrent une identité forte. S’il en est ainsi du pays, il n’en est toutefois pas de même des naturalistes brayons. Peu sont de « vrais Brayons », ayant longuement vécus sur cette terre de bocage et coteaux. Ces naturalistes présentent des profils très différents mais sont souvent des botanistes. Nous en avons identifié 12 auxquels il convient d’ajouter les nombreux naturalistes amateurs actuels, regroupés au sein des associations brayonnes qui militent pour l’environnement ou le patrimoine.

Au 18ème siècle, on retient Sébastien VAILLANT et Antoine Tristan DANTY D’ISNARD surtout pour leur Journal de voyage en Normandie effectué en 1707 qui décrit bien le Pays de Bray.

Pour le 19ème siècle, Joseph-Alexandre LE TURQUIER DE LONGCHAMP publie en 1816 son plus important ouvrage la Flore des environs de Rouen qui couvre une bonne partie de la Normandie orientale, dont le Pays de Bray. Puis Jean-Baptiste Joseph BEHERE publie, entre 1824 et 1826 un Tableau analytique des mousses qui se rencontrent aux environs de Rouen et un Tableau analytique des genres et des espèces de lichens découverts jusqu’à ce jour aux environs de Rouen. En 1869, Dieudonné DERGNY publie Le Pays de Bray. Communes et paroisses qui témoigne de son intérêt pour les choses de la nature, en particulier pour les arbres, et se présente comme un précurseur de la protection de la nature.

Au cours du 20ème siècle, Charles JANET fut géologue, paléontologue, entomologiste, biologiste et chimiste, la figure type de l'amateur éclairé, avec une polyvalence de très haut niveau. Ernest Marius NOURY, attiré simultanément par la botanique et l'entomologie fut un précurseur de la cécidologie, l’étude des galles des plantes provoquées par des insectes. De Albert-Félix DE LAPPARENT nous retiendrons surtout ses travaux en matière de géologie concernant le Bassin parisien et incluant le Pays de Bray. Joël POURREAU s’est surtout investi en ornithologie, même s’il était aussi spécialiste des chiroptères, il fut un grand pédagogue de la nature qui a su partager ses passions. Fernand BAZERQUE, en 1990, implante une collection de 350 variétés de pommiers au château de Brémontier-Merval pour accumuler maintenant 6 000 pommiers de 420 variétés.

         Au 21ème siècle, on peut retenir Pierre-Noël FRILEUX pour ses nombreux travaux, notamment sur les tourbières du Pays de Bray. Il fut un pionnier de la défense de l’environnement. Jean-Pierre VALET a assuré, de fait, la gestion d’une réserve génétique en cultivant de nombreuses plantes légumes dans son propre jardin.

Tous ces travaux, seulement évoqués ici, constituent des témoins de notre environnement et, en particulier, de la biodiversité du Pays de Bray. Ils constituent une matière importante pour effectuer des comparaisons avec la situation actuelle et devraient donc être valorisés. Ces naturalistes Brayons furent, en majorité, des enseignants intéressés surtout à la botanique. Ils ont constitué des collections diverses, dont la plupart se sont trouvées détruites… Par contre, ils ont produit de nombreuses publications qui pourraient être rassemblées, au moins en termes de bibliographie brayonne.

Cette publication pourra bientôt être lue dans son intégralité dans le volume 5 de « La Boutonnière de Bray », la publication périodique de la Société d’Histoire du Pays de Bray qui rassemble Normands et Picards pour la restauration du patrimoine de ce territoire à cheval sur les départements de Seine-Maritime et de l’Oise, doté d’une identité commune.

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14 mai 2022 6 14 /05 /mai /2022 09:03

     La vie n’est pas un long fleuve tranquille et parfois les repères nous manquent. En un siècle, le monde et la vie ont considérablement changé et les plus anciens peuvent témoigner de ces évolutions, et en tirer des enseignements pour les plus jeunes. Les centenaires étaient une centaine en 1900 en France, autant dire une infime minorité. Ils sont maintenant un peu plus de 26 000 ! S’il fallait une preuve de l’allongement de l’espérance de vie… L’intergénérationnel peut avoir son intérêt pour construire l’avenir, le sien propre et celui de la société. Ecoutons les anciens, ils peuvent éveiller la conscience des jeunes pour les aider à baliser leur avenir.

     De multiples enquêtes interrogent les anciens pour leur faire dire ce qui a marqué leur vie et ce qu’ils retiennent comme stratégie du bonheur. Ainsi certaines études démontrent qu’un engagement, la poursuite assidue d’un objectif, maintient en vie. Tout est possible, certaines personnes âgées par exemple, se maintiennent grâce à l’écriture, faisant « leur page » chaque matin, avec biographie ou simple carnet de notes. Avoir un but dans la vie, quel qu’il soit et à tout âge, est une première nécessité. Inversement, on peut penser que renoncer nous affaiblit. Les optimistes auraient 40 % de risques en moins de contracter des maladies cardio-vasculaires. Le premier objectif de la vie, c’est de survivre. Comme dit l’autre « si tu aimes la vie, elle t’aimera ».

     Une bonne garantie du prolongement de la vie, c’est aussi la contemplation de la beauté. Ce peut être la beauté de la poésie, mais aussi bien sûr de la nature avec les arbres, les fleurs ou les papillons. Si la religion peut constituer un bon antidépresseur, la nature est bien le créateur premier et éternel de toute chose. Pour supporter la vie, avec ses heurts et malheurs, sans doute faut-il « organiser sa mort », préparer son départ, c’est à dire savoir ce que l’on a vécu de beau, ce que l’on a fait de bien et ce qu’on laisse derrière nous à nos successeurs. Pour cela nombreux sont les anciens qui ont recours à la méditation. Ils méditent pour tirer le meilleur d’eux-mêmes, et sans égoïsme, rester attentif aux autres sans rien en attendre. Repenser à ses bonheurs passés permet de vivre encore heureux. Cette méditation peut être accompagnée d’exercices de respiration pour « reprendre son souffle ». Comme disait le dramaturge René de Obaldia : « Pour devenir centenaire, il faut commencer jeune »… La vie est aussi une contemplation.

     Devant les bouleversements de la société opérés en un siècle, les anciens ne peuvent cependant pas rester figés sur leur passé. Il est advenu de belles choses « mieux qu’avant », mais aussi des moins belles, comme des évolutions sociétales qui nous font souvent penser au « Meilleur des mondes », le roman d’Huxley publié en 1931, où tout est programmé avec des hommes déconnectés de leur humanité. Les plus âgés, qui ont vécu bien des périodes difficiles, avec la grippe espagnole, la guerre mondiale ou d’Algérie se désespèrent des Français râleurs qui ne savent que quémander auprès de l’État pour plus de pouvoir d’achat mais sans se poser la question de ce qu’ils apportent, eux.

     Avoir un objectif, contempler la beauté et repenser à ses bonheurs passés, voilà un bon guide ! Ainsi les plus âgés nous font bénéficier d’un regard rétrospectif qui peut guider les plus jeunes dans un monde complexe peu propice à trouver facilement la bonne voie.

 

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7 mai 2022 6 07 /05 /mai /2022 08:36

     Les défis qui sont devant nous en matière d’environnement nécessitent réflexion et prospective afin de remédier au mieux aux problèmes posés, sans en rajouter et sans mettre en œuvre de fausses bonnes idées, comme c’est parfois le cas… Il y a bien des façons de prendre du recul, l’une d’entre elles consiste à regarder la Terre depuis l’espace.

     C’est en 1944 que commence l’ère spatiale, avec le lancement d’un missile V2 par les Allemands à une altitude de 100 km, limite entre l’atmosphère et l’espace. Peu glorieux… Plus positivement, trois évènements marquent la « conquête » de l’espace : le premier vol spatial orbital, le 4 octobre 1957, par le satellite soviétique Spoutnik 1 ; puis le premier vol habité par un humain, le 12 avril 1961, avec le soviétique Youri Gagarine ; et surtout le premier pas sur la Lune, le 20 juillet 1969 par l’Américain Neil Armstrong et ses coéquipiers. Depuis 50 ans, les technologies spatiales ont consisté essentiellement en l’exploration scientifique des planètes et en télécommunications. Aujourd’hui, l’exploration spatiale est d’abord scientifique et commerciale avec un début de tourisme spatial.

     L’astronaute Thomas Pesquet, par sa sensibilité personnelle, nous apporte maintenant un autre regard sur cette exploration, en regardant précisément… la Terre ! Revenant de sa mission de sept mois à bord de l’ISS début novembre 2021, il a pu témoigner de la beauté fragile de notre planète en constatant l’impact des pollutions et l’ampleur des phénomènes climatiques, avec notamment les ouragans dans le golfe du Mexique ou les incendies gigantesques dans le bassin méditerranéen ou en Amérique du Nord, la Californie n’étant plus visible sous une épaisse couche de fumée… Voilà les choses vues avec recul ! Ces expériences scientifiques ont un coût élevé qui se justifie si elles profitent à la communauté, avec des débouchés vers une meilleure gestion de la planète. Par exemple, une découverte approfondie de la planète Mars pourrait nous apprendre beaucoup sur la place de l’Homme dans l’univers, l’apparition de la vie et son devenir, l’existence ou pas d’autres créatures vivantes. Quant à envoyer dans l’espace des milliardaires pour les distraire… Sachant toutefois que les budgets en question n’ont rien à voir avec, par exemple, les dépenses militaires. En France, le Centre national des études spatiales (CNES) a coûté 2,3 milliards d’euros en 2021, contre 55 milliards d’euros pour la défense nationale. Dans ce domaine, comme tant d’autres, il serait toutefois temps de passer de la compétition à la coopération, pour tirer un maximum de profit collectif de ces découvertes.

     Sans aller toujours vers des missions complexes et longues, il faut bien comprendre que de « simples » satellites apportent à chaque instant d’innombrables données pour apprendre et lutter contre la dégradation de notre environnement, que ce soit le dérèglement climatique ou l’érosion de la biodiversité. Pour cerner au mieux l’évolution du climat, rien de tel que l’espace pour avoir une vision globale, ce que ne manque pas de faire le GIEC dont les indicateurs reposent sur des observations spatiales. Ce recul permet aussi de suivre l’évolution des glaciers, et en particulier ceux des pôles, et l’élévation du niveau des mers. Concernant la biodiversité, c’est depuis l’espace que l’on voit le mieux l’évolution des forêts et leur fragmentation, avec les opportunités de recréer des corridors boisés pour relier les fragments et ainsi reconstituer les circulations des animaux sauvages et augmenter leurs chances de survie. C’est aussi de « là-haut » que l’on observe le mieux les migrations et leurs évolutions avec le dérèglement climatique, la régression du plancton dans les océans, ce qui compromet la vie marine et donc notre approvisionnement en poisson… Ce ne sont là que quelques exemples parmi beaucoup d’autres. Plus près de nous encore, les techniques d’imagerie satellite contribuent à l’évolution des pratiques agricoles en permettant plus de précision sur le terrain pour caractériser les sols et les cultures les mieux adaptées.

     Dans ce contexte scientifique, les vieux fantasmes humains reprennent vite le dessus, en termes de concurrence et de profit. C’est ainsi que les Etats-Unis ont rompu le traité de l’espace des Nations Unies de 1967 fondé sur la non-appropriation et la non-militarisation de l’espace. Au moment du dérèglement climatique il est primordial que l’espace, comme les pôles de la Terre, reste un bien commun de l’humanité, un lieu de recherches. Son exploration doit se faire avec des coopérations internationales et des finalités qui concernent toute la planète et la survie de l’Humanité !

 

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