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  • : Le blog de Michel Lerond
  • : Libre opinion sur les questions d'actualité en environnement et développement soutenable
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  • Michel Lerond
  • Ecologue et essayiste. Dans notre pratique professionnelle, nous avons pu contribuer, notamment, à un meilleur accès à l’information sur l'environnement.

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19 décembre 2021 7 19 /12 /décembre /2021 08:23

Il est des moments où la vie de chacun est un peu le reflet de l’évolution du monde. Ainsi cette petite nouvelle qui, dans un contexte anxiogène de crise écologique, nous fait espérer en l’avenir.

L’hiver a été assez banal, si ce n’est qu’il n’a quasiment pas gelé. En ce début mars, c’est le printemps avant l’heure. Les belles journées ensoleillées sont prometteuses et me procurent un vrai plaisir après tous ces mois difficiles. Moi, Adrien, je suis veuf depuis quelques mois après des années de galère en tant qu’accompagnant de mon épouse très malade. Rongé par le chagrin, je suis resté dans notre maison du Point du Jour, une maison que nous avons refaite entièrement et qui trône dans un parc-jardin d’un hectare. Autant dire que ce havre de paix procure toutes sortes de petits plaisirs, rien qu’à observer toute la faune et la flore qui réside là, sur cet espace diversifié tant dans sa topographie que dans son agencement.

Cette maison est un peu isolée par rapport au village. Elle est placée sur une légère élévation, bordée au nord par un ancien chemin communal très creux. A l’ouest, un autre chemin communal abandonné est lui aussi en creux. A l’est, une voie ferrée désaffectée depuis des décennies est en déblai à cet endroit et enfin, au sud, le terrain s’affaisse progressivement jusqu’au bord de la rivière. Autant dire que cette maison, bien que modeste, a des allures de donjon au milieu de sa basse-cour… Voilà plus de trente ans que j’habite ici, et flirtant maintenant avec une grande tristesse, je n’ai pu me décider à partir. Solitaire de nature, je préfère demeurer seul dans ce petit paradis qui demande tant de sollicitude pour en garder l’esprit et qui m’apporte tant de réconfort, au contact de la nature.

A notre arrivée, il n’y avait que sept arbres et des haies très dégradées tout autour du terrain, en raison de leur dominante en ormes, malades de la graphiose. Dès le départ, j’ai cherché à reconstituer une ambiance bocagère à petite échelle : le verger agrémenté d’espaces plus ouverts, la prairie et le jardin de fleurs devant la maison. Le but était que l’ensemble permette, à terme, de bénéficier de contrastes entre ombre et lumière et d’échappées visuelles pour apercevoir les limites du terrain. Maintenant, après nombre de plantations et quelques efforts, les résultats sont là avec une petite réserve de biodiversité, bien riche du fait d’une gestion aussi naturelle que possible. Une quarantaine de plantes ont pu être identifiées dont plusieurs espèces d’orchidées, mais aussi de nombreux insectes et une soixantaine d’espèces d’oiseaux. Sur un si petit territoire, cela ressemble à un paradis où il fait bon vivre, même seul. Je n’ai que des besoins modestes pour la nourriture que je me procure à l’épicerie du village en complément du potager. Je stocke au maximum la nourriture pour n’avoir à sortir qu’une ou deux fois par semaine. J’ai peu de contacts avec l’extérieur, mais j’ai largement de quoi m’occuper avec la gestion de mon paradis personnel. Il fait toujours très beau, et même un peu chaud pour cette fin d’hiver. C’est très agréable mais cela me soucie un peu. De nombreuses plantes et arbustes sont en pleine explosion et semblent déjà manquer d’eau. Je ne vais tout de même pas arroser dès le mois de mars. J’ai toujours appliqué le principe selon lequel il ne faut pas trop cajoler les plantes, cela pourrait les rendre paresseuses. Il faut qu’elles s’assument et qu’elles soient autonomes.

Nous voilà à la date officielle du printemps et il n’a toujours pas plu depuis fin février. Eh là-haut, faudrait nous arroser un peu ! L’avantage de cette situation est que la tonte du gazon pourra attendre. Mais, inversement, l’herbe est pâlotte et semble déjà jaunir légèrement. J’ai préparé le potager pour quelques semis, mais je dois retravailler la terre régulièrement, tant elle est sèche et peu propice à la germination des graines.

Avril passe, puis mai. En mai fait ce qu’il te plaît. Oui d’accord, mais voilà trois mois que nous n’avons pas eu une goutte de pluie. C’était bien la peine de nous seriner avec « la Normandie où il pleut tout le temps ». Mon frère qui habite le Midi en a marre de la pluie qui revient sans cesse ! Il fait une chaleur déroutante et on atteint les 25, 27°. On se croirait en plein été, bien que le vent reste assez froid. Selon que l’on se trouve au soleil ou à l’ombre, il fait une chaleur étouffante ou bien on remettrait bien un pull… L’herbe est sèche et les arbres jaunissent. Les arbustes et de nombreuses plantes sont à bout. J’arrose un peu, en dérogation à mes principes, mais je ne peux pas arroser tout sur un terrain aussi grand. En juin, voilà enfin quelques gouttes, mais insignifiantes et puis la température fraîchit. Il y a même à la mi-juin un sacré coup de froid. Le thermomètre flirte avec le zéro. C’est quoi cette pagaille ? Nous voilà en juillet avec une température de saison, si ce n’est plus, mais sans eau. Ce qui aurait pu être bon pour la moisson et les fruits est en fait un ratage. La sécheresse a ralenti la croissance des plantes et les récoltes seront bien médiocres. Mon potager ne va pas suffire à me nourrir. Par précaution, je fais le maximum de réserves avec mes achats à l’épicerie villageoise. Le mois d’août, celui prétendument des vacances, est en cours et pas de flotte. Cela devient inquiétant. J’entends aux infos que cette sécheresse existe sur une grande partie du territoire national, les agriculteurs et maraîchers se disant « étranglés », les professionnels du tourisme au contraire, ravis de cette situation excellente pour leur business.

Septembre, la rentrée, et toujours pas d’eau, si ce n’est quelques petites averses qui évitent que tout crève. Partout, à la radio, la télé, ou avec le peu de contacts que j’ai au village, on entend parler de catastrophes naturelles, de sinistres et de nécessité d’indemnités. Courant octobre, enfin arrive la pluie. Des averses ordinaires d’abord, puis très vite des pluies intenses, diluviennes, qui accompagnent des bourrasques de vent, de véritables tempêtes. Le vent souffle avec une force inhabituelle et courbe les arbres de façon inquiétante. Réfugié dans mon « donjon » je regarde tout cela avec une grosse angoisse. Le bouleau en face de la maison est souple, certes, mais jusque quand va-t-il résister ? Il plie de façon incroyable et à tout moment je crains qu’il ne casse. Quel dommage alors. Mais la toiture va-t-elle tenir ? Les bourrasques font un bruit comme je ne l’ai jamais entendu. Ces épisodes de tempête durent deux ou trois heures, parfois moins, avec une violence que je ne connaissais pas jusque-là.

Je me sens seul, et me pose la question de quitter cette maison isolée. Mais pour aller où, chez qui, faire quoi ? Le mieux est peut-être d’attendre ici que les éléments se calment, que la nature de mon petit paradis retrouve sa sérénité. Cette séquence dure quelques semaines puis les éléments se calment. Enfin. Quelle frayeur et quelle inquiétude pour l’avenir. Mais heureusement la maison n’a pas subi de dommages. Tout est en état, si ce n’est l’allure pitoyable de nombreuses plantes. Le mois de novembre s’écoule tranquillement, de même que l’hiver qui suit. Assez ordinaire à nouveau, si ce n’est beaucoup de douceur et un mois de février presque chaud. C’est à n’y rien comprendre… Eh bien mon pote, depuis un an c’est n’importe quoi en matière de météo ! Espérons qu’avec l’arrivée du printemps, les choses vont revenir à la normale. Mais tiens, qu’est-ce qui voltige ? Mais oui, c’est de la neige. Le temps chaud s’est bien rafraîchi depuis hier et pour cette nuit, le thermomètre a indiqué une vraie chute de la température. Il neige maintenant abondamment, en plein mois de mars. Tout est blanc, je ne vois plus l’extrémité du jardin. Et là je rêve, mais non, il y a déjà 5cm de neige sur la table de la terrasse. C’est l’heure d’aller se coucher, on verra demain.

Ce matin, tout est blanc, c’est magnifique. Mon petit paradis a des allures de contrée magique, tout est d’un silence incroyable, presque angoissant, je suis toujours dans mon jardin, vraiment ? Ce ne serait pas le ciel ici par hasard ? Quel calme, quelle sérénité. Je me hasarde à faire quelques pas dehors et là, stupeur. Il y a au moins 30 à 40 cm de neige, en une seule nuit. On n’a pas vu cela depuis des décennies. Il y a quelques jours, on atteignait les 20° et maintenant, je regarde le thermomètre, wouah – 8°. Cela fait 28 de chute, ce qui explique ce petit air frais… La neige se maintient quelques jours et la température remonte progressivement. Le soleil revient, fait fondre la neige et bientôt, le jardin est une pataugeoire dans laquelle il ne faut mieux pas trop s’aventurer. La terre est boueuse et glissante. Toutefois le beau temps semble revenir avec de très belles éclaircies qui sentent bon le printemps.

Mais voilà que la pluie revient, tombe dru et perdure pendant plusieurs jours. Les pluies sont de plus en plus abondantes, au point d’en devenir inquiétantes… Il est devenu quasiment impossible de sortir de la maison, non pas seulement parce qu’il pleut, mais parce que les chemins et fossés qui entourent la maison sont quasi remplis. Le Point du Jour est en train de devenir une île ! Devant la maison, le terrain qui glisse en pente douce vers la rivière est maintenant largement recouvert et me voilà donc totalement isolé ! Je reste ainsi enfermé dans mon royaume pendant plusieurs jours jusqu’à ce qu’enfin, le niveau de l’eau semble baisser légèrement. La décrue est lente et le sol réapparaît très progressivement. Depuis mes fenêtres, je finis par revoir l’herbe, enfin ! Puis j’aperçois le chemin qui mène de la maison au village. La solitude totale est devenue pesante et je me laisse tenter par une petite escapade à l’extérieur.

Je sors de la maison avec de grandes bottes. La terre est boueuse comme jamais et je prends garde de rester sur le petit chemin empierré qui refait surface. J’aborde le portail d’entrée et je découvre le chemin qui mène au village, encore en partie couvert par l’eau. J’avance un peu pour tester la possibilité de rejoindre le village… Et à ce moment, j’aperçois au loin une silhouette, capuchonnée, qui semble venir par ici. J’avance encore et la silhouette et moi nous rapprochons. Il semble bien que ce soit une femme… Mais oui c’est elle, je la reconnais enfin, me fige pendant que Marguerite avance encore. Elle est là, devant moi, elle est venue telle une bonne fée.

 

Nous nous regardions en silence. Ce moment dura une éternité. Nos yeux dialoguaient, s’amadouaient, s’emmourachaient. Sans rompre le silence, nos bras s’allongèrent et s’ouvrirent pour nous entourer mutuellement. Le Point du Jour se réveilla, le soleil revint et l’amour était là. C’était la journée Marguerite et la vie continuait !

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12 décembre 2021 7 12 /12 /décembre /2021 09:15

Les colloques et conférences sur l’environnement, à tous niveaux, se multiplient et la médiatisation de ces évènements bat son plein ! C’est une bonne nouvelle, mais… beaucoup de discours, et les actes ? Ceux qui agissent ne sont pas forcément les plus visibles, mais sans doute les plus porteurs d’avenir. En voici quelques exemples significatifs, pris au hasard, un peu partout :

Malaunay, ville de 6 000 habitants de Seine-Maritime, s’est engagée depuis 2012 à réduire son empreinte écologique : plats bio et locaux à la cantine, flotte de véhicules municipaux propres, etc. Elle vient de lancer un atlas de la biodiversité communale afin de formuler des préconisations d’avenir, initiative reprise par d’autres communes de la Métropole Rouen Normandie. Cette Métropole a pris la décision récente de renaturer l’Ile Lacroix et ses berges et d’y créer un jardin. Ce projet associe directement les habitants de tous âges, origines ou statuts. Par ailleurs, elle renonce à l’extension de la ZAC du Madrillet, prévue sur 62 hectares de forêt péri-urbaine. Il n’en sera construit que 5 ha, afin de protéger la forêt de coeur de métropole.

La communauté Urbaine du Havre Seine Métropole prépare son PLUI (Plan local d’urbanisme intercommunal), un exercice de prospective qui doit s’inscrire à l’horizon 2050. Dans ce cadre, les élus préparent un plan climat pour agir à titre préventif. Voies navigables de France et Haropa Port (Port du Havre-Rouen-Paris) coopèrent pour le développement du transport fluvial sur la Seine, afin de décongestionner la route et polluer moins.

Le département du Calvados n’accorde des aides financières aux collectivités locales qu’en fonction de critères d’éco-conditionnalité dans le souci d’utiliser des services ou matériaux respectueux de l’Homme et son environnement et économes en énergie, à savoir énergie bien sûr, mais aussi eau, déchets, nuisances, déplacements, etc.

En Europe, la Norvège arrive en tête du classement des pays les plus avancés en la matière avec, entre autres, la promesse d’atteindre un bilan « zéro carbone » à l’horizon 2030. C’est dans ce contexte qu’elle s’oppose à de nouveaux forages pétroliers et investit massivement dans les énergies renouvelables.

Sous l’égide de l’Union Africaine, l’Agence Française de Développement soutien le projet de Grande muraille verte, afin de lutter contre la désertification en créant une mosaïque d’écosystèmes et de territoires verts et productifs au Sahel. Cette « réparation » des conséquences du dérèglement climatique doit reverdir 8 000 km sur 11 pays d’Afrique, soit 100 millions d’hectares de terres dégradées, afin de « bloquer » l’avancée du désert.

Bravo à ceux qui font ! On avance, malgré tout.

 

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5 décembre 2021 7 05 /12 /décembre /2021 08:49

La transition énergétique est devenue une préoccupation réelle des décideurs, entreprises et collectivités, même si les réalisations ne sont pas toujours à la hauteur des discours… Certes on imagine de mettre au rencart les énergies fossiles, afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre, et de développer les énergies dites renouvelables et le nucléaire. Des solutions innovantes sont recherchées, tant du côté de l’éolien, du photovoltaïque ou de la méthanisation, sans doute en faisant une prospective un peu amputée… Pour qu’une solution soit fiable pour atteindre la neutralité carbone, encore faut-il prendre en compte l’ensemble de la filière avec matières premières, construction, recyclage, etc. et là… les résultats sont souvent à nuancer ! Toute cette réflexion reste guidée par le souci de répondre à l’accroissement de notre consommation d’électricité et reste enfermée dans l’entêtement d’une logique productiviste. La relance du nucléaire en est une bonne illustration avec une « indépendance » énergétique totalement illusoire et sans prendre en compte véritablement les questions économiques et industrielles que cela suppose, comme on le constate avec l’EPR de Flamanville (11 ans de retard et un budget passé de 3,3 à 19,1 milliards d’euros !)...
          Faut-il le répéter encore, le système actuel est au bout du rouleau. Pour surmonter cette crise profonde et durable, ne faudrait-il pas mieux préconiser la sobriété énergétique ? Nous pouvons, en effet, dépenser moins d’énergie individuellement et collectivement, en réduisant le gaspillage, mais aussi avec des mesures réellement innovantes. Bien sûr il faut réduire l’usage de la voiture individuelle et des camions et relancer le secteur ferroviaire, notamment pour les marchandises (proposition 4 de « Les clés de notre avenir). Il faut aussi repenser les constructions et l’urbanisme (propositions 11, 12 et 20) et bannir l’obsolescence programmée (proposition 52). Il faut être attentif à l’agriculture, son industrialisation ayant montré ses limites (propositions 53 et 54).

          Plutôt que raisonner à partir de nos consommations actuelles et leur progression supposée, il faudrait partir des usages et besoins réels, de nos modes de vie et des impacts des moyens de production. Le choix politique fort à faire est bien celui de la sobriété, souhaitons que la prochaine élection présidentielle permette d’amorcer ce virage ! Les virages en courbe douce peuvent être moins dangereux que les lignes droites !

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28 novembre 2021 7 28 /11 /novembre /2021 08:38

Pendant des siècles, alors que certaines civilisations non occidentales vivaient dans un système où l’homme faisait partie de la nature et où leur séparation n’aurait eu aucun sens, notre monde occidental a vécu dans un dualisme opposant la nature et la culture, encouragé en cela par certaines religions : « croissez et multipliez ». Sous la dominance du monde occidental, ce système de pensée a largement gagné toute la planète, avec cette idée centrale que l’homme était maître du monde et pouvait user de la nature sans limite. On mesure maintenant les dégâts de cette idée fausse, et l’ancien concept de la nature est maintenant obsolète. Bien que cette consommation à tout va ait permis une certaine prospérité à de nombreuses populations, notre système semble bien dans l’impasse.

Comment faire pour garder les acquis des siècles passés, sans détruire la planète ? Ne serions-nous pas devenus trop dépendants de la technologie et des consommations abusives qu’elle suscite ? Il nous faut trouver une nouvelle façon d’habiter la Terre. Nous sommes dans une illusion d’autonomie, alors que nous sommes très liés aux écosystèmes. Nous devons changer de culture à l’égard du monde non humain. Il faut réapprendre, à vivre mieux avec les plantes et les animaux. Il faut écouter fraternellement le monde vivant. Ce changement de paradigme ne signifie aucunement un retour à l’état sauvage, mais plutôt une élévation vers plus de bon sens, d’intelligence, de solidarité humaine. Bien au contraire, ces évolutions importantes vont nécessiter plus de connaissances de notre milieu de vie, plus de science et donc la mémoire du passé, qu’il s’agisse de succès ou d’échecs. La crise de la Covid-19 que nous traversons a une vraie dimension scientifique en ayant démontré que, devant l’urgence, des vaccins ont pu être créés très rapidement pour faire face au Corona virus.

Il s’agit donc maintenant de sortir de notre pensée étriquée, de considérer ce qui nous entoure, de procéder à un remaniement de notre rapport au monde. Pour ma part, je veux continuer à habiter la Terre ! Cette idée me poursuit depuis les années 1960 : « J’avais alors le souci de définir le naturalisme. L’homme est issu de la nature et ne peut vivre sans elle. C’est donc la preuve que la nature doit être prise pour première référence aux choses de la vie. C’est cela le naturalisme, admettre l’unité et la diversité du monde naturel. Je pensais que ce n’était pas obligatoirement avoir des connaissances abondantes et précises en histoire natu­relle, mais peut-être plus simplement une façon de penser et d’agir en fonction de la nature, en accord avec elle. ». (Faire passer le message- Persée, Paris, 2018.- 158 p. - 14€20).

 

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21 novembre 2021 7 21 /11 /novembre /2021 09:31

Repenser l’économie c’est peut être d’abord repenser notre consommation et en premier lieu la nourriture. Nous avons souvent insisté sur le lien intrinsèque qui existe entre dérèglement du climat et érosion de la biodiversité. Les changements climatiques ont une incidence sur les écosystèmes, mais inversement ceux-ci stockent le carbone et réduisent ainsi le réchauffement. Cela renvoie immédiatement à notre consommation, qu’il s’agisse d’énergies et matières industrielles, mais aussi à notre alimentation.

Que peut faire chacun de nous ? Beaucoup assurément, par des gestes simples qui prennent tout leur sens s’ils sont répétés des millions de fois. Bien sûr chacun peut trier ses déchets pour en faciliter le recyclage, chacun peut consommer moins d’énergie en réduisant un peu le chauffage ou surtout ses déplacements en voiture. On peut être efficaces aussi, selon les choix que nous faisons pour nos achats de nourriture. Si l’on fait ses courses près de chez soi, en achetant des produits en circuits courts, c’est évidemment beaucoup mieux que d’aller loin pour acheter des produits importés d’un peu partout…

C’est ainsi que la Ferme des Verguis, en plein cœur du Pays de Bray à Haussez (76), basée sur la polyculture et l’élevage, a ouvert une charcuterie à la ferme, maîtrisant toute la chaîne de la naissance à l’assiette. La ferme des Authieux, à 25 km de Rouen, entre Cailly et Clères (76), s’est spécialisée dans la cueillette libre de fruits et légumes. Les magasins en vente directe se multiplient en France, avec parfois des labels comme « Bienvenue à la ferme » avec le soutien des chambres d’agriculture. Ce réseau compte maintenant 8 000 adhérents. D’autres réseaux comme « Mangez fermier », avec plus de 4 500 boutiques à la ferme, connaissent aussi le succès. On y gagne en proximité et en rémunération équitable des agriculteurs. Il aura fallu beaucoup de temps pour en arriver à cette évidence, mais on y est, les circuits courts ont le vent en poupe !

Ces nouveaux modes de distribution privilégient un mode de consommation locale et plus équitable qui permet de redynamiser les petites exploitations agricoles, avec une contribution éclairée des consommateurs pour respecter la saisonnalité des productions, accepter des produits moins calibrés, admettre des prix plus ajustés et anticiper les courses pour ne pas avoir à acheter à la hâte des produits sous vide. Si on constate là un réel progrès, la multiplication des lieux de vente directe présente toutefois l’inconvénient de sa dispersion géographique, ce qui oblige à de nombreux déplacements selon les produits que l’on recherche. Là encore, on évolue avec la création de points de vente collectifs qui peuvent réunir plusieurs dizaines de producteurs, issus d’un périmètre très limité, et qui offrent une grande variété de produits alimentaires, comme le fait la Ferme des Authieux. En somme, voilà les supérettes de produits de proximité.

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14 novembre 2021 7 14 /11 /novembre /2021 10:06

Alors qu’elle constitue une préoccupation importante pour l’environnement, la démographie reste largement un sujet tabou. Mais voilà que les choses changent ! Alors que la maternité était une évidence pour tous les couples depuis des siècles, près de 5 % des Françaises ne souhaitent pas avoir d’enfant, pour diverses raisons : ambition professionnelle, désir de liberté et aussi pour des raisons écologiques. Des jeunes couples, pensent en effet que la surpopulation de la Terre a des conséquences désastreuses en matière de consommation et donc de pérennité de notre espèce. Certains couples souhaiteraient plutôt adopter un enfant, pour le sortir de la misère, que de le concevoir.

Dans ces choix, on constate des différences entre sexes. Les hommes font ce choix plutôt pour privilégier leur liberté et ne pas s’imposer des contraintes à vie, alors que les femmes ne souhaitent pas procréer dans un monde plein d’incertitudes. L’éco-anxiété prend là toute sa mesure, avec en France 74 % des jeunes qui trouvent l’avenir effrayant en 2021 ! Les jeunes Finlandais (56 %) sont plus « optimistes » et les plus pessimistes sont les Philippins (92 %). Faute de pouvoir agir directement sur les grands défis environnementaux, dépités devant l’incurie des dirigeants, de plus en plus de jeunes Terriens refusent d’exposer leur possible enfant à des catastrophes  engendrées par les activités humaines. On est dans la désespérance.

On peut bien sûr s’interroger sur ce courant de pensée qui prend de l’ampleur. Certes, enfanter c’est assurer notre espèce de perdurer, mais sur une planète surpeuplée, cela interroge. Cela dit, si bien même les Français, ou les Européens ne faisaient plus d’enfants, la conséquence sur la démographie mondiale serait insignifiante. C’est plutôt en Chine, Inde, Afrique ou Amérique du Sud qu’il faut intervenir. On peut aussi penser que ce sont les enfants qui naissent aujourd’hui qui trouveront des solutions pertinentes aux grands défis que les générations antérieures ont engendrés.

Ce grand débat naissant n’est pas simple, mais il a au moins le mérite de poser le problème clairement, en transcendant le tabou. Cette nouvelle attitude affiche ainsi une grande inquiétude, interpelle sur la démographie planétaire et aiguise la notion de solidarité entre les civilisations dans la mesure où de plus en plus de jeunes pensent que, plutôt que faire des enfants sur une planète surpeuplée, il faut mieux prendre soin des personnes déjà présentes en adoptant des enfants à qui on peut redonner une chance. Notre proposition 79 de « Les clés de notre avenir » reprend l’appel de 2017 de 15 000 scientifiques : « Déterminer à long terme une taille de population humaine soutenable et scientifiquement défendable tout en s'assurant le soutien des pays et des responsables mondiaux pour atteindre cet objectif vital ».

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7 novembre 2021 7 07 /11 /novembre /2021 08:22

La France est un pays de ronchons… on ne le sait que trop ! Voilà bien longtemps en effet que les Français s’enlisent dans des querelles entre ceux qui pensent que « tout est foutu » et ceux qui assurent que « de toute façon, on va s’en tirer »… Avec un peu de clairvoyance et de méthode, on pourrait échapper à cette opposition aussi simpliste que stérile, ce qui est l’avis d’une France sans doute majoritaire, mais silencieuse. Dans les conversations de salon, ou de bistrot, on confond souvent court terme et long terme, la pandémie de Covid-19 et l’urgence climatique sont là pour nous le rappeler. Gardons la tête froide et regardons les choses avec le recul nécessaire.

La France est un des pays les plus redistributifs qui soit, où « on gagne plus à rien foutre qu’à travailler ». Sans doute y a-t-il des réajustements à faire entre les allocations de toutes sortes, mais comment se fait-il que le nombre de pauvres (moins de 60 % du salaire médian) ne cesse de progresser, alors même que la fortune des 1 % des ménages les plus aisés a encore cru du fait de la progression des revenus du capital. De plus en plus d’entreprises prennent conscience de cet état de fait et, même si cela peut surprendre, se remettent en cause pour assurer à leurs employés un « salaire décent » ou évoluer vers des « entreprises à mission », afin de retrouver une raison d’être. Ne soyons pas naïfs, ces initiatives restent marginales du fait d’un immobilisme des institutions, des modes de gouvernance et des grandes écoles. Cette évolution reste lente, mais… on avance et il n’y a rien de tel que la valeur de l’exemple.

Derrière ces évolutions, il y a vous, il y a moi ! En effet, si les entreprises bougent, c’est surtout sous la pression des investisseurs qui eux-mêmes subissent la pression de la société civile qui s’inquiète de savoir « à quoi sert l’argent ? » : je demande à la banque que mon fric ne serve pas à financer des entreprises polluantes, des entreprises qui font travailler des enfants ou qui ne respectent pas l’égalité homme-femme… sinon, ou si vous êtes incapables de le prouver, j’enlève mon fric. Que vaudrait une banque… sans argent ? Que deviendrait une entreprise sans financement bancaire ? C’est vous, c’est moi qui en décidons !

Quand un patron du CAC 40 gagne 200 à 300 fois le salaire médian des salariés de son entreprise, il ne s’agit plus de réformer, mais de changer, de repenser notre économie. Les crises du climat et de la biodiversité, aux conséquences redoutables, vont générer des restrictions difficiles à faire accepter par le plus grand nombre, elles ne pourront l’être qu’avec plus d’équité, de justice sociale, en repensant nos modes de vie, car là aussi c’est vous, c’est moi, qui décidons de changer pour avancer. C’est la proposition 46 de « Les clés de notre avenir » pour contribuer à inventer une sociale-économie.

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31 octobre 2021 7 31 /10 /octobre /2021 07:42

Même si on le sait peu, voilà bien longtemps que l’on a pris conscience des menaces qui pèsent sur la biodiversité et que l’on a mis en place des mesures de protection, dès le XIXème siècle. C’est en 1913 qu’est créé le Parc national de l’Oisans dans les Alpes, sans véritable statut officiel, puis en 1960 est créé le statut de Parc national français (50 ans après la Suède…) avec le premier parc, celui de la Vanoise. Un parc national est une zone naturelle classée du fait de sa richesse exceptionnelle. Il en existe 11 dont 8 en métropole et 3 outre-mer. Qu’en est-il maintenant au moment où l’avenir de la biodiversité est devenu un enjeu mondial de première importance ?

          Au plan international, les réserves de biosphère ont été créées en 1976 par l’UNESCO pour concilier la conservation de la biodiversité et le développement soutenable. Une réserve de biosphère ne se superpose pas aux législations nationales existantes et peut être transfrontière ou intercontinentale. Les acteurs impliqués dans la gestion doivent intégrer la conservation de la biodiversité, mais aussi le développement économique, ce qui implique que la population soit impliquée dans les prises de décision. Il s’agit de démontrer que l’homme peut utiliser la biodiversité sans la détruire. En 2021, on dénombre 727 réserves de biosphère dont 21 transfrontières réparties dans 132 pays, concernant une population d'environ 170 millions habitants sur 5 % de la surface de la planète. L’objectif final est de couvrir 30 % de la surface terrestre en réserves de biosphère avant 2030… demain !

          La France compte 16 réserves de biosphère, dont 2 nouveaux sites en Martinique et en Moselle-Sud depuis le 15 septembre 2021. En Martinique, c’est l’ensemble du territoire terrestre et marin qui se trouve ainsi protégé pour préserver à la fois les richesses naturelles et culturelles. En métropole, le département de la Moselle voit ainsi protégé 139 257 ha avec pentes montagneuses, vallée mosellane, forêts et zones humides, soit 22 % de la surface du département qui compte un peu plus d’un million d’habitants ! De quoi méditer…

Voilà bien une orientation à privilégier pour préserver efficacement la biodiversité au niveau local dans un contexte mondial, alors que les Parcs naturels régionaux sont devenus obsolètes dans la mesure où les communautés de communes disposent quasiment des mêmes moyens pour agir, ce qui nous a amené à proposer d’étendre à tout le territoire les vocations des PNR (proposition 21 de « Les clés de notre avenir »).

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24 octobre 2021 7 24 /10 /octobre /2021 08:42

Pendant des siècles les activités agricoles se transmettaient de génération en génération, comme une évidence. Les choses changent et il n’est plus rare que des jeunes citadins, sans lien familial avec l’agriculture, souhaitent devenir paysans. Cela ne se fait pas sans difficulté, compte tenu des usages pour la transmission des terres, y compris en France, ce qui favorise l’appropriation des terres par les plus riches, aux dépens des petits exploitants et des jeunes qui voudraient s’installer. C’est ce qui a motivé, à une échelle locale en début de cette année 2021, la création d’un collectif de Veille citoyenne agricole et forestière brayonne afin d’alerter sur l’urgence à défendre les cultures et les paysages. Au fur et à mesure des successions, le contexte juridique spéculatif de l’agriculture favorise les céréaliers pour amener à des fermes de plusieurs centaines d’hectares, aux dépens de petits exploitants qui voudraient s’installer sur quelques hectares, pour faire par exemple du bio et mettre en place des circuits courts. Cela concerne d’autant plus les éleveurs, majoritaires en Pays de Bray, qui pratiquent un métier complexe et très prenant. Il s’agit donc pour ce collectif de « sensibiliser, informer et lever les tabous ». Cet état de fait n’est pas sans impact sur les paysages, dans la mesure où le labourage intensif réduit la biodiversité et accélère la disparition du bocage. C’est ainsi qu’en Pays de Bray, 5 % des surfaces en prairie disparaissent chaque année, haies arrachées et mares comblées pour laisser libre cours à des engins agricoles de plus en plus gros.

Actuellement, environ un tiers des créations d’activités agricoles sont le fait de personnes non issues de familles paysannes, soit un doublement en 10 ans. Ces « nouveaux paysans » sont motivés à la fois par une recherche de mieux vivre individuel, un souhait de faire évoluer la société rurale et de vivre avec la nature. Pour ces néoruraux, devenir agriculteur, c’est choisir la passion de la terre en connexion avec la nature, en somme produire soutenable. Les activités les plus recherchées sont le maraîchage, la viticulture, l’apiculture ou l’élevage ovin. Mais ce n’est pas si simple, et il faut d’abord trouver des parcelles disponibles, le premier défi à relever… On assiste ainsi à un renouvellement des générations agricoles, à l’apparition d’un nouveau visage de l’agriculture française, ce qui est bien encourageant pour l’avenir au moment où 1/3 des agriculteurs se préparent à prendre leur retraite d’ici 2023…

C’est dans cet esprit qu’un projet de loi est à l’étude pour lutter contre l’accaparement des terres et récupérer du foncier pour l’installation des jeunes. D’ores et déjà, le collectif de Veille citoyenne agricole et forestière brayonne contribue à sensibiliser sur cette question et assister les nouveaux exploitants. Il y a urgence !

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17 octobre 2021 7 17 /10 /octobre /2021 09:20

Comme rappelé tout récemment, il y en a marre de ce déni devant les menaces qui pèsent sur l’avenir de nos enfants et petits-enfants, et plus largement sur l’Humanité. Sans doute la pédagogie est-elle l’art de la répétition, mais il y a un moment où il faut se résumer pour y voir plus clair et passer à autre chose. Sans égocentrisme (ou pas trop !) il peut être utile de se référer à son expérience personnelle pour mieux comprendre l’évolution du monde.

Sans doute, l’histoire le dira, le passage entre 20ème et 21ème siècle, de 1950 à 2050 pour caler les choses, marquera l’humanité avec des transformations énormes sur un temps très court à l’échelle historique. En me référant à ma propre vie, il me semble bon de rappeler combien cette période a vu une littérale révolution technologique, en particulier informatique, une mondialisation des relations et échanges comme jamais connue, une érosion de la biodiversité qui n’est pas sans rappeler la disparition des dinosaures, et un dérèglement du climat comme l’humanité n’en a jamais connu, pour enfin se terminer par un effondrement de notre civilisation basée sur des fondements irrationnels, irréfléchis et inconséquents. Un siècle de feu d’artifice… qui se termine mal !

Pour ma part donc, né en 1945, j’ai vécu mes premières années à la campagne, dans une maison sommaire, sans toilettes ni confort. Mon père exploitait la petite ferme avec un cheval. C’est dans les années 1955 qu’est arrivé le tracteur, puis une première voiture. Je n’ai eu chez moi la télévision et le téléphone que vers 1980, puis un petit ordinateur en 1991 et un smartphone vers 1995. Aujourd’hui j’ai tout cela et suis sur les réseaux sociaux. Une révolution technologique !

Mes parents n’avaient guère « voyagé » au-delà d’une cinquantaine de kilomètres autour de leur village d’origine. Personnellement, j’ai créé un club international de naturalistes, en communiquant par courrier postal, en 1961, puis effectué quelques voyages, de loisirs ou professionnels, dont la Norvège en 1976 ou la Réunion vers 1995. Mes enfants ont effectué de multiples voyages à de grandes distances. Certains de mes amis ont un enfant en Australie et l’autre au Mexique ou au Canada… Une véritable mondialisation !

Quant à l’érosion de la biodiversité et le dérèglement du climat, inutile d’y revenir encore, cela a été évoqué à de multiples reprises au cours de plus de 700 chroniques sur ce blog et quelques ouvrages…

Et maintenant ? Il faut AGIR, vite et après évaluation des situations. Gare aux fausses bonnes idées ! AGIR chacun individuellement et collectivement. Un petit livre peut y aider en offrant 93 propositions : Les clés de notre avenir - Persée, 2020.- 100 p. – 10 €. En librairie ou à défaut : https://www.editions-persee.fr/

A petite échelle ce blog peut contribuer aussi à cette évolution avec des propositions concrètes pour progresser, autant que possible. Pour vous abonner : www.michel-lerond.com , colonne de gauche, case « newsletter », inscrire son adresse mail et cocher « s’abonner ». Valider le mail de confirmation. Vous recevez directement chaque nouvelle publication à périodicité variable. Bonnes lectures !

 

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