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  • : Le blog de Michel Lerond
  • : Libre opinion sur les questions d'actualité en environnement et développement soutenable
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  • Michel Lerond
  • Ecologue et essayiste. Dans notre pratique professionnelle, nous avons pu contribuer, notamment, à un meilleur accès à l’information sur l'environnement.

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21 novembre 2010 7 21 /11 /novembre /2010 17:22

       Louis Aragon l’avait affirmé, puis Jean Ferrat l’avait chanté : la femme est l’avenir de l’homme. Notre société, passablement phallocrate, a souvent laissé trop peu d’initiatives aux femmes. En sera-t-il toujours ainsi avec le développement soutenable ?   

    C’est ce qui pourra être discuté lors du colloque régional : « Femmes et Développement Durable ». Ce colloque se tiendra à l’initiative de l’Observatoire des Femmes de Haute-Normandie, le lundi 6 décembre 2010, de 14 h à 17 h, Faculté de droit, 3 avenue Pasteur à ROUEN.

    Il s’agit de sensibiliser les femmes et tout particulièrement les jeunes filles aux questions du développement durable en privilégiant deux questionnements :

    - Existe-t-il une spécificité Femmes /Hommes au regard du développement durable ?

    - Les métiers liés à la  croissance verte offrent-ils des opportunités de formation et d’emploi pour les jeunes filles et pour les femmes dans la région Haute Normandie ?

       La deuxième question s’inscrit tout particulièrement dans le Plan de Mobilisation des Filières et des Territoires du Ministère de l’Ecologie dont l’enjeu est de faire de la croissance verte un levier pour l’emploi. Victimes « privilégiées » des emplois précaires et du chômage, les femmes ne risquent-elles pas de passer à coté de la croissance verte portée par des secteurs encore très masculins  (BTP, Ingénierie….) Quelles incitations, quelles formations doit-on leur offrir pour leur permettre d’accéder plus facilement à ces secteurs porteurs ?

       L’objectif sera d’impliquer les acteurs locaux concernés par ces questions : l’Etat, la Région, les services de l’éducation et de la formation, les filières professionnelles et les entreprises, les associations… et les femmes, en leur donnant l’occasion de s’exprimer sur cette thématique.

       Le colloque sera présidé par le SGAR de la Région Haute-Normandie et la déléguée Régionale aux Droits des Femmes et à l’égalité.                     

      Faut-il rappeler que le principe 20 du Programme d’action de la Conférence de Rio indique que les femmes ont un rôle vital dans la gestion de l’environnement et le développement, leur pleine participation est essentielle à la réalisation d’un développement durable.

Contacts : Marie-Hélène Joyen-Conseil mhjoyenconseil@gmail.com et Bernadette Bras bbras@sfr.fr            

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15 novembre 2010 1 15 /11 /novembre /2010 16:34

 

            Voilà dix ans que Théodore Monod s’est éteint à Versailles, le 22 novembre 2000, âgé de 98 ans. Il est né, en effet, le 9 avril 1902, à Rouen, au numéro 9 de la rue Henri Lafosse. Théodore André Monod fut un scientifique naturaliste et explorateur. Il fut l'un des plus grands spécialistes du Sahara au XXe siècle et produisit environ 1 200 publications, considérées comme des références. []Monod est fils d’un pasteur et théologien protestant dont l'influence spirituelle a beaucoup joué sur leur fils qui fut aussi un humaniste. Monod plaça toujours l’humain au cœur de ses actions. C’est ainsi qu’il prit part aux mouvements antinucléaire, antimilitariste, non violents, de défense des Droits de l'homme et de l'animal, en manifestant toujours beaucoup d’exigence.

Un bref rappel de sa carrière est éloquent. Il entre au Muséum national d'histoire naturelle en 1922 et y soutient sa thèse en 1926. Il découvre le continent africain dans le cadre de missions de recherche, parcourt le Sahara occidental pendant plus de soixante ans à dos de dromadaire ou à pied. Au Mali, il découvre le squelette de l'homme d'Asselar, estimé à - 6 000 ans. Il découvre de nombreux sites néolithiques et des espèces végétales. En 1938, Monod est affecté à Dakar pour créer l'Institut français d'Afrique noire (IFAN) qui, sous son impulsion, devient un très grand centre scientifique. Il est nommé directeur du laboratoire des pêches d'outre-mer au Muséum en 1942, membre de l'Académie des sciences d'outre-mer en 1949 et de l'Académie de marine en 1957. Il est élu à l'Académie des sciences en 1963, considéré par ses pairs comme un des meilleurs spécialistes des poissons et crustacés. Deux genres et 35 espèces végétales, huit genres et 130 espèces animales sont dédiés à Théodore Monod. Il voit pour la dernière fois le Sahara en 1996, avant de perdre totalement la vue, à 94 ans.

A l'occasion du 10ème anniversaire de sa disparition, le Muséum national d'Histoire naturelle rend hommage à Théodore Monod, afin de mettre à l’honneur, en cette année de la biodiversité, l'un des premiers défenseurs de l'environnement (http://www.mnhn.fr) : exposition du 26 octobre 2010 au 17 janvier 2011 au Cabinet d'histoire du Jardin des Plantes ; publication d’un ouvrage sous la direction de Mauricette Berne et Ambroise Monod (La vie de Théodore Monod racontée par ses proches à partir d'archives. Editions Le Chêne, 288 p.).

En 1979, je venais de publier dans la revue Histoire et Nature des « Eléments pour une histoire de la botanique en Normandie ». Théodore Monod fut particulièrement intéressé et me fit connaître à cette occasion un manuscrit relatant le voyage de Messieurs Vaillant et Danty d’Isnard sur les côtes normandes et bretonnes en 1707. Un moment fort !

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9 novembre 2010 2 09 /11 /novembre /2010 08:31

       On vit une époque formidable : tout est devenu écologique ! C’est tant mieux quand cela va au-delà de la simple communication commerciale. Mais attention à la dérive du vocabulaire… En fait, le souci de la protection de la nature, prend ses racines dans un passé bien plus lointain qu'on l'imagine souvent, dès le Moyen Age parfois, à la fin du 19ème siècle plus largement. Bien que l'invention du mot écologie date de 1866, c'est surtout depuis une cinquantaine d'années que ce courant de pensée s'est généralisé.

       Durant les années 1960-70, on parle surtout de "protection de la nature". Pendant les années 1980-90, les termes "environnement" et "écologie" deviennent à la mode et les concepts s'élargissent pour considérer les activités humaines et pas seulement la nature. Le passage aux années 2000, c’est l'émergence d'une culture qui met écologie, social et économie sur le même plan. Dans le même temps le concept s'élargit encore dans deux directions avec la notion de "paysage", vocable qui véhicule un concept plus global, une synthèse entre la nature et les productions humaines et la notion d'"écologisme", terme qui désigne "l'écologie politique" à l'origine de la création de plusieurs partis.

       Les années 2000-2010, c’est la montée en puissance de la notion de développement soutenable, des préoccupations du public liées aux dérèglements climatiques et aux faiseurs d’opinion qui s’en suit. Quelques évènements météorologiques forts ont marqué les esprits et ont suscité questions et réflexions. Un sentiment de peur s’installe, en même temps que celui qu’il est encore temps d’agir, mais qu’il y a urgence.

       On aurait économisé bien des débats stériles si l’on avait distingué l’écologie et l’écologisme (ce qui fut proposé par le CNRS dans les années 1980, mais non appliqué). Il ne faut pas confondre en effet l’écologie, la science qui étudie les relations des êtres vivants entre eux, avec l’homme et le milieu environnant (dont les écologues sont les praticiens), avec l’écologisme, un courant de pensée en faveur de la protection de la nature et de l’environnement (ou écologie politique dont les tenants sont les écologistes). Les deux disciplines sont tout à fait respectables, et souvent complémentaires, mais la désignation des deux thématiques par un même vocable a créé une confusion des esprits. Ce fut le cas par exemple dans l’ouvrage de Luc Ferry  (Le nouvel ordre écologique, Grasset, 1992) où l’auteur tient des propos alambiqués en confondant écologisme avec écologie « profonde » (très dogmatique), allant jusqu’à lui trouver des relents pétainistes et des affinités avec le fascisme hitlérien…       

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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 16:33

           

La fameuse formule « Penser globalement, agir localement » a été reprise et réappropriée par tant de monde que l’on ne sait plus que son auteur en est René Dubos (agronome, biologiste et écologue français, 1901-1982). A l’aboutissement de sa carrière de chercheur, Dubos se réoriente vers l'écologie globale et contribue à préparer, en 1972, le rapport de base de la première Conférence des Nations Unies sur l'environnement de Stockholm. Il est ensuite à l'origine de la création du Programme des Nations unies pour l'environnement.

         C’est bien cet état d’esprit qui préside à une émission de télévision qu’il faut absolument regarder : Global Mag, sur Arte. Du lundi au jeudi à 13h30 (durée 26 mn), Émilie Aubry tient la chronique planétaire de l’environnement.

Ce magazine prend le pouls de la planète et fait de la défense de l’environnement l’affaire de tous en nous emmenant à l’autre bout du monde ou au coin de la rue pour ausculter les maux du village global et pour imaginer ensemble comment y remédier (coproduction Arte France et Capa).

Le site de l’émission comporte un blog (http://global.arte.tv/fr) auquel je collabore désormais en tant qu’Eco-Respondant (Professionnels engagés, bloggeurs militants ou simples curieux du web et de la planète, qui apportent leurs témoignages).

Ainsi, le 26 octobre était publiée la chronique « Qualité de l’air : mieux, mais loin d’être limpide » http://global.arte.tv/fr/2010/10/26/qualite-de-l%E2%80%99air-mieux-mais-encore-loin-detre-limpide/  : Un être humain inspire environ 23 000 fois par jour. Au total, ce sont 15m3 d’air qui circulent dans nos poumons ! Mais on inspire quoi, au juste ? Notre nouvel Eco’respondant, Michel Lerond, a travaillé dans le domaine de l’environnement pendant 35 ans – et étudié notamment la qualité de l’air. Il tire le portrait de ce qui se balade dans nos poumons.

A suivre, chaque jour sur Arte pour l’émission et sur le web pour le blog, à une cadence mensuelle pour ma chronique. On peut revoir l’émission sur le web.

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26 octobre 2010 2 26 /10 /octobre /2010 08:54

 

L’homme se distingue du reste du monde animal, en particulier, par le fait qu’il est conscient de sa mort. Très vite dans sa vie, il comprend qu’il est mortel et se pose des questions métaphysiques. La prise de conscience qu’il puisse y avoir une fin irrémédiable est génératrice d’angoisse. Cette angoisse peut être atténuée, voire supprimée, ou sublimée, si l’on transcende la brièveté de la vie terrestre par la croyance en une vie éternelle, donc au-delà de la mort. S’il existe une force supérieure, un grand architecte, une divinité, un Dieu qui créé et régit tout cela, la vie terrestre n’est plus qu’une étape dans un processus beaucoup plus complexe. L’angoisse est alors atténuée, ou annihilée, par la croyance en Dieu. A l’échelle individuelle, Dieu est calmant, c’est un anti-dépresseur.

L’homme est aussi un animal grégaire qui ne peut vivre seul indéfiniment. Le groupe auquel il appartient fonctionne comme tout groupe animal, avec des dominants et des dominés. La promesse d’une vie éternelle transforme la vie terrestre en un passage obligé, constitué de rites, de souffrances, de servitudes qu’il faut accepter et surmonter pour pouvoir « gagner » cet au-delà. La croyance devient alors religion, s’érige en dogme et ouvre la voie à une mise en servitude des fidèles par rapport à une caste dominante. A l’échelle collective, les religions sont un instrument de pouvoir, un instrument politique, au sens où elles permettent une gouvernance du peuple.

La science répond à la question du comment, mais ne peut répondre à la question du pourquoi. Paradoxalement, Dieu apporte de la rationalité au monde en justifiant le fait qu’il y ait quelque chose plutôt que rien. Les religions elles, apportent de la rationalité à la société en l’organisant et en évitant, ou limitant, les conflits les plus sauvages. Cela relève de la philosophie, c’est un choix individuel et collectif.

Chacun est libre de ses croyances, ce qui ne doit pas pour autant remettre en cause des faits avérés comme l’évolution des espèces, démontrée par les découvertes paléontologiques. Certes l’évolutionnisme reste perfectible, mais le créationnisme constitue, lui, un dogme affirmé sans fondement autre que la croyance en un concepteur d’ordre supérieur. On est proche alors du totalitarisme idéologique le plus détestable. Quoi qu’il en soit, les religions resteront un facteur parmi d’autres de l’évolution des sociétés humaines, en proposant des points de repère et des réponses aux interrogations existencielles.

Pour ma part, rationnel comme je suis, à la certitude des religions qui ne peut être démontrée, je préfère le charme des incertitudes de la nature.

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19 octobre 2010 2 19 /10 /octobre /2010 09:14

 

        L’Académie des sciences publie un dossier intitulé « Libres points de vue d'Académiciens sur la biodiversité » (www.academie-sciences.fr/actualites/textes/points_vue_07_07_10.pdf), à l’occasion de l’Année internationale de la biodiversité. Ce dossier présente les réponses de différents membres de l’Académie, aux questions suivantes : Qu'est-ce que la biodiversité ? Quelle est l'importance écologique de la biodiversité ? Quels sont les principaux bénéfices de la biodiversité pour les hommes et leurs sociétés ? Quels sont les faits nouveaux qui suscitent des inquiétudes chez les scientifiques ? L'homme et la biodiversité. Qu'en est-il pour la France ?

         Près de 2 millions d’espèces animales et végétales ont été décrites pour un nombre réel de l’ordre de 10 millions. La diversité écologique est issue de l’évolution, ce qui explique que des espèces et des écosystèmes apparaissent ou disparaissent au fil du temps. Mais le rythme de disparition semble s’être accéléré à l’époque contemporaine, du fait de l’expansion démographique humaine, de la destruction des habitats naturels, de la surexploitation des ressources naturelles, des pollutions et espèces invasives et des changements climatiques. La Conférence des parties de la convention sur la diversité biologique (CDB) des Nations Unies s’était fixé, en 2002, l’objectif de réduire de façon significative la perte de biodiversité d’ici à 2010. Cet objectif n’a pas été atteint. Au contraire, la perte massive de biodiversité (forêts, lacs, récifs coralliens, notamment) a commencé et va entraîner une réduction forte des services rendus par les écosystèmes aux sociétés humaines. Des actions urgentes et d’une ampleur sans précédent sont donc nécessaires, c’est dans cette perspective que le 11 juin 2010, a été créée la plate-forme inter-gouvernementale d’interface science-politique sur la biodiversité et les services rendus par les écosystèmes (IPBES), soit l’équivalent du GIEC pour le climat.

Ce qui frappe à la lecture, c’est le consensus extrêmement large sur le fait que la biodiversité est indispensable à la survie de l’homme, qu’elle est menacée et qu’il est urgent de prendre des mesures drastiques. C’est ainsi que, dans cette semaine à Nagoya, au Japon, lors d’une conférence de l’ONU, la protection de la biodiversité sera un enjeu essentiel, dans la mesure où la disparition des espèces et écosystèmes à un rythme accéléré pénalise en premier lieu les populations les plus pauvres.

Pour qu’un message aussi simple et primordial puisse trouver écho auprès du grand public, je ferai mienne la formule de Robert Barbault, écologue au Museum national de Paris, cité dans le dossier : « La biodiversité, c’est le passage du concept de l’homme et la nature à celui de l’homme dans la nature à tous égards, pour le meilleur et pour le pire ».

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12 octobre 2010 2 12 /10 /octobre /2010 08:18

 

Après 2010 l’année de la biodiversité, voici 2011, l’Année internationale de la chimie. Voilà une bonne occasion de s’interroger sur le sens des mots. Que n’a-t-on entendu dire du mal de la chimie. A bas les produits chimiques et vivent les produits naturels ! Oui, bien sûr, mais que signifient vraiment ces expressions ? Dans le langage populaire, produit chimique rime avec pollution et toxicité, alors que produit naturel s’accorde avec bienfaits et santé. Mais voilà, un produit chimique comme le chlore est abondant dans la nature, en lien direct avec le sel de table, nécessaire à de nombreuses formes de vie ; et un produit naturel, comme la pomme de terre peut produire des fruits très toxiques (à ne pas confondre avec les tubercules que l’on mange). Autre exemple troublant, l’if commun est au arbre fréquent sur les sols calcaires. Toute la plante est toxique (200 mg/kg suffisent à tuer un cheval) sauf la minuscule baie. En 1971, les chimistes ont isolé une molécule, le taxol, puis en 1980, le taxotère encore plus efficace pour soigner certains cancers. On pourrait ainsi multiplier les exemples montrant la dualité des produits chimiques ET naturels, ou l’inverse. De fait, la chimie est présente partout, discipline à la frontière de la biologie dont il est parfois difficile de la dissocier. Ainsi, la chimie de synthèse, sans doute la plus redoutée du grand public, offre la possibilité de créer des substances plus performantes que celles issues directement de la nature.

Bien sûr, la mauvaise réputation de la chimie est une rémanence d’accidents dus parfois à un manque de précaution, voire des négligences. Les accidents de Bhopal (explosion d’une usine de pesticides en Inde en 1984, faisant entre 3 500 et 25 000 morts selon les sources) ou d’AZF (explosion d’un stock de nitrate d’ammonium à Toulouse en 2001, faisant 30 morts et 2 500 blessés) sont dans toutes les mémoires, par exemple. En ce moment même, la rupture d’un réservoir dans une usine de production d’aluminium, en Hongrie, résulte sans doute de l’effet conjugué de fortes pluies et de négligences de l’industriel…

Sans doute des progrès peuvent-ils être encore réalisés, mais la profession de la chimie française, globalement consciencieuse, est soucieuse aussi de son image. C’est pourquoi, en 2009, une charte déontologique a été signée qui l’engage à « améliorer constamment la connaissance de l’impact des substances chimiques sur la santé et l’environnement ». A cette démarche volontaire, s’ajoute un cadre réglementaire très strict (le programme européen REACH de 2006, entre autres) pour la gestion des substances chimiques afin de les enregistrer, les évaluer et les autoriser ou non sur le marché. Puisse la chimie être associée à l’idée de santé de l’environnement ET santé des citoyens ; à chacun de faire un effort de sémantique pour ne pas tout mélanger.

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5 octobre 2010 2 05 /10 /octobre /2010 08:09

 

         Du fait de son essor, le bloc asiatique laisse souvent perplexe, bien que de nombreux signes nous rendre optimistes. La Chine, qui prévoit un milliard de citadins pour 2030, semble entraînée vers toujours plus de croissance. Mais, dans le même temps, les écocités se multiplient, les règlements et incitations poussent au recyclage, ce sont autant de possibilités de réelles avancées. Voir aussi « Une Chine écolo ? » www.michel-lerond.com/article-20514236.html  Plus étonnant encore, le gouvernement chinois n’hésite pas à contraindre les industries les plus énergivores (2 087 usines en août 2010), allant jusqu’à couper l’électricité en cas de non respect des consignes. La multiplication des affaires liées à la pollution a fait prendre conscience du facteur d’instabilité sociale qu’elle représente. Certes les défis à relever sont immenses, mais la Chine semble avoir compris le double intérêt environnemental et économique que représentent les énergies alternatives, les véhicules hybrides ou électriques et l’économie décarbonée.

De même, en Inde, le gouvernement n’hésite plus à bloquer, voire annuler, des projets industriels. C’est ainsi une centaine de projets qui ont été annulés en 2009, suite à des études d’impact environnemental, en raison des effets négatifs sur la biodiversité, la qualité de l’air ou la sécurité de la population. L’industriel minier français Lafarge a découvert cette nouvelle politique, à ses dépens.

          La Russie n’est pas en reste. Longtemps à des années lumière des préoccupations environnementales, voilà que des mesures sont prises pour économiser l’énergie, informer les téléspectateurs sur les problèmes écologiques ou anticiper les risques liés au réchauffement climatique. Suite à la canicule de l’été 2010, le pouvoir en place a pris conscience de la vraie dimension politique du mouvement écologiste russe… qui pourrait devenir menaçant. C’est ainsi que le 26 août, le président russe a fait stopper la construction de l’autoroute Moscou-Saint Pétersbourg parce qu’elle détruisait 144 hectares de forêt. Opportunisme ou changement de cap, ou les deux ?

          Plus à l’Est encore, le Japon s’interroge sur son déclin économique et prend conscience des bienfaits d’une croissance modeste, fruit d’une économie relocalisée.

          Quoi qu’il en soit, la route sera longue et cahotique vers un équilibre environnemental, mais l’espoir est là. Cela ne se fera pas sans réformes des systèmes politiques. La préservation de l’environnement suppose que les citoyens soient associés aux décisions, que le pouvoir soit partagé, en un mot que la démocratie fonctionne ; c’est ce que viennent de rappeler journalistes, universitaires et la prestigieuse Académie des sciences sociales, au pouvoir chinois.

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27 septembre 2010 1 27 /09 /septembre /2010 18:11

 

Il est d’usage dans les villages qu’une quête soit faite à l’occasion d’un mariage pour aider financièrement telle ou telle association. Lors de notre mariage, en 1967, mon épouse et moi avions proposé que l’argent de la collecte soit envoyé à l’Unesco pour le comité de lutte contre la faim, ce qui fut fait, même si bien peu de gens connaissaient l’Unesco et encore moins imaginaient que quelque part on puisse mourir de faim…

Dans notre grande naïveté, nous pensions que cette œuvre charitable contribuerait à faire que ce fléau ne soit bientôt plus qu’un lointain souvenir. Plus de 40 ans plus tard, la faim est toujours là et nous avons même dépassé le milliard d’affamés sur la planète en 2009. En 2005, la FAO (Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) estimait le nombre de sous-alimentés à 870 millions. Ils étaient 923 en 2007 et 963 en 2008, alors que « l’Objectif du Millénaire » était de ramener ce nombre à 420 millions en 2015. L’échec est avéré, même si l’année 2010 marque un léger recul à 925 millions, en raison d’une conjoncture favorable. Ce sont l’Asie (578 millions d’affamés) et l’Afrique subsaharienne (239 millions) qui sont les plus touchés. Mais on compte aussi 53 millions de sous-alimentés en Amérique latine, 37 millions en Afrique du Nord et Proche Orient, et 19 millions dans les pays développés (chiffre en augmentation).

La FAO n’a cessé de préconiser l’investissement dans l’agriculture et un soutien aux petits producteurs, pour assurer la consommation locale plutôt que développer les exportations vers les pays développés. Ces préconisations sont suivies, en partie, par exemple pour promouvoir en Afrique l’agroécologie, une agronomie qui s’appuie sur des bases écologiques et vise en priorité les cultures vivrières. Il faudrait aussi pouvoir recréer des marchés régionaux, pour ne pas tout sacrifier à la mondialisation voulue par l’Organisation mondiale du commerce et limiter les rachats de terres par des opérateurs étrangers pour produire des agrocarburants destinés aux pays européens… Sans doute faudrait-il également éradiquer la corruption qui sévit, ici ou là. Ainsi, l’Inde croule sous les réserves de riz et de blé, mais la distribution est minée par la corruption au point de laisser périr 11 millions de tonnes de céréales ! Alors que le pays s’enrichit, la moitié des enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition.

Outre les aspects organisationnels et le retour à l’agriculture vivrière, il faudra aussi s’interroger sur la nature des produits alimentaires. Ainsi, la substitution de larve d’insectes à la viande et au poisson est une piste envisagée par la FAO pour espérer nourrir 9 milliards de Terriens en 2050. Les insectes présentent un meilleur rendement et demandent moins d’eau. Un congrès international d’ « entomophagie » est même prévu pour 2012.

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21 septembre 2010 2 21 /09 /septembre /2010 08:13

 

Le monde est devenu si complexe que chaque individu doit, en permanence, s’en remettre à la compétence des autres, y compris pour des choix simples de la vie de tous les jours. C’est alors que croît le doute, entre information et intoxication, entre besoins nouveaux et publicité commerciale ou entre vérité scientifique et charlatanisme… Les moyens de communication ou de déplacement nous donnent une impression de liberté et d’autonomie immense, encourageant en cela un individualisme exacerbé, alors que nous sommes dans une dépendance de plus en plus forte de ceux qui maîtrisent ces techniques ou qui ont un avis autorisé sur l’évolution de la planète. Cette situation génère des tensions, tant sur le plan politique (voir aussi http://www.michel-lerond.com/article-entendez-vous-dans-les-campagnes-56211750.html), que sur le plan de la vérité scientifique, nécessairement partielle et provisoire. C’est donc sur la confiance, ou pas, que se fonde notre vision de l’avenir. Alors que le futur est à inventer, après les génocides et dégradations environnementales du 20ème siècle, une peur diffuse s’installe. Ni la politique, ni la nature ne nous ont apporté le réconfort attendu, mais au contraire ont mondialisé nos angoisses, généralisant une crainte de l’avenir, notamment chez les jeunes.

Cet état d’esprit est particulièrement prégnant à propos du débat sur le climat. Dans une société qui a fait du progrès technologique une quasi religion, peut-on accepter de réparer les dégâts des modifications climatiques en réduisant notre consommation, de prévenir les catastrophes en gérant la nature avec économie ? Le plus simple est peut être de douter… pour ne pas décider.

Le tintamarre médiatique traduit mal les enjeux majeurs relatifs au climat, à la biodiversité ou au développement économique des sociétés humaines et permet difficilement de comprendre les interrelations entre ces enjeux. La tentation est alors grande pour le citoyen mal informé de rejeter tout en bloc en critiquant « allègrement » tous ces slogans partisans. Le schéma de pensée dominant est en fait toujours le même : il faut croire à la capacité de progrès technique, ne laissons pas s’installer l’obscurantisme, on finira par trouver des solutions, la nature est faite pour être asservie, etc. Les tenants du rationalisme scientifique, peu enclins à se remettre en cause, doivent bien l’admettre : l’optimisme, c’est anticiper les problèmes d’un monde fini pour tenter de les résoudre, plutôt qu’attendre de s’y trouver confronté, sans solution adaptée et à temps, dans un monde que l’on croyait infini.

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