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  • : Le blog de Michel Lerond
  • : Libre opinion sur les questions d'actualité en environnement et développement soutenable
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  • Michel Lerond
  • Ecologue et essayiste. Dans notre pratique professionnelle, nous avons pu contribuer, notamment, à un meilleur accès à l’information sur l'environnement.

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15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 08:26

      La chose publique comme l’on dit, la gestion politique d’un territoire m’ont toujours tenté. A peine mes études terminées, je me suis présenté à une élection. Une fois élu, j’ai fait en sorte d’occuper un poste bénéficiant d’une indemnité. Puis je me suis présenté à une autre élection et là j’ai du faire campagne avec un peu plus de ténacité. J’ai fait beaucoup de promesses qui m’ont bien servi pour accéder à un second mandat. Là encore j’ai pu bénéficier d’une indemnité et ainsi vivre correctement. 

      Quand vint l’échéance de ces mandats, je ne pouvais plus faire autre chose. Il fallait donc que je sois réélu et j’ai dû batailler ferme, c'est-à-dire être à l’écoute en recevant toute personne me demandant un service, écrivant de ci de là pour solliciter un emploi, une bourse, une place en maison de retraite, ou tout simplement un déplacement de l’arrêt du bus scolaire… Oh j’avais bien conscience que cela relevait un peu de la démagogie, mais il fallait absolument que j’assure mon avenir en étant à nouveau élu. Ce qui fut fait pour mes deux mandats. Par précaution, j’en ajoutais un troisième et cumulais quelques fonctions annexes qui m’assuraient d’être toujours sur le devant de la scène. 

      Les campagnes électorales se succédaient et un jour je fus apostrophé par un contestataire qui osa me demander quel était mon métier. Je répondis la politique. L’imposteur éclata de rire et s’écria : la politique, c’est pas un métier, c’est une fonction, dans un pays démocratique ! Cela me glaça et je ne sus que répondre. Ce n’est qu’au milieu de la nuit qu’une pensée funeste m’est venue : je suis malade, complètement malade… Effectivement, le lendemain je continuais de survoler les rendez-vous, les inaugurations, les réunions, quant aux dossiers… on verrait plus tard avec les services. Mais cette fois, conscient de mon addiction au pouvoir, je manquais un peu d’entrain et me faisais rappeler à l’ordre pour promesses non tenues, engagements non respectés, décisions toujours pas prises… Je m’interrogeais alors sur la suite à donner à ma vie, sur le renouvellement ou pas de tous ces mandats, sur… mon métier. Je ne sus trouver la réponse, ou au moins un échappatoire, et me consolais en pensant que je finirais bien par obtenir une médaille pour une telle longévité.

     Au fil des jours toutefois, une rengaine me revenait en tête de façon obsédante : je suis malade, complètement malade, comme quand ma mère sortait le soir, et qu’elle me laissait seul avec mon désespoir. On aurait pu remplacer « ma mère » par « la politique », c’était du pareil au même ! Oui Serge Lama avait bien raison dès 1973… J’ai fini par recevoir, en grandes pompes, la médaille tant convoitée, mais depuis j’ai décidé de me soigner. J’ai trouvé le remède : http://www.michel-lerond.com/article-15883948.html.  

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7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 17:15

     Juste pour se faire peur, imaginons une grande ville traversée par un fleuve. Sur le fleuve un pont, avec de part et d’autre de grandes artères permettant le transit de 80 000 véhicules par jour. Sur le pont, un camion citerne chargé de 31 000 litres d’hydrocarbures, du fait d’une fausse manœuvre, se renverse. Au passage il accroche un camion frigorifique. La citerne est éventrée et s’enflamme, dégageant une chaleur intense. Les deux camions brûlent et le carburant en feu s’écoule sous le pont, au niveau de la travée qui enjambe le quai. Sur le quai, à cet endroit, se trouvent des caravanes et camions des forains qui animent la foire voisine. Les caravanes et camions s’enflamment. Le pont est ainsi chauffé par-dessus et par-dessous, il se déforme. Bien sûr, la circulation est immédiatement arrêtée et la ville bloquée pour plusieurs heures. Sous le pont passent des canalisations diverses. Une grosse conduite d’eau usée est rompue et se déverse dans le fleuve. De multiples réseaux de fibres optiques se consument et réduisent fortement les communications téléphoniques et internet sur un rayon de plusieurs dizaines de kilomètres à la ronde pendant plusieurs jours. Une première expertise a montré que le tablier du pont est déformé sur environ 60 mètres, il restera fermé pour plusieurs semaines au moins, plusieurs mois s’il est réparable, sans doute plus d’un an s’il faut reconstruire la travée déformée. Le report du trafic sur les 5 autres ponts est impossible en termes de capacité… Il n’y a pas eu de victimes, si ce n’est 2 blessés légers, tant mieux !

    Les autorités réagissent très vite et mettent en place des déviations éloignées de la ville pour les camions, augmentent la cadence des transports publics avec mise en place de parkings relais en périphérie, facilitent le co-voiturage et régulent la circulation aux feux et carrefours. Et c’est alors que l’on découvre avec étonnement que, finalement, tout se passe assez bien et les déplacements internes à l’agglomération se font avec moins de handicap qu’on le craignait !

    Attention, ceci n’est pas une fiction et toute ressemblance avec des faits réels ne serait pas fortuite : c’est ce qui s’est produit réellement à Rouen sur le pont Mathilde, enjambant la Seine, le 29 octobre 2012.

    Moralité : c’est quand nous sommes dans le mur que nous devenons des citoyens responsables, réalistes et coopérants face à l’adversité. Un immense espoir s’est levé ! Les automobilistes ont pris leurs dispositions en empruntant les transports en commun (8 à 15 % d’augmentation de trafic selon les lignes), ou leur vélo, ou en modifiant leurs modes de déplacements habituels. Les automobilistes se sont, en quelque sorte, largement auto-régulés et les autorités ont pris conscience, plus encore, de la nécessité de repenser la fonction déplacements dans la ville. Quelle avancée, enfin ! Bonne année !

 

    Après « Qu’est-ce qu’on attend ? » voici la publication d’une centaine d’autres chroniques écrites en 2010-2012 : « C’est bientôt la Renaissance ? Pour sortir de la crise écologique. » Editions l’Harmattan 

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=result&ntable=0&andor=OR&artiste=michel%20lerond&motExact=0&orderby=titre&ordermode=ASC et dans toutes les bonnes librairies.

 

 

 

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31 décembre 2012 1 31 /12 /décembre /2012 10:00

      En cinq ans, 266 chroniques et mini éco-nouvelles ont été publiées sur ce blog, qui ont fait l’objet de 443 commentaires. La fréquentation totale a été de 24263 visiteurs pour 45 054 pages vues, avec près de 200 abonnés. Voici le rappel des titres pour 2012 :

 

- Cinq ans et 266 articles, déjà. 31-12-12

- Ah, quand j’étais président ! 24-12-12

- L’écologie est-elle une vertu ? 18-12-12

- Paris Tropiques 11-12-12

- Combien ça coûte le cancer ? 04-12-12

- L’espoir 27-11-12

- Une agriculture pour la nature ? 20-11-12

- On se fait une petite sauterelle ? 13-11-12

- Tout va mal ? Ne changeons rien ! 06-11-12

- Nathalie et le Baby Fringues 30-10-12

- Chercheurs de vérités ou chercheurs d’or ? 23-10-12

- Chat’va ? 16-10-12

- Apprendre la nature ! 09-10-12

- La biodiversité, peu importe ? 02-10-12

- Rouen, ville sur un méandre. 25-09-12

- Saumon pas si rose ? 18-09-12

- Mon doux poulet. 11-09-12

- Vous avez dit parité ? 04-09-12

- Mon copain Christophe, le footeux 28-08-12

- La rentrée 21-08-12

- Carnaval des 16 ans 14-08-12

- Rêve tout blanc 07-08-12

- La morsure 31-07-12

- Au service de l’absurde 24-07-12

- Liberté d’entreprendre ? 17-07-12

- De l’eau dans les nitrates ? 10-07-12

- Si tu vas à Rio… 03-07-12

- La biodiversité, on en parle ? 26-06-12

- La nature, un exemple à suivre ? 19-06-12

- Mauvais climat dans les médias ! 12-06-12

- La croissance : stop ou encore ? 05-06-12

- Le nucléaire, c’est une bombe ? 29-05-12

- Graines de révolutionnaires ! 22-05-12

- Climat, sonnette d’alarme ? 15-05-12

- « Des vieux pépés » ? 08-05-12

- Repenser l’agriculture pour le futur 01-05-12

- « La biodiversité à travers des exemples » 24-04-12

- Sols, sous-sols ou sans sols ? 17-04-12

- Décarboner l’énergie ou les têtes ? 10-04-12

- La ville, refuge de la biodiversité ! 03-04-12

- Economie écologique ? 27-03-12

- Une agriculture autonome en énergie ! 20-03-12

- Un siècle de brillance ou d’obsolescence ? 13-03-12

- Des outils pour surveiller l’air et le climat ! 06-03-12

- Zéro pesticides ? 28-02-12

- Petite fable du mardi-gras 21-02-12

- Les antibiotiques, c’est automatique ? 14-02-12

- Bientôt la renaissance ? 07-02-12

- Sommet de la Terre, ou descente aux enfers ? 31-01-12

- Patrimoniale la betterave ? 24-01-12

- Etes-vous bien notés ? 17-01-12

- Bilan d’activités 2011. 10-01-12

- Préventif ou curatif ? 03-01-12

 

     Merci pour vos commentaires toujours avisés et pondérés, ce qui contribue à nourrir notre réflexion commune. Bonne année 2013 à toutes et tous. Par ailleurs, au cours de l’année 2012, nous avons participé à un certain nombre d’activités :

▪ Publications :

- 56 publications : 3 articles et 53 chroniques du blog

▪ Académie des Sciences, Belles Lettres et Arts de Rouen :

- Communications : « Repenser l’agriculture pour le futur » ; « L’écologie est-elle une vertu ? »

- Vice-président pour 2012, élu président pour 2013.

▪ Assistance conseil et représentation :

- Participation à l’élaboration du Plan Local d’Urbanisme de Sigy-en-Bray / Saint-Lucien. Conseil municipal

- Conseil de développement du Pays de Bray : membre du bureau. SMAD du Pays de Bray

- Comités de Pilotage des sites Natura 2000 des cuestas du Pays de Bray et du Bray humide. Préfecture de Haute-Normandie

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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 09:37

       C’était une époque formidable. J’étais président, en situation de prendre toutes sortes de décisions et de les mettre en pratique. Je pouvais même changer d’avis et repartir dans une autre direction. 

Un jour, par exemple, je décidais de maintenir une raffinerie située en milieu urbain, alors qu’elle polluait le sol, l’air et l’eau depuis près d’un siècle. Mais je sauvais des emplois !

      Un autre jour, je disais qu’il fallait réduire l’usage des pesticides en agriculture, mais j’accordais des dérogations pour des épandages aériens. 

      Puis j’augmentais la taxe sur l’huile de palme de 300 % au motif qu’elle est néfaste à la santé et favorise la déforestation, mais cette taxe va rapporter beaucoup d’argent à l’Etat, puisqu’elle est très consommée, notamment dans les pâtes à tartiner.

      Puis je revenais discrètement sur les engagements pris pour la non-exploitation des gaz de schistes pour autoriser des forages expérimentaux, puisqu’un nouvel eldorado nous est annoncé, même basé sur des chiffres sans fondement.

     C’était amusant aussi d’annoncer qu’on allait favoriser le ferroutage, tout en mettant de plus en plus de camions sur les routes en les autorisant à passer de 40 à 44 tonnes.

     Je pouvais déclarer que j’allais faire de la France la nation de l’excellence environnementale et le prouver immédiatement en annonçant la mise en place d’une fiscalité écologique pour… 2016.

     Ou bien encore je prenais des mesures pour relancer la compétitivivitété… des entreprises en faisant fabriquer des voitures qui ne servent à rien, comme l’Alpine Renault.

     Autour de moi, les gens riaient, applaudissaient et s’agitaient de plus en plus, visiblement hilares du spectacle.

     Mais au fur et à mesure que le temps avançait, comme dans tout rêve, la situation devenait complexe, un peu cahotique, et je finis par me demander si j’étais vraiment président, et de quoi,  ou plutôt clown dans un sketch à la mode d’un humoriste cynique.

    J’ouvris un œil, aperçu un peu de jour et devinais, derrière les volets, la neige tombée pendant la nuit de Noël. Le rêve était terminé et je me demandais seulement si j’avais vraiment rêvé ou plutôt retracé une sorte de rétrospective de l’année… Un conte de Noël à l’envers, en somme.

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18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 09:18

         Chaque année, le vice-président de l’Académie des Sciences, Belles Lettres et Arts de Rouen doit prononcer l’éloge de la vertu. C’était mon tour, le 15 décembre 2012. Si les vertus se divisent en vertus morales et intellectuelles, il est certain que je me sens davantage d’affinités avec celles qui incitent à rechercher des vérités dans un registre donné et qui ont leur siège dans la raison. La vertu se trouve ainsi à la confluence de l’intelligence, de la science et de la sagesse. L’écologie est-elle une vertu ? Certes non s’il s’agit de la discipline scientifique, mais peut être s’il s’agit de l’écologisme, courant de pensée venu d’Amérique dans les années 1960. Ah la vertu du langage approprié !

Pour être précis, il faudrait donc poser la question : l’écologisme est-il une vertu ? A en croire les discours ambiants, on serait tenté de répondre par l’affirmative. L’écocitoyen serait donc un être vertueux, surtout s’il trie correctement ses déchets ménagers, consomme des produits de proximité, se déplace à pied ou à bicyclette, etc. Mais comme une chose ne peut être pensée sans son contraire, il faut bien se résoudre à traiter de la vertu, fut-elle écologiste, et de son opposé le vice. Ainsi, le green washing, comme l’on dit maintenant en français, ne serait-il pas à l’opposé de la vertu ? Nous vivons une époque où l’on peut aisément se faire abuser et prendre un vice pour une vertu. Les protagonistes de la société de consommation ont été assez habiles pour légitimer des besoins qui n’en sont pas vraiment, en poussant à consommer toujours plus, et habillant de l’aura de la vertu ce qui ne pourrait bien être que des vices. C’est ainsi que la rhétorique publicitaire vante les vertus écologiques de toutes sortes de produits qui ne méritent pas forcément une telle promotion.

Ainsi, est-il vertueux d’utiliser des lampes basse consommation, alors qu’elles contiennent du mercure ? Est-il vertueux de consommer des produits « naturels » importés de pays où la sous-alimentation perdure ? Que d’exemples pourrions-nous donner, qui sont autant de situations à propos desquelles croît le doute, entre information et intoxication, entre besoins nouveaux et publicité commerciale ou entre vérité scientifique et charlatanisme…

Pour que l’écologisme soit une vertu, sans doute faut-il être bien informé et faire preuve de discernement, ce qui n’est guère aisé. Dans ce domaine, on pourrait enfin se référer à Jean-Jacques Rousseau dont on célèbre cette année le troisième centenaire de la naissance. Dans ses Rêveries du promeneur solitaire, notamment, il se montre précurseur en regardant la nature sauvage avec complaisance, en dehors de tout utilitarisme. Mais ce chantre de la vertu avait abandonné ses cinq enfants ! Personne n’est parfait, ni même tout à fait vertueux… (http://academie1744.rouen.free.fr/

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11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 08:46

         Nous étions tout un groupe d’élus et de techniciens, partis de Rouen et du Havre pour visiter les nouveaux aménagements de Paris Tropiques. A notre arrivée en gare Saint-Lazare, Linda, chargée de communication à la mairie de Paris, nous invita à gagner les Champs Elysées par le métro. Descendus à la station de la place Clémenceau, nous fûmes tout de suite ébahis : la perspective depuis la Concorde jusqu’à l’Arc de Triomphe était devenue une coulée de verdure au sein de laquelle ne subsistaient plus que deux files de circulation automobile.

       C’est qu’en effet, après la canicule de 2003 qui avait fait 15 000 morts en France, les responsables de l’aménagement urbain avaient fini par admettre qu’il faudrait bien faire avec les modifications climatiques et plutôt les anticiper pour s’en prémunir. A Paris, il fut décidé vers 2015 de planter la voirie, au moins en partie, dès qu’elle dépassait 15 mètres de largeur. Le but était de modifier l’aménagement urbain en vue d’atténuer les effets des futures canicules qui allaient être de plus en plus fréquentes. La végétalisation des chaussées et des terrasses d’immeubles permettait d’espérer une baisse des températures de 3 à 5° en journée pendant une canicule. A cela s’ajoutaient de nombreux plans d’eau de petites surfaces qui contribuaient à la régulation thermique. Cette eau servait aussi à l’arrosage des plantations et provenait, bien sûr, du recyclage des eaux usées. Cette opération de longue haleine avait été dénommée Paris Tropiques, allusion au Paris Plage d’autrefois qui, d’une certaine façon, anticipait ce grand mouvement. Aujourd’hui, en 2028, Paris avait pris un tout autre visage et attirait encore plus de touristes que par le passé, tant cela paraissait révolutionnaire. Après la baisse de la circulation automobile de 25 % pendant la première décennie du siècle, celle- était maintenant réduite au minimum et la ville avait des airs de campagne en majesté !

       D’autres villes avaient les mêmes préoccupations, comme en Normandie. A Rouen, après que les quais aient été complètement réaménagés dans les années 2010-2015, il était question maintenant de déconstruire l’Ile Lacroix pour en faire un grand parc. Au Havre, la réflexion portait sur le verdissement d’une grande partie du port, après les tentatives réussies de transformation d’un bassin désaffecté en jardin aquatique.

       L’un des membres de notre groupe, bien que très satisfait de cette visite, temporisait notre enthousiasme : il disait avoir visité Singapour au début du siècle, c’était une cité verte dégoulinante de verdure, offrant des jardins botaniques, des serres et même une forêt vierge privée… en pleine ville. Il avait même pu visiter l’hôtel Marina Bay Sands qui disposait au sommet, à 200 mètres, d’une piscine bordée d’un bois de palmiers ! Que la nature soit parmi les Hommes.

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4 décembre 2012 2 04 /12 /décembre /2012 08:24

             Il est des choses que l’on n’aime pas quantifier, parce qu’elles relèvent du qualitatif ou de l’affectif. C’est le cas de la biodiversité, déjà évoquée sur ce blog, mais aussi des maladies graves, tant leur impact psychologique peut être important. C’est ainsi qu’une étude récente, émanant de l’université d’Oxford révèle ce que coûtent les cancers. Il s’agit d’une mise en forme des données en provenance de nombreux organismes européens. L’étude annonce l’ampleur du « sinistre » avec un coût de 124 milliards d’euros par an pour l’Europe, soit de 32 € (Lituanie) à 165 € (Allemagne) par habitant. La France se situe dans la moyenne avec un coût de 91 € par an et par habitant. Ces coûts cumulent les frais de santé directs (hospitalisation et médicaments), les frais de suite et les pertes de productivité. Les cancers du sein et du poumon sont les plus coûteux avec respectivement 6 et 19 milliards d’euros par an pour l’Europe. 

          En France, comme dans bien d’autres pays, la lutte contre le cancer est une priorité de santé publique, ce qui est bien normal d’autant plus que les espoirs de guérison sont maintenant avérés. Mais en période de crise économique, la question d’une limite des dépenses pourrait se poser malgré tout. Il n’en est rien puisqu’en France, on compte près de 5 000 chercheurs sur ce thème, dont le principe de base est : « toute amélioration du service rendu au patient est jugée supportable au plan financier par la société ». La lutte contre le cancer représente un bel exemple de solidarité nationale qu’il n’est pas vain de rappeler en ces temps difficiles, mais ne faudrait-il pas aussi s’interroger sur les raisons de ces maladies et accentuer les efforts de prévention. 

         C’est dans cet esprit que l’ONG Green Cross Suisse vient de faire savoir qu’environ 125 millions de personnes dans le monde sont menacées par les 10 polluants les plus dangereux de la planète, avec des méfaits sanitaires équivalents à ceux des trois grandes infections mondiales que sont le sida, la tuberculose et la malaria. Comme trop souvent, dans bien des cas, on savait ! C’est le cas, par exemple, des émissions de micro-particules cancérogènes par les moteurs diesel, connues depuis une trentaine d’années et que l’on feint d’avoir découvert tout récemment. Il en résulte une impasse sur le plan industriel, compte-tenu de l’importance du parc automobile diesel, et des coûts importants supportés par… le système de santé, sans compter quelques « désagréments » pour les patients concernés. 

         Répétons le encore une fois : il y a un besoin impératif d’expertise et d’évaluation en amont. A minima, on fera des économies !

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27 novembre 2012 2 27 /11 /novembre /2012 08:23

        Ils avaient l’habitude de se retrouver le mercredi soir pour prendre ensemble une mousse ou un apéro. Parfois, ils restaient au bar, mais cette fois ils avaient préféré s’installer à une table en retrait. Voilà un moment qu’ils souhaitaient parler de la sûreté nucléaire. Non non, ce n’était pas le Café du Commerce, celui-là s’appelait L’Espoir. Avec un sens inné du marketing, le patron avait pris l’habitude de s’approcher doucement des clients dont les verres étaient vides et leur proposait, à mi voix : Je vous remets un peu d’Espoir ? 

        C’est Rémi qui entama la discussion en tant que défenseur du nucléaire : Alors Toi Antoine, tu t’es rallié aux écolos et leurs fantasmes qui foutent la trouille ?

        Antoine fut un peu vexé de cette entrée en matière, lui qui travaillait en environnement en cherchant toujours à cerner avec objectivité les questions posées. Il répondit : Je comprends que l’on puisse soutenir la filière nucléaire pour assurer un approvisionnement énergétique efficace, mais on ne peut pas sous-estimer les risques qui vont avec.

         Rémi : Mais quels risques ? A ce jour il n’est pas arrivé d’accident grave en France, que des incidents mineurs.

         Antoine : C’est vrai, mais il y a eu Three Miles Island, puis Tchernobyl et Fukushima plus récemment. Qui dit que nous sommes à l’abri de risques similaires ?

         Rémi : Mais non, tu sais bien que la technologie nucléaire française est tout ce qu’il y a de plus fiable. Et puis comment pourrait-on se passer du nucléaire ? On ne va pas construire des centrales au charbon avec les risques, bien plus importants, que cela comporte pour l’effet de serre. Et en termes d’emploi, tu y as pensé au gisement que représentent l’entretien des centrales existantes et la construction des EPR ?

         Antoine : On pourrait tout de même faire plus en ce qui concerne les énergies renouvelables, comme l’éolien, le photovoltaïque, la biomasse, la géothermie…

         Rémi coupa la parole : Parlons-en des éoliennes, avec la dégradation des paysages qu’elles engendrent. 

         Antoine : Tout cela se discute Rémi, mais revenons aux risques du nucléaire. En tant que chef d’entreprise tu as sans doute entendu parler du rapport tout récent de la Commission européenne sur l’état des réacteurs…

         Rémi : Que l’Europe s’occupe de ce qui la regarde !

         Antoine : Quand elle subventionne les entreprises, ça la regarde, mais pas quand elle s’intéresse à la sécurité des populations ? Alors je vais te dire l’essentiel des conclusions de ce rapport sur l’état des 145 réacteurs européens, dont 54 en France : Les équipements destinés aux interventions d’urgence ne sont pas protégés dans la moitié du parc ; dans 54 réacteurs les risques sismiques n’ont pas été pris en compte selon les normes récentes ; 24 réacteurs ne disposent pas de salle de commande de secours. En résumé, presque partout des améliorations à la sécurité doivent être apportées, et en particulier en France à Fessenheim, Tricastin, Cattenom et Chooz.

        Alors le patron du café s’approcha doucement d’eux et leur proposa, à mi voix : Alors Messieurs, je vous remets un peu d’Espoir ? 

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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 08:23

       Il est désagréable pour nombre de gens, dont les agriculteurs bien sûr, de rappeler sans cesse que l’agriculture est devenue trop souvent nuisible à l’environnement et la santé. C’est une triste réalité évoquée de façon récurrente à propos des pesticides, des OGM, de la dégradation des paysages et de la biodiversité. Mais est-ce une fatalité ou simplement une erreur d’orientation qui peut être corrigée ? Force est de constater que nous sommes face à un déni qui semble insurmontable. 

      Pourtant, si l’agriculture peut être source de menaces sur les habitats et les espèces, elle peut aussi contribuer à leur maintien, comme les prairies naturelles humides, les landes et garrigues, les prés salés, etc. Certains systèmes agricoles sont considérés comme étant de haute valeur environnementale (HVE) parce qu’ils sont à l’origine de ces avantages. Ce concept de HVE est d’ailleurs reconnu par l’Agence européenne de l’environnement, repris dans la PAC 2013 et en France dans la Stratégie nationale pour la biodiversité. Il s’agit de zones où l’agriculture est une forme majeure d’utilisation de l’espace et où elle est à l’origine d’une grande diversité d’espèces et d’habitats. Hélas, en 30 ans, ces zones ont considérablement reculé en surface. Aujourd’hui, les régions françaises les mieux représentées sont celles de polyculture-élevage comme la Corse et le Limousin (plus de 85 % de la surface agricole utile) ; les moins représentées étant l’Ile-de-France (0,5 %), le Nord-Picardie (3 %), et la Haute-Normandie (6 %). 

      Le soutien aux systèmes agricoles HVE est sans conteste une voie d’avenir, d’autant plus qu’une politique coordonnée avec Natura 2000  peut renforcer cette contribution forte à la restauration de la biodiversité. Cette démarche va de pair avec une révision des systèmes de production qui visent un faible niveau d’intrants (engrais et pesticides), la diversification des espèces cultivées et le maintien d’une biodiversité sauvage. Cela est possible, comme le démontrent deux agriculteurs de Bréauté (Seine-Maritime) en évoluant vers le « zéro intrant » afin de réduire les « impacts dévastateurs » et… les coûts ! (Paris-Normandie du 5-10-2012) Il s’agit, en fait, de réinscrire les processus culturaux dans le fonctionnement des écosystèmes, comme cela se pratiquait assez spontanément autrefois. Le principe est toujours le même : composer avec la nature, plutôt que s’y opposer, même si ce n’est pas toujours simple. Cela suppose également de revoir le relationnel sociologique et économique entre les acteurs des territoires : agriculteurs entre eux, agriculteurs et industriels et aussi agriculteurs et semenciers. Là encore, revenons aux fondamentaux, quel est l’objectif ? Faire du fric pour certains groupes ou nourrir la population de façon équitable et équilibrée ?

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13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 08:12


         C’était le 8 septembre 2016, dans une rue piétonne de Rouen, Liky et Likia souhaitaient s’offrir « un bon resto » à l’occasion de l’anniversaire de leur première rencontre. Ils connaissaient déjà beaucoup de restaurants dans leur ville, mais n’étaient pas encore allés chez Insectus, qui venait d’ouvrir. L’entrée du restaurant était symbolique, avec une grande sauterelle en guise de portique, et la déco intérieure reprenait ce thème, avec force papillons, asticots, grillons, etc.

Le garçon de salle les accueillit et les mis tout de suite à l’aise en leur proposant un miel liquide ou un jus de vers de bambou en apéritif, puis leur proposa la carte. Celle-ci leur apparut effectivement des plus originales : verrines de pattes et ailes à l’échalote, quiche aux asticots, spaghettis aux grillons, riz au lait avec larves d’abeilles, vers de bambous, larves en poudre, etc.

Liky eut comme une hésitation à la lecture de la carte, tandis que Likia semblait curieuse de découvrir ces nouveaux mets. Elle s’inquiéta un peu de la moue de Liky : Ne fais pas cette tête mon amour, je comprends tes réticences, mais ce n’est que psychologique. Tout cela doit être très riche en protéines et tu sais que nous sommes des pionniers en pratiquant l’entomophagie. Nous contribuons ainsi à réduire les coûts environnementaux occasionnés par la production de viande. Les insectes demandent moins d’eau, moins de surface et émettent moins de gaz à effet de serre. C’est formidable, non ?

Liky voulait bien admettre ces arguments, mais ne se sentait plus guère d’appétit… Pour le convaincre tout à fait, Likia appela le garçon afin qu’il précise la recette des asticots aux grillons. C’est très simple, repondit-il, vous prenez environ 75 grammes d’asticots par personne et quelques grillons, vous faites bien revenir à la poêle avant de les mélanger à la crème, puis vous versez sur la pâte feuilletée. Vous pourriez faire la même chose avec des criquets ou des sauterelles. C’est délicieux et très nourrissant. Une vraie voie d’avenir !

Ils commandèrent donc ces asticots aux grillons, les dégustèrent et finalement furent conquis. Liky précisa même que l’alimentation, c’est vraiment culturel. On prend des habitudes étonnantes, comme par exemple, consommer avec délice des escargots, alors qu’il ne viendrait à l’esprit de personne de manger des limaces… Et ce fut la fête !

Aujourd’hui, en 2024, non seulement ce type de restaurant est devenu d’une grande banalité, mais on trouve aussi ces produits dans les supermarchés et chez certains producteurs locaux sur les marchés.

D’ailleurs cela était annoncé depuis longtemps, comme par exemple sur un excellent blog, dès 2010 : http://www.michel-lerond.com/article-ils-ont-faim-57833506.html

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