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  • : Le blog de Michel Lerond
  • : Libre opinion sur les questions d'actualité en environnement et développement soutenable
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  • Michel Lerond
  • Ecologue et essayiste. Dans notre pratique professionnelle, nous avons pu contribuer, notamment, à un meilleur accès à l’information sur l'environnement.

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13 décembre 2016 2 13 /12 /décembre /2016 08:02

     A chaque période de soldes, les réductions des prix sont de plus en plus attractives et laissent parfois perplexes sur leur montant. S’il s’agit là de réductions relatives à des biens matériels, c’est encore plus étonnant quand ces pourcentages concernent… le vivant. Périodiquement, différents organismes internationaux nous informent sur la diminution du nombre d’espèces vivant sur la planète. Et voilà que le WWF (Fonds mondial pour la nature) vient de nous apprendre qu’en 40 ans, la planète Terre avait perdu plus de la moitié de ses animaux sauvages ! Non ce ne sont pas les soldes, mais le fait que nous surexploitons notre planète et ainsi la mettons en péril. A moins que nous soyons en train de solder notre avenir… Actuellement, pour satisfaire tous nos besoins, il faudrait l’équivalent de 1,6 planète, ce qui est bien sûr impossible.

     Partout sur la planète, les écosystèmes sont mis à mal et la tendance semble s’aggraver, malgré toutes les mesures prises ici ou là. C’est ce que met en évidence l’étude réalisée tous les 2 ans par la Zoological Society of London et l’ONG Footprint Network portant sur un suivi de 14 152 populations animales de 3 706 espèces différentes de vertébrés.

     La tendance à la régression est claire, montrant une baisse de 58 % des populations entre 1970 et 2012. Ce sont les milieux d’eau douce qui ont été les plus affectés avec une perte de 81 % pendant la même période ! Si ce rythme est maintenu, on devrait passer de 58 à 67 % de diminution d’ici 2020, concrétisant ainsi la sixième extinction des espèces terrestres, dont nous sommes en partie responsables. Ce recul est dû essentiellement à l’agriculture et la déforestation (l’agriculture génère 80 % de la déforestation mondiale), l’urbanisation et l’exploitation minière. Sont imputables aussi la surexploitation (pêche notamment), la pollution et les changements climatiques dont on commence à percevoir les effets sur la biodiversité.

     C’est surtout depuis les années 1970 que nous coupons des arbres à un rythme supérieur à celui de leur croissance, que nous prélevons plus de poissons dans les océans qu’il n’en naît, et que nous rejetons davantage de carbone dans l’atmosphère que les forêts et les océans ne peuvent en absorber. Avec une population mondiale de 10 milliards d’humains vers 2050, nous aurons besoin de 2 planètes…

     Que faire face à un tel défi ? D’abord en avoir conscience et prendre les mesures nécessaires pour préserver le capital naturel à l’échelle planétaire, consommer en harmonie avec les disponibilités et instaurer une gouvernance mondiale des ressources. Il ne s’agit pas de revenir à la préhistoire, mais d’inventer un nouveau modèle. Refaire le monde, quel beau défi ! Courage !

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6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 07:36

     Nous en sommes maintenant à ce que (presque) plus personne ne nie que de grands défis nous attendent avec les modifications climatiques et l’épuisement des ressources naturelles. Si nombre de politiques sont un peu dépassés par ces questions, qu’en est-il de la préparation des jeunes d’aujourd’hui à cette nouvelle donne pour la Terre entière ? En France, les débats récurrents, et parfois un peu passéistes, sur le monde scolaire ne s’intéressent guère à ces questions pourtant essentielles. Au niveau international les conférences climatiques n’ont pas davantage fait preuve de beaucoup d’imagination pour mettre en avant un levier essentiel du changement : l’éducation au développement soutenable.

     Comme nous l’avons évoqué sur ce blog à plusieurs reprises depuis une dizaine d’années, il faut commencer par le début, l’école. Si les fondamentaux de l’école sont bien lire, écrire et compter, ils doivent aussi intégrer les bases de notre relation biologique à la nature, ceci dès la maternelle et le primaire. Au cours des études secondaires, il convient de donner à l’écologie/environnement/ développement soutenable le rang de discipline principale. En supérieur, il faut enseigner les données concrètes relatives au triptyque : bases de l’écologie/comportement individuel/gouvernance collective dans toutes les disciplines. Enfin, en formation professionnelle et continue et pour toutes les formations, il faut enseigner les aspects spécifiques des professions concernées quant à leur impact sur la nature.

     Certes la préoccupation de certains enseignants pour la nature et l’environnement n’est pas nouvelle et on en connaît des exemples dès les années 1945… Il faut maintenant sortir l’éducation à l’environnement de son relatif isolement culturel et la recadrer dans un contexte plus large pour constituer un axe essentiel d’une réforme en profondeur de l’enseignement. Il est devenu urgent de passer d’une société des connaissances spécialisées à une société de LA connaissance, celle qui permet de transcender les spécialités. Cela passe, entre autres, par redonner le goût des sciences, le sens de la rationalité scientifique. L’école doit aussi apprendre à raisonner globalement.

     De nombreuses expériences vont déjà en ce sens et on peut noter quelques évolutions de l’Education nationale, il faut s’en réjouir, mais il faut aller plus loin, plus vite, plus fort. Pour cela nous avons déjà eu l’occasion de formuler quelques suggestions à l’intention des ministres de l’éducation.

     L’avenir se prépare afin de le maîtriser plutôt que le subir. Pour cela, d’abord refonder l’école !

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29 novembre 2016 2 29 /11 /novembre /2016 07:53

     Si l’ensemble de la planète est concerné par les grandes évolutions de notre environnement, l’Afrique semble particulièrement confrontée à ces évolutions. Les changements climatiques, les ressources naturelles et la disponibilité de l’eau vont être des facteurs déterminants pour l’avenir des Africains.

     Bien que l’Afrique, jusque-là, ait peu contribué au réchauffement climatique, elle sera très vulnérable aux épisodes de sécheresses ou de précipitations extrêmes, d’autant plus que l’augmentation de la température moyenne pourrait être au-dessus de la moyenne planétaire, soit 3 à 4°. L’élévation du niveau de la mer pourrait entraîner des submersions de terres agricoles et de zones habitées, générant des migrations importantes. L’Afrique aura-t-elle la capacité de s’adapter à de tels bouleversements ?

     Cette question sera d’autant plus sensible que les ressources naturelles sont déjà très menacées par la déforestation (perte de 4 millions d’hectares de forêts chaque année, entre 1990 et 2005, soit 3 fois plus que la moyenne mondiale ! ).

     Quant à la disponibilité en eau… l’Afrique ne dispose que de 9 % des ressources mondiales, avec une consommation qui va croissant du fait des usages domestiques, de l’irrigation et de l’industrie. Des prévisions alarmistes prévoient que le stress hydrique pourrait concerner 35 à 45 % de la population du continent d’ici 2055.

     Devant de telles incertitudes, l’Afrique a besoin de réponses politiques fortes, telles que le préconise la Banque Africaine de Développement. Des efforts concertés et une approche commune seront nécessaires pour élaborer des stratégies économiques nouvelles.

      Ceci d’autant plus que le continent africain, qui comptait 200 millions d’habitants en 1950, en compte aujourd’hui 1 milliard et sans doute 2 milliards en 2050. A cette date, un humain sur 5 sera africain.

     Il y a donc bien urgence à repenser le développement de l’Afrique. Le défi est énorme mais il sera aussi enthousiasmant et exemplaire :

  • Ou bien ce sera l’échec et alors, on peut le craindre, une simulation de ce qui attend toute la planète,
  • ou bien ce sera une réussite qui pourrait alors préfigurer une évolution positive de toute l’humanité réconciliée avec la nature.

     Viva Africa !

 

A offrir à Noël :

- Quel foutoir la nature ! Mini nouvelles 2008-2016

- C’est bientôt la Renaissance ? Pour sortir de la crise écologique

- Qu’est-ce qu’on attend ? Chroniques (2008-2009)

- Le développement soutenable. Evaluation simplifiée dans un contexte Nord-Sud (avec le Béninois G. Lanmafankpotin)

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=51719

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22 novembre 2016 2 22 /11 /novembre /2016 06:56

     Mais pourquoi donc, en matière de prise en compte de notre environnement, les choses n’avancent-elles pas plus vite ? Pourtant, depuis un demi-siècle, au moins, les alertes ont été innombrables, les actions d’information et de pédagogie (conférences, émissions radio et télé, livres, brochures, visites, etc.) se comptent par dizaines ou centaines de milliers en France et dans le monde. Et pourtant, si la prise de conscience est réelle, les actions restent souvent en retrait des nécessités. N’y aurait-il pas un certain malentendu quelque part ?

 

     En fait, ces questions sont régies par deux groupes d’acteurs :

     Les demandeurs d’une part : les ONG en faveur de l’environnement, les chercheurs qui identifient la nature et l’intensité des problèmes liés aux pollutions, la biodiversité, les changements climatiques, etc. sans oublier l’opinion publique attentive à ce qui la concerne de près (alimentation bio, impacts sanitaires, etc.). Et d’autre part les décideurs que sont les politiques, parfois un peu coincés entre leurs électeurs, leurs services et… les lobbies.

     Alors, pas toujours facile de s’entendre… et de se comprendre. La question qui demeure est donc bien de savoir faire comprendre aux décideurs, les politiques, la réalité et l’urgence des problèmes. Pour cela il faudrait dépasser la difficulté initiale du langage. Certes les scientifiques, les chercheurs ont leur vocabulaire, leurs concepts, mais peuvent être parfois de piètres pédagogues… Inversement les politiques attendent des idées simples, concrètes, sur ce qu’il convient de faire pour répondre à l’attente de leurs électeurs et parfois… des lobbies. Ceux-ci ne sont d’ailleurs pas toujours des gens avides de profit, ce peut être aussi des associations environnementales qui savent exercer suffisamment de pression pour convaincre de la décision à prendre, même s’il s’agit parfois… d’un conflit d’intérêt local ou d’une radicalisation d’une question marginale !

     Mais voilà, il s’agit maintenant de prendre des décisions et pas seulement de constater les problèmes et les décrire. Il faut inventer le temps du vrai dialogue, de l’ouverture d’esprit et de la rigueur du raisonnement. Il faut simplifier les discours pour les rendre largement accessibles. Souvenons-nous d’une règle, non écrite et « confidentielle » : lorsque vous vous adressez au grand public, faites en sorte d’être compréhensible par un élève de 5ème. Pour objectiver la décision à prendre, il faut avoir recours à l’évaluation environnementale, maintenant largement répandue. Ainsi on établit l’état des lieux, on identifie les enjeux et on choisit le parti le moins dommageable. Ensuite, les décideurs décident après avoir entendu tous les arguments. Enfin, les demandeurs s’inclinent devant le choix opéré, étant entendu que c’est le plus adapté.

     Pas facile de parler à l’oreille des politiques, mais c’est possible. Encore un effort !

 

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19 novembre 2016 6 19 /11 /novembre /2016 18:28

     C’est aujourd’hui notre anniversaire, à Vous et moi. En effet voilà 9 ans que ce blog existe ! Nombre d’entre Vous sont restés fidèles depuis les débuts.

      Merci donc à chacun de votre fidélité et de votre intérêt.

      Merci aussi à OverBlog pour son support et sa performance de diffusion, gratuite et sans publicité.

      En 9 ans ce sont 469 chroniques qui ont été publiées, à raison d’une chaque mardi. Celles-ci ont bénéficié de 1 209 de vos commentaires.

      300 de ces chroniques ont été reprises et ordonnées pour être publiées en format papier. Les plus anciens lecteurs pourront les relire, les plus récents les découvrir. Il s’agit de publications de l’Harmattan : http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=51719

     

      Ont déjà été publiés :

- Quel foutoir la nature ! Mini nouvelles 2008-2016

- C’est bientôt la Renaissance ? Pour sortir de la crise écologique

- Qu’est-ce qu’on attend ? Chroniques (2008-2009)

 

     Quel foutoir la nature fera l’objet d’une séance de dédicace à la librairie Papier et plumes à Buchy (76) le samedi 26 novembre 2016, de 9h30 à 12h30.

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15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 07:46

     Incontestablement, la prise de conscience des questions environnementales a progressé depuis 45 ans, mais il reste grandement à inventer les principes d’action, sans se perdre dans un maquis d’ambitions et de fausses routes. Ainsi les Verts n’auraient-ils pas dû lire « Socialisation de la nature » de Philippe Saint-Marc et s’en inspirer plutôt que de sombrer dans le ridicule et la disqualification de leurs objectifs annoncés :

     Sans être elle-même un parti, la défense de la Nature doit être un groupe de pression suffisamment puissant pour arbitrer entre les partis.

     Bien entendu, et comme toujours, revient dans les propos de Philippe Saint-Marc la question du pourquoi. Pourquoi tant de mépris pour la nature et donc quelle éducation apporter ? :

     (La Nature) est aussi Culture et, à cet égard, il faut rénover notre conception de l’Education Nationale. Ce qui compte c’est moins d’enseigner la Nature à l’homme que d’organiser l’enseignement de l’homme par la Nature. Ce qui importe, ce n’est pas tant d’apprendre une masse de notions de botanique ou de zoologie qui, d’ailleurs, à la limite, peuvent s’inculquer abstraitement en dehors même du milieu physique ; c’est surtout d’être amené à découvrir ce que la Nature contient comme richesses intellectuelles, scientifiques, artistiques, de percevoir l’intime liaison de tout le monde vivant, de recevoir la leçon d’équilibre et d’harmonie qui se dégage si souvent d’un accord entre la présence humaine et son cadre.

     Cet ouvrage mémorable se termine par des interrogations sur notre avenir et un appel pressant au changement :

     L’humanité aura-t-elle assez de clairvoyance pour rejeter le système qui l’entraîne au suicide, pour comprendre qu’elle ne peut, sans se détruire, conserver la société actuelle ? Socialiser la Nature est aujourd’hui la seule chance de sauver la vie sur Terre…

     Vienne le temps de la Nature retrouvée où, toujours parmi nous et dans nous, sa force vitale exaltera notre soif de créer ! Vienne le temps où les hommes ne seront plus assez fous pour travailler chaque jour à leur souffrance et à leur mort !

     En conclusion, subsiste le doute. Si nous avons avancé, les questions centrales demeurent irrésolues :

     Notre société voudra-t-elle, pourra-t-elle, pendant qu’il est encore temps, échapper aux forces qui la poussent à l’abîme ?

     Demain, c’est pour l’humanité le néant ou la lumière, une fin ou une aurore.

     Il est vrai que 45 ans plus tard, il n’est toujours pas trop tard, mais le temps presse !

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8 novembre 2016 2 08 /11 /novembre /2016 07:07

     Rien de tel qu’un regard sur le passé pour mieux préparer l’avenir. C’est ce que nous avons tenté en rappelant les propos de Jean Rostand, puis de Jean-Marie Pelt. Un autre pionnier dans le domaine de l’environnement mériterait aussi d’être relu, c’est Philippe Saint-Marc et en particulier son ouvrage « Socialisation de la nature ». Né en 1927 à Paris, Philippe Saint-Marc a eu une formation large, il est docteur en droit puis major de sa promotion à l’ENA (1950-52). Durant les années 1950-60 il mène une carrière classique de haut-fonctionnaire, à la Cour des Comptes puis à l’administration chargée des rapatriés d’Algérie. Il rappelle lui-même qu’il a été militant politique avant « d’entrer en écologie ». C’est au Mouvement Républicain Populaire qu’il trouve une philosophie spiritualiste et chrétienne, et… se lie d’amitié avec Jean-Marie Pelt. En 1965, il est nommé chargé de mission à la DATAR (Délégation Interministérielle à l’Aménagement du Territoire et à l’Action Régionale) et c’est là que s’affirme son intérêt pour l’écologie et la défense de la nature.

     En 1972, il publie son célèbre ouvrage « Socialisation de la nature » chez Stock dans lequel il s’attache à remonter la chaine des causalités pour comprendre la crise écologique en dépassant la défense ponctuelle d’un site ou la protection d’une espèce particulière. Philippe Saint-Marc préconise une autre politique de développement, inspirée par « l’humanisme écologique ». Selon lui, la recherche du bien-être physique et spirituel de l’homme doit être le fondement de la société et passe par une nouvelle relation de l’homme à son environnement, qu’il se doit de sauvegarder. Il se définissait lui-même comme énarque marginal !

     Pour notre part nous avons eu le plaisir et l’honneur de faire venir Philippe Saint-Marc et Jean-Marie Pelt à Rouen en 1987, dans le cadre du forum « L'environnement : un enjeu européen pour la Haute Normandie », que nous organisions entre l’Observatoire régional de l’environnement et le journal Paris-Normandie.

     D’emblée, « l’énarque marginal » pose le principe central de sa réflexion :

     Comme le profit dans notre système économique conduit inéluctablement à l’appropriation et à la dégradation du milieu naturel, il faut enlever au profit son rôle dominant en provoquant une prise de conscience collective et en mobilisant ensuite l’opinion publique, ainsi éclairée, en un immense réseau de pression démocratique vis-à-vis de tous les pouvoirs, à quelque niveau qu’ils se trouvent et sous quelque forme qu’ils s’exercent.

     Voilà 45 ans que ces paroles ont été écrites… Il semble qu’il y ait encore un peu de chemin à parcourir pour entendre les politiques se référer à ce même principe de base !

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31 octobre 2016 1 31 /10 /octobre /2016 07:51

     Jérémy vivait dans la prairie proche et on s’observait par la fenêtre de la cuisine sans y prêter vraiment attention. J’aimais quand il partait au galop avec des hennissements qui semblaient dire « je vais bien », « je suis heureux ». Les restes de pain dur étaient pour lui, il venait près de la haie pour les attraper, à l’appel de son nom. A d’autres moments, c’est lui qui « gognait » de mon côté et semblait me dire « alors mec, ça va ? ».

     Il faut dire que depuis quelque temps, la prairie avait été partagée en deux parties et à côté de lui s’étaient installés un cheval noir et un âne. Tous deux s’entendaient parfaitement. Mais Jérémy, notre cheval blanc manifestait, par-dessus la clôture, un intérêt certain pour ces deux équidés. Plus particulièrement, il copinait avec le cheval noir et tous deux se faisaient des papouilles, se grattaient mutuellement, presque des bisous… C’était ravissant et tendre.

     Il aurait été plus simple de les mettre ensemble, mais ils n’appartenaient pas au même propriétaire, les deux parcelles de prairie non plus. Chacun chez soi, tout de même. Il en fut ainsi tout le printemps et l’été, et ce fut une réelle animation locale pleine de poésie.

     Mais voilà, la saison passait, l’automne était là, puis les premières gelées arrivaient. Fort à propos, le propriétaire du cheval noir et de l’âne décida de les mettre à l’abri pour l’hiver qui arriverait bientôt. Et un soir, les deux copains équidés partirent, solidement tenus par le licol. Ils gagnèrent la limite de parcelle, la barrière, puis la route, et disparurent de la vue.

     C’est alors que Jérémy, qui avait observé la scène en s’approchant au maximum, se mit à galoper le long de la clôture séparant les deux parcelles en poussant des hennissements douloureux. Il avait compris que l’on venait de lui arracher ses deux amis, il était visiblement bouleversé, courant, hennissant sans fin. Il faisait pitié le pauvre Jérémy qui continua ce manège pendant une heure, jusqu’à la nuit noire. Le lendemain matin, Jérémy semblait calmé, mais il arpentait encore la prairie le long de la clôture, scrutait l’horizon et ne voyait rien venir…

     Oui, Jérémy avait exprimé ses sentiments et nous murmurait à notre oreille humaine : « Moi aussi j’ai des sentiments et suis capable d’empathie, d’amitié, voire d’amour, bien qu’étant un cheval, un animal, une bête ! »

     Ce fut, en quelque sorte, une lecture inversée de l’histoire racontée dans le film de Robert Redford, « L’Homme qui murmurait à l’oreille des chevaux ». Quand les bêtes nous donnent des leçons… d’humanité.

 

Il est paru :

LEROND, Michel.- Quel foutoir la nature ! Mini nouvelles 2008-2016.- Paris : les Impliqués (l’Harmattan), 2016.- 149 p.

Cent mini éco-nouvelles rassemblées de façon construite, selon les piliers du développement soutenable : http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=51719 …

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25 octobre 2016 2 25 /10 /octobre /2016 07:58

     La préoccupation à l’égard des drogues de toutes natures va grandissant, tant le problème a pris de l’ampleur. La drogue la plus médiatisée est peut-être le cannabis, consommé par des jeunes de plus en plus nombreux. Mais en fait, le problème est bien plus vaste que cela. Les addictions les plus répandues sont le tabac (32 % des consommateurs sont dépendants), l’alcool, le cannabis puis les opiacées et autres amphétamines. Mais on oublie souvent dans cette liste l’addiction aux jeux d’argent et jeux vidéo.

Certes, la consommation de ces drogues se réfère souvent à des façons de communiquer, de créer de la convivialité (faire la fête et donc boire) ou simplement à des gestes habituels (la cigarette du matin, ou de la pause-café). La drogue intervient alors comme un calmant, voire un antidépresseur, mais avec le risque d’addiction qui fait passer des petits avantages (stimulant) aux gros inconvénients (problèmes cardiaques ou cancers)… C’est en effet le tabac qui tue le plus (c’est écrit dessus : fumer tue !), puis vient l’alcool (23 000 décès par an en France).    

Quant aux jeux d’argent… l’incidence est moindre, mais l’addiction, par ses conséquences en termes d’endettement, peut conduire au suicide. C’est d’autant plus regrettable que cette pratique est « encouragée » par l’Etat, propriétaire à 72 % de la Française des jeux qui vous fait miroiter des millions avec un chiffre d’affaires annuel de l’ordre de 14 milliards d’euros ! Faites vos jeux. Il en est un peu de même, en termes d’addiction, avec les jeux vidéo, dont un certain nombre consistent à tuer le plus possible…    

Et enfin, on peut considérer qu’il existe une addiction à la religion, parfois savamment organisée, pour « fabriquer » des intégristes dont les ravages peuvent être conséquents comme on le voit en ce moment.    

Tout cela est connu et assez largement étudié, sauf bizarrement pour l’addiction aux jeux d’argent. Mais comme souvent, la médecine apporte des réponses médicales en analysant les symptômes et les moyens de tenter d’y remédier, mais quid des causes ? La question centrale demeure, à laquelle personne ne répond : pourquoi tant de drogues, pourquoi tant de progression, et donc pourquoi tant d’angoisse ?    

Est-ce que la situation de l’emploi, le stress au travail, les conflits familiaux, les risques climatiques, les menaces d’attentats ne seraient pas des facteurs de désespérance et d’angoisse. Quant de plus, on observe un silence assourdissant des responsables politiques sur ces questions, alors certains pensent qu’il n’y a plus qu’à se shooter… pour oublier un peu.     

Faites vos jeux !    

Faites vos jeux !
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18 octobre 2016 2 18 /10 /octobre /2016 07:57

     Pour conclure sur l’ouvrage L’Homme renaturé, le grand pédagogue que fut Jean-Marie Pelt, tant à l’Université de Metz que dans ses conférences et ses émissions radio, n’a pas oublié le rôle de l’école :

Il est urgent de développer dans la mentalité collective une vision synthétique, évolutionniste et dynamique de l’univers. Cette tâche fondamentale de la pédagogie moderne contribuera à créer entre les hommes ce langage minimal commun, en deçà duquel il n’y a plus de valeurs partagées ni de compréhension possible : donc plus de civilisation. A notre époque, le défi est de taille, car tous les futurs sont possibles, de l’effondrement des sociétés industrielles à la conflagration nucléaire, et de la montée des totalitarismes aux décadences dans l’anarchie. Il n’est même pas impossible que nous parvenions à instituer la société planétaire, équilibrée, conviviale, humaine.    

L’inquiétude sur l’avenir est pourtant bien là :    

La « victoire » de l’homme sur la nature fait surgir une nouvelle menace pour l’espèce : la montée de la compétition intraspécifique, c’est-à-dire entre les hommes.    

Mais aussi l’espoir d’une évolution :    

Comme les plantes et les animaux de la forêt cohabitent, bien que « d’origine » et de « cultures » différentes, acceptons enfin comme normale et légitime la coexistence de l’intégriste et du progressiste, du libéral et du socialiste, du réactionnaire et du gauchiste, du juif et du musulman, du catholique et du protestant.    

Certes, il y a encore du boulot, mais voilà au moins une voie à suivre. Pelt visionnaire et peut être aussi citoyen du monde :     

Cependant, au moment où la crise de notre civilisation est planétaire, où le Club de Rome alerte l’opinion internationale sur les dramatiques conséquences à terme d’un déséquilibre économique, écologique et démographique accru, la construction européenne ne saurait être qu’une étape sur le chemin de la planétarisation nécessaire des projets et des décisions. La concertation à l’échelle mondiale pour la gestion des ressources naturelles, l’exploitation des matières premières et la sauvegarde de l’environnement devient un impératif auquel on ne pourra plus longtemps se soustraire.    

Et enfin, pour conclure :    

A l’aube du troisième millénaire, l’humanité est enfin sommée de prendre sa destinée en charge.    

Que Jean-Marie Pelt soit entendu ! Il nous faut relire, et faire lire ou relire ces grands précurseurs comme Jean Rostand ou Jean-Marie Pelt.    

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