Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog de Michel Lerond
  • : Libre opinion sur les questions d'actualité en environnement et développement soutenable
  • Contact

Profil

  • Michel Lerond
  • Ecologue et essayiste. Dans notre pratique professionnelle, nous avons pu contribuer, notamment, à un meilleur accès à l’information sur l'environnement.

Recherche

Catégories

5 juin 2012 2 05 /06 /juin /2012 08:20

 

 

Et revoilà la croissance ! Le baratin politico-médiatique n’en finit pas, décidément, de ressasser toujours les mêmes vieilles lunes. Au siècle dernier, en 1972, le Club de Rome publiait un rapport, The limits of Growth, qui modélisait les conséquences du maintien de la croissance à long terme. A l’occasion de la publication de la dernière édition de ce texte en mai de cette année, le physicien américain Dennis Meadows précisait le sens du titre : il s’agit plutôt de savoir ce qui cause cette croissance et quelles seront les conséquences de sa rencontre avec les limites physiques du système. 

Même si l’idée la plus répandue est qu’il n’y a pas de limites, il est facile de comprendre qu’il y a nécessairement des limites à la croissance de la population, de la consommation de ressources naturelles, ou du PIB… (http://www.michel-lerond.com/article-vous-avez-dit-croissance-67734984.html). Voilà 40 ans que cet appel de bon sens a été lancé, et nous voyons bien à travers l’actualité combien le dépassement (au moins tenté) des limites, nous conduit dans l’impasse.

Le domaine le plus pédagogique devrait être celui de l’énergie. On a très certainement dépassé maintenant le pic de la production pétrolière, la demande ne cesse de croître, et les solutions de remplacement ne sont pas là. Comment résoudre cette équation impossible ?

On peut douter que les incantations suffisent à faire revenir une croissance évanouie. Il faudrait surtout reconsidérer l’analyse économique  de la situation et redéfinir les objectifs, le dessein collectif, pour choisir le moyen d’y parvenir. (http://www.michel-lerond.com/article-economie-ecologique-102351882.html)

Ici ou là, on se révolte contre l’austérité, ce qui est bien compréhensible, mais peu raisonnable si l’on considère que la « relance de la croissance » est financée par des dettes toujours reportées sur nos successeurs…

La croissance verte peut constituer un moindre mal et apporter de vraies solutions pourvu que l’on définisse d’abord ce qui répond aux besoins du plus grand nombre en termes d’alimentation, de logement, de santé, etc. plutôt qu’en termes de résultats financiers. C’est le rapport sur les « Perspectives de l’environnement à l’horizon 2050 », publié par l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique) fin mars qui l’affirmait : Il ne suffira pas d’amender nos modèles économiques, il faut trouver de nouvelles voies et de façon urgente

Ce n’est pas d’une simple crise, parmi d’autres, dont il s’agit, mais de la nécessité d’une mutation profonde.

Partager cet article
Repost0
29 mai 2012 2 29 /05 /mai /2012 08:16

 

Enfin, une partie du voile s’est levé sur le nucléaire, au moins sur ses coûts réels. En effet, la Cour des comptes a rendu son rapport sur les coûts du nucléaire en début d’année. En 2000 déjà, des experts mandatés par le gouvernement Jospin avaient estimé à près de 80 milliards d’euros le coût des 58 réacteurs français. Mais on a vite oublié… ces affaires secondaires. Le rapport de janvier 2012, lui, prend en compte aussi la maintenance, l’exploitation et la recherche publique, soit un total de 230 milliards d’euros par an. Cela vaut pour le présent, mais les magistrats de la Cour des comptes ont voulu aussi envisager les coûts à venir. C’est qu’en effet, l’énergie nucléaire génère des coûts sur le long terme, avec un calendrier et un chiffrage qui reposent sur de nombreuses hypothèses. Ainsi, le démantèlement serait estimé à 32 milliards d’euros, sans pouvoir valider ce montant, faute d’expérience réelle. Tout cela pris en compte, le résultat final est… un peu approximatif, établissant le coût du mégawatheure nucléaire entre 33,4 et 49,5 €. Haute technologie ne va pas de pair avec haute précision !

Comment payer tout cela, sachant que le parc nucléaire vieillit (58 tranches de 25 ans en moyenne) et que le prolongement de leur durée de vie ne pourra guère aller au-delà de 40 ans. 22 de ces réacteurs auront 40 ans en 2022, il faudra les démanteler… et les remplacer, et par quoi ? Que l’on prolonge la durée de vie des centrales, ou qu’on les remplace par des EPR (il en faudrait 11 !), les coûts prohibitifs vont faire doubler le prix de l’électricité.

Le nucléaire est donc cher, et de plus en plus, mais qu’en est-il du bilan économique du nucléaire et des autres énergies, notamment « renouvelables » ?

On peut apprécier ces constats, ou les déplorer, selon que l’on est partisan du nucléaire ou pas. Mais ce qui est extraordinaire, c’est que pour la première fois, depuis les années 1950, une expertise aussi détaillée est conduite pour enfin se poser la question des coûts. On croit rêver… Tout cela sans compter les risques liés à la prolongation de la durée de vie des centrales ou à leur démantèlement. Alors, risques réels ou fantasmes ? Coûts prohibitifs ou supportables ? En fait, personne ne sait vraiment répondre à cette question, en dehors des invectives entre partisans et adversaires.

Bien sûr, « la France ne court aucun risque du type Fukushima », mais si d’aventure un accident survenait, cela aurait un coût très élevé. Qui indemniserait les victimes ? Rien n’est vraiment prévu, si ce n’est que l’assurance repose sur l’Etat et non sur l’exploitant…

Le nucléaire, énergie de l’avenir, peut être. Encore faudrait-il avoir des idées claires sur les coûts, les risques et les comparatifs avec d’autres énergies, dès maintenant. Le nucléaire, une bombe je vous dis !

Partager cet article
Repost0
22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 08:22

 

Le jardinage clandestin est une pratique ancienne qui existait déjà, semble-t-il, il y a plusieurs siècles quand les « bêcheurs » anglais cultivaient des terres inutilisées par des nobles londoniens afin de nourrir les plus démunis. Certains environnementalistes américains se sont inspirés de ce mouvement des « bêcheurs » pour investir un terrain vague de l’Université de Berkeley dans les années 1960. C’est en 1973 que le groupe Green Guerillas transforme un terrain vague en jardin communautaire à Manhattan.

Depuis, cette guerilla bien pacifique s’est propagée à travers le monde de façon totalement anarchique pour des actions solitaires ou collectives, anonymes ou revendiquées, sans leader, dans un but politique (contestation de la propriété) ou environnemental (améliorer le cadre de vie).

C’est ainsi que des espaces urbains abandonnés, plus rarement des espaces privés, sont cultivés pour nourrir des familles dans le besoin, ou pour embellir les paysages urbains, avec ou sans autorisation. Ces guérilleros du jardinage s’approprient des espaces négligés pour y faire exploser leurs « bombes à graines »…

Mais jeter n’importe quelle graine n’importe où n’est pas assuré de succès, c’est pourquoi le mouvement s’organise, en créant ici ou là, en France, au Canada, aux Etats-Unis des groupes de conseil, des associations ou en publiant des ouvrages guide sur la Guerilla gardening… Il arrive même que certaines municipalités soutiennent le mouvement pour semer des fleurs sauvages sur l’espace public et porter un nouveau regard sur la « biodiversité des pavés ». Certaines mairies, comme à Paris, distribuent des sachets de graines aux habitants qui le souhaitent, organisent les semis et le suivi, ce qui permet d’encadrer la démarche avec un peu de pédagogie, dans l’esprit de favoriser l’action plutôt que la revendication.

Certes, ces révolutionnaires en tablier vert peuvent être subversifs, ils s’approprient de droit d’exploiter des terrains ne leur appartenant pas, en visant toutefois essentiellement les espaces publics délaissés. Mais cette subversion a tout de même quelque chose de sympathique : vouloir réintroduire la nature là où elle a été exclue.

Ce mouvement s’accompagne aussi d’une recherche de convivialité, ce qui lui donne un air de « vivons ensemble avec la nature » qui pourrait bien faire évoluer cette guerilla vers une grande fête du jardinage. Encore plus sympathique !

Partager cet article
Repost0
15 mai 2012 2 15 /05 /mai /2012 08:14

 

La plupart des politiques sont certainement autistes, ce qui pourrait expliquer qu’ils n’ont pas entendu les climatologues attirer l’attention sur les risques liés aux évolutions du climat, depuis une cinquantaine d’années… La récente campagne électorale française a été éloquente à cet égard ! C’est depuis les années 1960 que des scientifiques essaient de persuader que les changements climatiques pourraient être néfastes aux Humains. Mais voilà que les militaires s’en mêlent pour expliquer que les changements climatiques allaient restreindre l’accès aux ressources vitales et ainsi engendrer des guerres. C’est ce discours qui est repris par les climatologues pour mettre en avant les risques de conflits, parce que pour convaincre, il faut parfois faire peur…

Faut-il faire peur, ou simplement rappeler les réalités ? A savoir que jamais, au cours de l’histoire récente, la concentration de gaz à effet de serre (GES) n’a été aussi élevée qu’en 2010. Dans le même temps on constate de plus en plus de journées chaudes, des précipitations devenant de plus en plus brutales, des sécheresses plus intenses et longues, des tempêtes violentes, ceci largement sur toute la planète. Or la consommation d’énergie continue à augmenter, de telle sorte qu’il paraît maintenant quasi impossible de contenir le réchauffement à 2° comme prévu, faute d’accord international contraignant.

Tout peut être discuté, mais certaines observations convergent vers les mêmes conclusions : les océans se réchauffent depuis 50 ans, les glaciers reculent partout, le niveau de la mer s’élève, de nombreux animaux migrent vers le nord, les sols gelés du grand Nord se réchauffent… Chez nous même, des chercheurs s’inquiètent pour les forêts françaises qui pourraient voir régresser leur production, du fait des interactions entre climat et insectes ou champignons dommageables.

Alors que faire ? Bof, après nous le déluge ! A moins que ce déluge ne tombe sur nous précisément. Il sera bien temps alors de s’inquiéter de la fermeture de nos frontières devant l’arrivée de millions de réfugiés climatiques, des Hommes eux aussi.

Pour éviter cela l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) préconise des mesures, dont l’arrêt des subventions pour les combustibles qui contribuent à l’effet de serre, le développement des énergies bas carbone, de la géothermie, du solaire et de l’éolien offshore, la normalisation des émissions des véhicules et le développement des agrocarburants durables. Tout cela demandant d’abord du courage politique !

Partager cet article
Repost0
7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 16:04

 

La campagne présidentielle française est maintenant terminée, elle a été très décevante. Hormis les coups bas et discours démagogiques, c’est surtout l’absence de débat sur les questions essentielles qui a frappé.

Parmi ces questions, il y avait bien sûr celles relatives à notre avenir, en commençant par les besoins vitaux : eau et biodiversité, climat et énergie. Mais dans la pensée fragmentée qui caractérise notre époque, l’utilitaire et le court terme l’emportent sur la réflexion et le long terme. Malgré tous les appels, les mises en garde répétées, les proclamations et médiatisations sur l’urgence à agir, demain paraît encore loin et ces prévisions de pénurie ou de perturbations ennuient beaucoup de monde, les politiques en premier lieu. Continuons de vivre à crédit sur le dos de la planète, c'est-à-dire de nos successeurs… D’abord le pouvoir d’achat et, repliés derrière nos frontières, au diable les considérations écologiques globales. C’est aussi la question du fonctionnement de notre démocratie qui est posée : les candidats ont sûrement bien écouté l’opinion publique majoritaire et se sont bien gardés d’aborder les problèmes de fond, qui nécessairement, vont à rebrousse poil. Mais peut-on faire preuve de courage politique en allant contre l’opinion et espérer être élu. C’est une équation quasi impossible.

Les politiques n’ont toujours pas pris acte des mutations profondes de notre époque, quitte à nous renvoyer parfois des décennies en arrière. On aurait pu attendre davantage de pédagogie sur le monde qui nous attend, si différent de celui d’aujourd’hui. L’équilibre géopolitique sera bouleversé, l’accès aux ressources sera plus compliqué, la satisfaction de nos besoins primaires sera parfois compromise… Faute de l’avoir expliqué, d’avoir fait croire que tout serait comme avant, avec un repli nostalgique illusoire, l’opinion publique pourrait bien se retourner contre ceux-là même qui ont entretenu l’illusion.

Les lilliputiens du parti vert devraient peut être aussi s’interroger sur leur stratégie (http://www.michel-lerond.com/article-le-hulot-ou-la-hulotte-68849279.html), d’autant plus quand la « politique autrement » ressemble étrangement aux manœuvres et compromissions des autres partis…

Si comme le pense le philosophe Edgar Morin, la crise que nous traversons est bien une crise de civilisation, alors les politiques doivent indiquer la voie pour changer la logique dominante, en nous associant à cette mutation, cette « métamorphose » comme dit le philosophe.

Michel Serres, le philosophe et académicien a résumé la situation dans une interview donnée au journal Le Monde (13 avril 2012) : Vraiment, croyez-moi, cette campagne, c’est la campagne des vieux pépés ! Et si les vieux pépés, c’était nous tous ?

Partager cet article
Repost0
30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 16:59

 

Dans le cadre de l’Académie des sciences, belles lettres et arts de Rouen, je donnais une conférence le 14 avril sur le thème de l’agriculture (une synthèse des nombreuses chroniques de ce blog sur le sujet). En voici un bref résumé :

         L’histoire de l’agriculture montre une évolution très lente au cours des siècles, puis une accélération prodigieuse à partir de la fin du 19ème siècle avec l’apparition des cultures industrielles et du machinisme agricole. A partir de la moitié du 20ème siècle, les intrans (engrais et produits phytosanitaires) deviennent de plus en plus importants.

Sans doute peut-on admettre que cohabitent différentes formes d’agriculture, mais aucune ne doit être nocive à la santé. L’agriculture conventionnelle actuelle s’apparente plutôt à un écocide en portant atteinte gravement à la faune et la flore sauvages, aux paysages et à la santé humaine. Même dite « raisonnée », l’agriculture a de gros progrès à faire pour devenir raisonnable et acceptable par tous les consommateurs.

Trois exemples montrent le niveau des préoccupations actuelles : les proliférations d’algues en Bretagne, la mortalité des abeilles et l’impact sanitaire des pesticides.

Ces constats ramènent à des considérations basiques : l’agriculture doit assurer d’abord l’alimentation des populations locales. Ainsi la planète semble redécouvrir brutalement l’importance stratégique de l’agriculture vivrière. Il faut maintenant assurer l’autosuffisance alimentaire d’un pays, d’une région, d’un territoire, ce qui suppose une réorientation totale de l’agriculture autour des savoirs locaux, notamment dans les pays du Sud.

Il est urgent de faire évoluer l’agriculture vers une priorité des politiques publiques afin d’assurer le besoin primaire de nourriture, en soutenant notamment la petite agriculture familiale. Il faut aussi que les consommateurs fassent leur propre révolution en privilégiant les produits locaux de saison et en ne faisant plus de l’expression « paysan » une injure, mais un compliment.

         En guise de conclusion, j’évoquais trois champs de réflexion qui me paraissent essentiels, sachant que des évolutions en cours sont porteuses d’espoir :

- 1. Préserver les sols (http://www.michel-lerond.com/article-23055064.html)

- 2.  « Nationaliser » l’agriculture vivrière (http://www.michel-lerond.com/article-nationaliser-l-agriculture-vivriere--39517958.html)

- 3. Evaluer l’agriculture (http://www.michel-lerond.com/article-evaluer-l-agriculture--40359787.html)

Partager cet article
Repost0
24 avril 2012 2 24 /04 /avril /2012 09:15

Le Conseil scientifique du patrimoine naturel et de la biodiversité (CSPNB) vient de publier « La biodiversité à travers des exemples : services compris ». Cet ouvrage présente une centaine d’exemples concrets permettant d’apprécier les enjeux de la sauvegarde de la nature, permettant ainsi de mieux comprendre comment les Hommes utilisent la biodiversité et comment ils pourraient mieux « investir » sur la diversité du vivant. Le CSPNB, instance placée auprès du ministre de l’Ecologie, propose ce livre de 200 pages comprenant quatre chapitres illustrés pour chacun d’eux d’exemples concrets : culture et biodiversité, ingénieuse nature, les conditions pour la vie et les services du futur. Destiné aux gestionnaires de milieux naturels, enseignants, professionnels de l’environnement, scientifiques, ainsi qu’aux citoyens soucieux de sauvegarder la nature, cet ouvrage peut être téléchargé sur http://www.developpement-durable.gouv.fr

Il s’agit là, en fait, du troisième tome d’un ouvrage plus général. Le premier tome (2007) traitait de la biodiversité utile, les dangers qui la menace et les liens à recréer. Le second tome (2009) traitait des réseaux de la vie en apportant les éléments de compréhension de la biodiversité. Pour accéder à ces deux ouvrages : http://sosbiodiversite.wordpress.com/2009/03/25/la-biodiversite-a-travers-des-exemples/#comment-474.  

Rappelons que le CSPNB est chargé d’une fonction de veille, de conseil, d’alerte et de réflexion prospective sur l’ensemble des questions concernant le patrimoine naturel terrestre et, qu’il s’agisse de paysages, d’écosystèmes, d’espèces ou de génomes. Il émet des avis scientifiques destinés à éclairer les choix politiques, à la demande du ministre chargé de l’Écologie.

Yvon Le Maho et Robert Barbault, président et vice-président du CSPNB, résument parfaitement l’esprit de la démarche dans leur préface : « Il semblait acquis depuis quelques années que, comme pour le changement climatique, nos sociétés avaient enfin perçu l'importance de la biodiversité et l'urgence de la préserver. La grave crise économique et sociale que nous traversons actuellement semble avoir effacé cette salutaire prise de conscience… Or, même si on en reste à une vision strictement économique du monde, la dégradation des écosystèmes avec la perte des espèces qui y vivent, est fort coûteuse pour nos sociétés ; c'est l'effondrement de fonctions essentielles - épuration des eaux, pollinisation des fleurs donc production de fruits et de légumes... - qui interviennent dans ce que l’on appelle aujourd'hui des services écologiques… Oui, la biodiversité est un patrimoine irremplaçable pour nos sociétés et leur bonne santé culturelle, économique et sociale ! »

Partager cet article
Repost0
17 avril 2012 2 17 /04 /avril /2012 08:47

 

La biosphère, c’est cette fine pellicule à la surface de la Terre dans laquelle prend place la vie, toute la vie. La vie s’appuie, elle-même pour une grande part, sur le sol, celui-ci est donc une ressource essentielle. Pourtant, au terme de 10 ans de travaux d’analyses des sols français, le rapport de l’Institut national de recherche agronomique (INRA) dresse un bilan qui, pour le moins, invite à la réflexion. Béton, érosion et pollution riment en effet avec… disparition.

L’imperméabilisation des sols est ce qui se voit le plus, avec l’étalement urbain, les infrastructures et les grandes surfaces commerciales. Ce « bétonnage » se fait essentiellement aux dépens des sols agricoles. Du fait de pratiques agricoles intensives, toutes les aspérités du paysage (haies, talus ou fossés) sont supprimées, ce qui favorise l’érosion des terres sous l’effet de la pluie et du vent. Les changements climatiques en cours pourraient bien accélérer ce phénomène. Par ailleurs, d’anciens sites industriels ou des décharges, autorisées ou pas, sont concernés par des contaminations, parfois de faible niveau, mais très pérennes dans le temps. Ceci sans omettre les résidus de pesticides, volatilisés bien au-delà des zones d’épandage et qui perdurent dans les sols.

Sous les sols, il y a… le sous-sol, largement exploité lui aussi  pour procurer les ressources nécessaires en minerais, produits pétroliers ou gaz. Les conditions d’exploitation sont parfois « limites », engendrant des gros dommages environnementaux en surface et des conflits potentiels entre exploiteurs, parfois néo-colonialistes et pays exploités, parfois peu scrupuleux.

Au total, ce grignotage des terres agricoles en France est en moyenne de 74 000 hectares par an. En Europe, les sols imperméabilisés représentent environ 400 m2 par habitant… Au niveau planétaire, ce sont 25 % des terres agricoles qui sont dégradées ! Cela rend encore plus difficile le défi qui consistera à nourrir 9 milliards d’humains en 2050, pour lesquels il faudrait 70 % d’aliments supplémentaires sur des terres de moins en moins fertiles, voire dans certaines contrées… sans sol.

Cette situation se constate en France malgré les Grenelle ou autres déclarations tonitruantes, malgré les directives européennes ou de la FAO (Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) au niveau mondial. Prenons garde aux conflits dont sont porteurs les accès aux denrées alimentaires, aux ressources naturelles, à l’eau en particulier. Beaucoup d’entre nous, dans leur village, dans leur quartier, dans leurs responsabilités locales ou professionnelles peuvent amorcer un virage. Il est grand temps d’agir, mais il est encore temps d’investir pour l’avenir. Quel beau challenge pour la jeunesse.

Partager cet article
Repost0
10 avril 2012 2 10 /04 /avril /2012 08:16

 

L’Union Européenne s’est donné pour objectif de réduire d’au moins 80 % ses émissions de gaz carbonique d’ici à 2050, par rapport à 1990. Cet objectif s’appuie sur 7 scénarios qui combinent les économies d’énergie, le développement des énergies renouvelables, la séquestration du carbone et… le recours à l’énergie nucléaire. Le secteur de l’énergie, en Europe, génère plus de 50 % des émissions et l’objectif est de l’amener vers une production quasi décarbonée.

Dans ce contexte, réduire les émissions de CO2 fait penser d’abord à l’automobile puisque notre mobilité est très consommatrice d’énergie. C’est pourquoi l’ADEME s’evertue à promouvoir la voiture, les tricycles ou autres scooters électriques. L’objectif est bien d’aller vers une mobilité quotidienne décarbonée avec, en France, environ 2 millions de véhicules adaptés à l’horizon 2020. C’est ainsi que cette préconisation du Grenelle Environnement devrait permettre de diminuer les émissions de CO2 de 17,5 millions de tonnes.

Mais rien n’étant simple, l’exemple allemand refroidit un peu nos ardeurs : le programme très ambitieux lancé il y a deux ans pour développer les véhicules électriques est très loin des résultats prévus… du fait de la lenteur des constructeurs. Reste l’espoir de la propulsion à l’hydrogène, comme s’y emploient les Indiens. La technologie progresse, mais pour parcourir la même distance, le coût de l’hydrogène est deux à trois fois plus élevé que l’essence !

Pendant ce temps-là, le prix des carburants fossiles… flambe, en pleine campagne électorale. Chaque candidat y va de ses propositions « hardies » : gel des prix, réduction des taxes ou accentuation de la concurrence. La dernière idée en date fait fureur : puiser dans les réserves stratégiques, afin d’envoyer un signal politique fort en abaissant le prix à la pompe. Ceci à l’image des Etats-Unis qui sont eux aussi en campagne électorale… Cela ferait toujours quelques centimes de moins par litre pour le consommateur pendant quelques mois. Et après reprise de la hausse fatalement, puisque le fond du problème, c’est bien… le fonds du puits.

La solution la moins politiquement correcte, mais peut être la plus raisonnable, serait bien de laisser filer les prix puisque, l’expérience le montre toujours hélas, ce sera la meilleure pédagogie. Rien de tel pour diminuer la consommation d’un produit que d’en augmenter le prix. C’est alors que viendront, tout naturellement, la mise en application des économies d’énergie, l’innovation pour des véhicules de l’après pétrole, l’arrêt de l’étalement urbain, la décentralisation de l’emploi dans les territoires, y compris ruraux et la mixité emploi-habitat en ville. C’est sans doute dans cet esprit que la Commission Européenne envisage de faire interdire les véhicules à essence dans les centres urbains. De quoi « décarboner » les têtes !

Partager cet article
Repost0
3 avril 2012 2 03 /04 /avril /2012 08:10

La ville devient parfois un refuge de vie sauvage inattendu et efficace. Cette situation paradoxale a déjà été évoquée à propos des abeilles (http://www.michel-lerond.com/article-36370896.html).

C’est ainsi que malgré la récurrence de l’étalement urbain, la réflexion progresse à propos des documents d’urbanisme qui, de plus en plus souvent, envisagent les conciliations possibles entre l’urbanisation et la biodiversité, voire l’agriculture. Cela se traduit par une évolution dans la conception des espaces verts, afin que ceux-ci soient davantage des refuges de nature ordinaire, plutôt que des compositions florales savantes. De même, on redécouvre parfois tout l’intérêt de sauvegarder ou recréer en ville des jardins familiaux, voire des espaces de maraîchage comme cela existait autrefois, permettant ainsi une production alimentaire de proximité en vente directe.

Dans certains cas, cette recherche de conciliation entre l’urbanisme et la nature va encore plus loin avec, par exemple, des toitures végétales d’habitations ou de bâtiments publics. Ainsi, le gymnase Vignoles dans le 20e arrondissement de Paris a été conçu afin d’offrir sur son toit 600 m2 de terrasses cultivables dans le cadre d’un jardin d’insertion sociale. C’est un exemple de réalisation qui devrait se multiplier dans le cadre du « plan biodiversité » adopté en novembre 2011 par la mairie de Paris qui prévoit 15 autres jardins en terrasses et 40 mares. Cette réconciliation nature-ville est aussi une occasion de faire travailler ensemble architectes, naturalistes et paysagistes, pour le plus grand bénéfice des habitants. Outre cette convivialité retrouvée entre acteurs, les avantages tiennent aussi à une isolation plus performante des bâtiments, une meilleure régulation des eaux de pluie, un équilibre paysager plus « naturel » et une plus grande diversité biologique.

On peut même aller jusqu’à concevoir un parc naturel urbain, comme à Poitiers sur les rives du Clain et de la Boivre ou comme à Rouen sur les bords du Robec et de l’Aubette.

Par ailleurs, le "plan restaurer et valoriser la nature en ville" est l’un des engagements du Grenelle de l’Environnement. Les enjeux sont en effet importants puisque la nature en ville rend ces services à peu de frais en redonnant à l’espace urbain tout son charme.

Pendant ce temps, à la campagne, la vie continue : retournement des prairies pour mise en cultures intensives, arrachages des haies, comblement des mares… situation paradoxale, n’est-ce pas ?

Partager cet article
Repost0