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  • : Le blog de Michel Lerond
  • : Libre opinion sur les questions d'actualité en environnement et développement soutenable
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  • Michel Lerond
  • Ecologue et essayiste. Dans notre pratique professionnelle, nous avons pu contribuer, notamment, à un meilleur accès à l’information sur l'environnement.

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19 juillet 2011 2 19 /07 /juillet /2011 09:00

 

On aurait pu penser, au printemps 2011, que le débat politique se serait polarisé sur les grandes questions du moment, ou en tous cas sur celles que l’on imagine à ce niveau, comme par exemple la raréfaction des énergies fossiles, ou bien l’érosion dramatique de la biodiversité, ou encore les modifications climatiques. Mais bien sûr, cela suppose d’être suffisamment informé, soucieux de l’avenir et apte à se projeter au-delà de son mandat électoral. Non, il n’en fut rien, le grand débat politique du moment consista à s’interroger sur la nécessité de disposer sur les routes de radars qui avertissent… des radars.

Le débat national s’enflamma alors sur le démontage, ou pas, des panneaux avertisseurs d’un radar de vitesse limitée ; leur remplacement, ou pas, par des « radars pédagogiques » ; l’initiative laissée aux départements ou bien encore de rendre le système aléatoire. Il aurait peut être été plus simple de s’interroger sur la nécessité, ou pas, des limitations de vitesses. Puisqu’en fait, le débat a porté sur « comment rouler plus vite qu’autorisé sans se faire prendre ». On a même vu des députés vociférer, avec une démagogie éhontée, sur les pénalités qu’allaient encourir ceux qui travaillent, ou les moins riches, ou les conducteurs qui dépassent un peu la vitesse, alors qu’ils maîtrisent leur véhicule…

Mais cette grande question trouvera peut être son épilogue, comme souvent, en fonction des moyens financiers disponibles ou pas. En effet, l’argent public se faisant de moins en moins facile, certains postes budgétaires comme celui des routes, pourraient bien être « rabotés » de façon drastique, au risque de laisser le réseau dans un état très médiocre. C’est pourquoi, dans le secret des cabinets ministériels, se prépare actuellement une grande réforme du code de la route. Il est question de supprimer tous les panneaux de signalisation routière. Tous ! Ils seraient remplacés par seulement deux panneaux triangulaires d’annonce d’un danger particulier : Chaussée déformée et Trous en formation. Hormis l’économie substantielle réalisée sur l’achat de panneaux, il n’y aura plus besoin d’avertir…

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11 juillet 2011 1 11 /07 /juillet /2011 16:39

 

           Le livre de Stéphane Hessel, Indignez-vous !  a connu un succès phénoménal, avec plus de 2 millions d’exemplaires vendus. Le paragraphe clé en est sûrement : « … le pouvoir de l’argent, tellement combattu par la Résistance, n’a jamais été aussi grand, insolent, égoïste, avec ses propres serviteurs jusque dans les plus hautes sphères de l’Etat. Les banques désormais privatisées se montrent d’abord soucieuses de leurs dividendes, et des très hauts salaires de leurs dirigeants, pas de l’intérêt général. L’écart entre les plus pauvres et les plus riches n’a jamais été aussi important ; et la course à l’argent, la compétition, autant encouragée ». On peut penser que cette flèche a atteint sa cible, venant de ce vieux monsieur de 93 ans, en réveillant la jeunesse que l’on pouvait croire endormie…

           Le mouvement des « indignés » s’étend maintenant dans toute l’Europe, avec pour point commun un rejet du monde politique et une opposition au « système » qui ne parvient pas à les intégrer dans la vie économique. Mouvement décentralisé, sans leaders, à la recherche d’une démocratie réelle, le mouvement des indignés est l’expression d’un « ras le bol » de la jeunesse, mais aussi de tous ceux que se sentent rejetés. Sans doute ce mouvement va-t-il connaître rapidement ses limites et il n’est pas sûr qu’après le « Printemps arabe », nous connaissions un « Printemps européen ». Mais on aurait tord de sous-estimer cette « révolution silencieuse » et pacifique qui vient comme un avertissement, pour refuser la dictature du fric. Il s’agit d’un mouvement qui s’appuie sur l’humain, qui revendique de participer au fonctionnement de la société plutôt que d’en être exclu par le chômage, malgré des niveaux de formation élevés. Les indignados européens regardent les politiques comme trop profiteurs, déconnectés des réalités et revendiquent leur participation aux choix de société.

           Les indignés sont éduqués, cultivés et conscients des perspectives d’avenir, de leur avenir. Alors que depuis le début de cette année, l’Agence Internationale de l’Energie a rappelé que le pic pétrolier s’est produit… en 2006 ;  que les perturbations climatiques se constatent un peu partout sur la planète ; que la catastrophe de Fukushima a réveillé des « peurs technologiques » ; les politiques continuent de gouverner à court terme, sans vision prospective, avec la croissance et la compétitivité pour seules boussoles. Nous voilà bien face à l’émergence d’une nouvelle façon de penser le monde, à « l’avènement d’une civilisation de l’empathie » comme le préconise l’essayiste américain Jeremy Rifkin (Une nouvelle conscience pour un monde en crise, ed. Les liens qui libèrent), alors que le discours ambiant déplorait les égoïsmes. Car il s’agit bien là d’une conscience altruiste qui prend en compte le fait que notre mode de vie n’est plus durable. Un immense espoir se lève, ne le gâchons pas !

 

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4 juillet 2011 1 04 /07 /juillet /2011 14:55

 

Nous avons remarqué, dans notre campagne profonde, que la lettre anonyme est un moyen d’expression assez répandu. En effet, ce vecteur de communication permet d’affirmer des tas de choses, souvent désagréables, sans preuve, sans être reconnu et donc démasqué. C’est finalement assez confortable pour faire passer des messages, des revendications, voire des dénonciations sur tel ou tel qui n’aurait pas respecté les règles de vie en commun, alors que nous-mêmes, bien sûr… Puisqu’il en est ainsi et que cette pratique est finalement assez productive, nous y souscrivons aussi. Après de fortes chaleurs et une sécheresse importante, voilà que la pluie a humidifié considérablement le jardin et que… c’est la fête aux escargots ! Je prends un stylo usagé, j’écris aussi mal que possible, avec des fautes d’orthographe volontaires (pour que l’on pense à quelqu’un d’autre que moi !) et je dépose cette missive, qui va faire mal, nuitamment dans la boîte aux lettres de la mairie :

 

Monsieur le maire,

Depuis quelques jours mon jardin est envahit par une véritable paiste rampante, gluente et pour tout dire repoussante. A tel point que les dahlias dépérissent, que les létues sont comme calcinées, dévorées, et mon oseille c’est pareil ! J’entends dire que mes voisins sont envahit par la même peste et qu’eux on ne les entend pas. Mais moi, j’ose vous dire monsieur le maire que cela ne peut plus durer. Si vous ne fêtes rien, cela va empirer et vous ne serez pas étoner que l’on se plaigne au conseil municipal. On sait bien qu’il existe des lois et qu’il faut les appliqué, mais vous vous devez appliquer aussi vos devoirs de police municipale. Et que font les employés communaux, sans doute trop payer, vous pourriez les faire travailler un peu pour combatre tout cette vermine. D’accord, vous n’êtes pas responsable de la pluie, mais vous devez la prévoir et surtout imaginer les dégâts qu’elle peut faire dans les jardins de vos braves citoyens. Je vous dis qu’y a qu’à les ramasser et les mettre en fourrière. J’en ai compter ce matin 47 dans les massifs de dahlia, 28 à proximité des salades et 73 dans le bosquet derrière la maison. Et puis, c’est pas des petits gris, c’est des gros, ceux de Bourgogne, ceux qui mangent le plus. Alors monsieur le maire, si dans les 48 heures vous n’avez pas pris les mesures qui s’imposent contre les escargots, je vous jure que j’irai me plaindre plus haut.

Toutes les salutation.

Signé anonyme.

 

Voilà, c’est fait, j’attends des décisions. Non mais !

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28 juin 2011 2 28 /06 /juin /2011 07:46

 

Que faire maintenant ?

 

Concernant la France, les choix énergétiques faits à la fin des années 1960 nous ont engagé pour près d’un siècle, nous devons en tirer la leçon pour les prochains choix. La filière nucléaire a pris l’importance que l’on sait et il nous paraît utopique de vouloir en sortir rapidement. Par contre il nous faut préparer une transition pour produire de l’énergie électrique nucléaire sécurisée dans l’attente de nouvelles sources fiables. On peut imaginer plusieurs étapes :

         - D’abord un moratoire qui consiste à arrêter au plus vite les centrales nucléaires trop vieilles ou mal sécurisées du fait de leur localisation et suspendre la construction de nouvelles centrales tant que ne sont pas réglées les questions liées à la sûreté des sites et au devenir des déchets.

         - Renforcer la sécurité des installations nucléaires dans le cadre d’une gouvernance mondiale, dans la transparence et en dehors de tout conflit d’intérêts. Pour cela il convient de réformer l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique), organisation autonome de l’ONU, fondée en 1957 pour promouvoir les usages pacifiques de l’énergie nucléaire, afin qu’elle procède vraiment, en toute indépendance, aux inspections des installations et à l’information du public, en lieu et place des états, comme préconisé lors de la conférence de Vienne la semaine dernière.

- Préparer l’après nucléaire puisque l’épuisement de l’uranium est prévu. Les ressources mondiales peuvent assurer un siècle de production si la consommation reste au niveau actuel, beaucoup moins si elle double. Certes, les énergies renouvelables ne sont pas toutes fiables, mais a-t-on fait les efforts de recherche nécessaires ? A-t-on procédé aux évaluations complètes des dispositifs existants pour en améliorer l’efficacité ? Il est urgent de renforcer les programmes de recherche sur ces thèmes.

- S’interroger sur les monopoles énergétiques nationaux. Faut-il livrer ce

secteur au marché, ou renforcer le service public ? Sans doute faut-il décentraliser et permettre davantage d’autonomie, par exemples les agriculteurs pourraient produire leur propre énergie avec les agro-carburants. Plus encore, en Afrique où 70 % des habitants n’ont pas accès à l’électricité, ce sont les unités décentralisées de production qui pourront répondre aux besoins.

         Enfin, le GIEC a apporté une note d’espoir en publiant un rapport le 9 mai 2011, annonçant que la part d’énergies renouvelables pourrait approcher 80 % en 2050… pourvu que les politiques les suivent.

 

Dans quelques années, si l’on attend trop, le volume rédigé par M. Lerond constituera un document à charge accablant pour les « non-décideurs » de ce début de XXIè siècle ! : Bernard Boullard – Etudes Normandes N°1-2011 -

« Qu’est-ce qu’on attend ? Chroniques (2008-2009) ». A commander sur www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=31058

150 pages – 13,78 €, ou dans toutes les bonnes librairies.

 

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21 juin 2011 2 21 /06 /juin /2011 07:33

 

Faut-il sortir du nucléaire ?

 

Suite au drame japonais, il est apparu nécessaire de renforcer la sécurité des installations nucléaires. Au-delà, s’est posée la question de l’abandon éventuel de cette énergie, comme en Allemagne (programmée dès 2000 à la suite de Tchernobyl), en Suisse (juste après Fukushima) ou en Italie tout récemment. Les Français sont partisans à 75 % d’une sortie du nucléaire et partout les interrogations se multiplient. L’arrêt du nucléaire pose cependant de nombreuses questions sur le démantèlement des centrales et les énergies de remplacement, mais aussi sur la méthode des choix à opérer. Il faut bien prendre en compte les coûts énergétiques dans un contexte d’épuisement des ressources (y compris pour l’uranium), les modifications climatiques qui proscrivent certains process (gaz et charbon dans l’état actuel) et les besoins réels en énergie par rapport à la gabegie actuelle. Il faut aussi considérer que la science va nécessairement progresser et ne pas désespérer ni de la technologie, ni de l’homme.

La demande mondiale d’énergie devrait doubler d’ici 2050, sur les bases actuelles de consommation. Autant dire qu’il faudra impérativement revoir la notion de croissance, qu’il faudra se soigner de l’addiction aux biens matériels, mais aussi être attentifs aux conflits que peut générer l’accès aux sources d’énergie. Pour sortir de ce débat, il n’y aura pas d’autre choix qu’économiser, utiliser à fond les énergies renouvelables et améliorer la fiabilité des dispositifs existants, dont le nucléaire.

Le démantèlement des centrales aussi pose des questions, ainsi la centrale nucléaire de Brennilis (Finistère) est à l’arrêt depuis 1985 et le démantèlement, assuré à 50 %, est stoppé depuis quatre ans en raison de l’incertitude sur les risques pour la population voisine. Le coût officiel de ce démantèlement est de 482 millions € et la fin de chantier est prévue pour 2025.

Il y a donc des arbitrages à opérer entre coût, environnement et risques sanitaires à court et à très long terme (y compris pour les déchets). C’est à l’Etat d’organiser cet arbitrage, dans la transparence, et non pas sous la pression de lobbies comme ce fut le cas jusque maintenant (Voir : http://www.michel-lerond.com/article-28029773.html). Le référendum semble le plus démocratique, mais on ne peut pas répondre à une question aussi complexe par oui ou non. Il y a surtout nécessité d’un débat public, non pas sur le nucléaire, mais sur les énergies, dont le nucléaire, pour préciser à quoi sont prêts les citoyens en termes de consommation et d’acceptation des risques. Essayons de regarder les choses sans dogmatisme. Entre le "tout nucléaire" et le "zéro nucléaire", il y a place pour des alternatives qui doivent préparer la suite.            A suivre

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14 juin 2011 2 14 /06 /juin /2011 08:53

 

Quel retour d’expérience après Tchernobyl ?

 

Le drame de Fukushima a fait prendre conscience des interactions très fortes entre ce qui est imputable à la nature et ce qui l’est à la technologie humaine. Aux Etats-Unis déjà, la fonte partielle du réacteur de Three Miles Island en 1979 avait tempéré les ardeurs des partisans du nucléaire. Puis vint l’accident de Tchernobyl (26 avril 1986) qui renforça fortement le scepticisme. Après Fukushima, le doute s’est encore renforcé, même en Chine, LE futur marché du nucléaire, où l’on envisage de sauter un pas technologique pour utiliser des techniques plus fiables.

Depuis 25 ans, à Tchernobyl et alentour, la vie a changé, toujours plus empoisonnée par cette radioactivité invisible mais omni-présente jusque dans les fantasmes. Ainsi circule la rumeur qu’après le drame, des avions soviétiques auraient provoqué des pluies artificielles pour « abattre » le nuage radioactif et ainsi protéger Moscou… Mais fantasme ou pas, trop de négligences ont été commises : évacuations tardives de populations, ou pas d’évacuation du tout, consommation de produits « naturels » très contaminés, comme les champignons, les myrtilles, ou les poissons, sans contrôle. Le nombre de cancers de la thyroïde augmente, comme diverses affections infantiles et le drame n’est pas achevé. Le réacteur de Tchernobyl doit être sécurisé au plus tôt, mais l’Ukraine n’en a pas les moyens financiers (coût total estimé à 1,5 milliard d’euros). La communauté internationale traîne les pieds pour abonder les financements et il manque encore près de 200 millions € pour construire l’arche destinée à recouvrir le sarcophage, réalisé  à la hâte après l’accident, qui fuit et menace de s’effondrer. La France a promis 47 millions €, étant très concernée du fait que des entreprises nationales ont été retenues à l’appel d’offres. Cette arche, haute de 110 m, va mesurer 257x164 m et peser 30 000 tonnes. Elle devra tenir au minimum 100 ans avec une maintenance réduite. C’est un défi technique considérable qui doit permettre à l’Ukraine de « bénéficier » d’un siècle pour imaginer l’ingénierie à même de résoudre définitivement le problème de déconstruction de la centrale.

Juste à côté, en Roumanie, la centrale de Cernavoda a été construite pendant l’ère Ceausescu avec la promesse qu’elle serait « la plus sûre du monde » (premier réacteur en service en 1996). Mais les problèmes de sécurité se multiplient et cette centrale est construite dans une zone sismique ! Au point que les trois entreprises franco-germano-espagnole associées au projet se sont retirées début 2011 devant l’ampleur des problèmes. A-t-on vraiment tiré toutes les leçons de l’accident de Tchernobyl ?                                     A suivre

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6 juin 2011 1 06 /06 /juin /2011 15:18

Quelle prise de conscience après Fukushima ?

 

Dans ma chronique du 12 avril 2011, « La planète en fusion ? » (http://www.michel-lerond.com/article-la-planete-en-fusion-71530206.html), j’évoquais ma perplexité, le jour où Louise, ma petite fille, me demanderait ce que j’ai fait pour éviter les drames de l’énergie nucléaire. Réflexions :

L’accident de Fukushima (11 mars 2011) a marqué les esprits. Il s’agit bien là d’un accident lié à la technologie occidentale et de centrales bénéficiant des techniques « les plus sûres », à la différence de Tchernobyl qui était renvoyé à un passé désuet et marqué par un contexte politique peu enviable… L’impact de la catastrophe est d’autant plus fort qu’il concerne les Terriens actuels, mais aussi des générations d’individus qui ne sont pas encore nés.

Mais pourquoi donc avoir construit au Japon 50 réacteurs nucléaires sans prendre en compte les failles sismiques sous-marines dans un archipel très exposé ?? Bien plus qu’après Tchernobyl, la prise de conscience s’est faite que l’énergie nucléaire est un choix de société très fort. Celui-ci doit être fait en fonction des coûts économiques totaux et des risques à long terme ; ce doit être un engagement et non pas un pari sur le futur.

Ainsi ne pas prendre en compte les conséquences sanitaires insidieuses de la contamination de faible intensité pose un réel problème. Par exemple, les cancers des personnels sous-traitants intervenants en zones radioactives (25 à 35 000 travailleurs en France) ne sont pas répertoriés en tant que tels et sont fondus dans les statistiques générales. Dans les pays émergents (en Inde par exemple), la vente de centrales se fait « clés en main » dans un contexte concurrentiel quasi exclusivement commercial. C’est ce qui a expliqué la révolte récente de la population indienne contre la construction de six réacteurs EPR par Areva dans le district de Ratnagiri au sud-ouest de l’Inde. L’Allemagne vient de décider de fermer toutes les centrales nucléaires d’ici à 2022, voilà une sacrée remise en question ! En France, malgré les coups de mentons des dirigeants, un sondage Ifop, publié par le Journal du Dimanche du 5 juin, révèle que 77 % des Français seraient favorables à un arrêt progressif du nucléaire…

La conclusion reviendra à Oriza Hirata, auteur japonais de théâtre (Le Monde du 13 avril 2011) : « La culture japonaise s’est développée autour de l’idée d’une vie en harmonie avec la nature. Contrairement à l’Europe, où la culture est plutôt de la maîtriser. Mais les cinquante dernières années de modernisation du pays nous ont trop donné confiance en la technologie et la science… Mais tout cela ne doit pas faire oublier que la nature reste la plus forte et que nous devons être humbles. »                               A suivre

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30 mai 2011 1 30 /05 /mai /2011 16:11

 

Après des « Grenelle » à tout va et des discours à n’en plus finir, la Stratégie Nationale de la Biodiversité (SNB) a été lancée le 19 mai dernier, sans vraiment convaincre… Le gouvernement se donne 10 ans pour enrayer la destruction des écosystèmes, mais avec une stratégie floue et des financements réduits. Tous les acteurs concernés se sont toutefois engagés sur une « déclaration d’engagement volontaire », à l’exception… des agriculteurs. S’il est vrai que depuis plusieurs décennies le monde industriel a pris à bras le corps les problèmes environnementaux, le Medef reste cependant prudent en s’impliquant « sans contrainte économique ».

Au niveau mondial pourtant, de nombreux pays réfléchissent pour prendre en compte le capital naturel dans la vie économique. En France, la nouvelle SNB va surtout reposer sur les bonnes volontés, plutôt que sur une politique ambitieuse. Une fois de plus c’est l’Union Européenne qui tente de redynamiser le processus : les 27 se donnent 10 ans pour mettre fin à la disparition des espèces et restaurer 15 % des écosystèmes dégradés. Cela pour la valeur intrinsèque de la biodiversité, mais aussi pour « sa contribution à la prospérité économique ». De plus, la biodiversité ne sera plus considérée comme un secteur autonome, mais devra être intégrée aux politiques de l’agriculture, la forêt et la pêche. Ainsi le document officiel prévoyait d’accroître les aides de la PAC conditionnées à des mesures de protection de la biodiversité, avec un objectif de 60 % des terres cultivées. Mais la France s’y est opposée en proposant le seuil de 40 %, et finalement tout chiffrage a été abandonné…

La problématique des pollutions azotées est éloquente à cet égard : l’ « Evaluation européenne pour l’azote » est une étude, rendue le 11 avril après 5 ans de travaux de nombreux chercheurs européens. Elle montre que le coût annuel des dommages causés par l’azote dans l’UE est le double des gains de production générés par ces épandages ! Certes, les pollutions azotées viennent de l’agriculture, mais aussi de l’industrie et de la circulation routière, avec des impacts sur l’eau, la biodiversité et la santé humaine. Les petites anecdotes éclairent parfois les grandes problématiques : au début des années 2000, je recevais un coup de fil discret d’un chercheur de l’Inra à Rennes. Sachant que je travaillais sur l’utilisation des lichens comme bio-indicateurs de qualité de l’air, il voulait savoir si je pourrais faire un travail sur les nitrates dans l’air. Cela n’était pas de ma compétence, mais la motivation de la démarche était intéressante : les mesures faites par l’Inra Rennes étaient très inquiétantes et les résultats avaient été interdits de publication…  Comme disait quelqu’un : l’environnement, ça commence à bien faire !

 

Et plus que jamais d’actualité : « Qu’est-ce qu’on attend ? Chroniques (2008-2009) ». A commander sur http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=31058

150 pages – 13,78 €, ou dans toutes les bonnes librairies.

 

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23 mai 2011 1 23 /05 /mai /2011 08:31

 

L’affaire Dominique Strauss-Kahn a occupé toute la semaine médiatique qui vient de s’écouler. Au-delà du tintamarre retentissant des médias du monde entier, qu’en penser encore ? Ou bien les faits reprochés à DSK sont avérés et il s’agit bien d’une tentative de viol, c’est grave. Ou bien il s’agit d’un complot, la femme de chambre servant « d’appât ». Dans ce cas, d’abord aguicheuse, elle se serait rétractée, piégeant DSK pour l’amener à exprimer ses penchants sexuels. N’est-ce pas alors aussi une tentative de viol ? Ou bien tout est affabulation ?

L’émoi a été considérable et on peut le comprendre, compte-tenu de la chute invraisemblable que cela représente pour un homme au sommet du pouvoir, sombrant instantanément dans des abysses. Certains se sont émus également du peu de considération qui était fait pour la victime. On peut le comprendre également et même peut être l’expliquer : les Français demeurent à la fois monarchistes et révolutionnaires et s’émeuvent plus volontiers du sort des « grands » plutôt que des petits malheurs d’une femme de ménage.

Quand bien même l’hypothèse d’un complot serait-elle un jour validée, il n’en reste pas moins que le comportement de DSK vis-à vis des femmes est pour le moins discuté par de nombreuses personnes. Certaines femmes, qui s’étaient tues jusque là, ont rappelé leurs mésaventures, révélant ainsi un secret de polichinelle. Ce qui signifie que beaucoup de personnes, dans les médias, parmi les politiques, et en particulier au Parti socialiste, savaient, n’ont rien dit et n’ont pas pensé qu’un tel comportement pouvait être incompatible avec une candidature à la présidence de la république. Nous nous apprêtions donc à élire un président « perturbé »… S’il est vrai que les dirigeants d’un pays sont à l’image des peuples, c’est bien sur nous que nous devons nous interroger. Nous les Français, ne serions-nous pas un peu trop phallocrates et misogynes ?

Il ne s’agit pas d’accabler DSK, mais plutôt de s’interroger sur une nouvelle tellement incroyable, pour laquelle les Français préfèrent adopter la thèse du complot, un peu « rassurante » à celle d’un état pathologique. Comme l’a évoqué sur plusieurs médias Serge Hefez, psychanalyste, c’est le spectacle d’une autodestruction qui nous est donné par un homme ambivalent, oscillant entre la construction d’un destin et la jouissance immédiate. Le piège du carré diabolique s’est refermé sur lui : sexe, fric, pouvoir et médias.

Présider un pays est une fonction très difficile, cela requiert des qualités innombrables et un comportement irréprochable. A contrario, cette fonction est certainement incompatible avec certains travers. C’est à nous, électeurs, qu’il revient d’en décider, faute de quoi, nous pourrions bien être nous-mêmes des kamikases…

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17 mai 2011 2 17 /05 /mai /2011 09:03

 

La directive européenne THMPD (Traditional Herbal Medicinal Products Directive) de 2004 est entrée en application le 30 avril 2011, après une longue période de transition. Etant un peu assoupis après avoir, peut être, abusé de tisanes apaisantes, les défenseurs de la médecine naturelle ont vivement réagi à cette nouvelle par force pétitions et manifestations. Sans doute ceux-ci sont-ils coupables de lenteur dans leur réaction, mais on mesure là, une fois de plus, le manque de transparence et de concertation des décisions européennes.

Le but initial, très louable, était de simplifier l’enregistrement d’une substance à effet thérapeutique en fonction de son usage traditionnel. Le résultat est… une usine à gaz qui se révèle très compliquée et très onéreuse (de l’ordre de 60 000 € par produit). Entre autres, l’enregistrement d’un médicament à base de plantes suppose un usage depuis au moins 30 ans, dont 15 au sein de l’UE. C’est ainsi que bien qu’il existe environ 20 000 plantes médicinales dans le monde, dont 1 500 en France, seulement 149 sont autorisées à ce jour, sur les 600 initialement proposées par la Commission.

Sans entrer dans les détails de la polémique en cours, on peut retenir que, certes ce cadre réglementaire contraignant va créer des difficultés pour se procurer certaines plantes européennes, et plus encore asiatiques, africaines ou américaines, mais va aussi remettre un peu d’ordre par rapports aux abus d’administrations nationales ou aux conflits d’intérêts au sein des agences du médicament, notamment en France.

Par contre, la mise en application de cette directive aurait pu être l’occasion de repenser la profession d’herboriste. Bien qu’officialisée en 1778, avec la création d’un diplôme, c’est seulement en 1927 qu’a été fondée l'Ecole nationale d'herboristerie à Paris. Le diplôme de cette école a été supprimé le 11 septembre 1941 par la loi du gouvernement de Vichy qui prévoit que la vente des plantes inscrites à la pharmacopée française est réservée aux pharmaciens et aux herboristes diplômés avant cette date, ce qui condamne la profession.

A l’occasion d’une exposition au Museum de Rouen en 1976, nous l’évoquions dans la brochure d’accompagnement : « Enfin, il faut bien évoquer des falsifications qui prouvent s'il en était besoin que la vente de ces produits doit  être rigoureusement contrôlée. C'est l'objet de nombreux laboratoires de recherche et notamment des facultés de pharmacie. La commercialisation de ces produits pose donc des problèmes qui soucient autant les catégories professionnelles concernées que les consommateurs eux-mêmes. » Cela reste d’actualité, il faut un cadre légal à la médecine naturelle et de vrais professionnels pour la mettre en œuvre. Naturel ne signifie pas sans danger.

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