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  • : Le blog de Michel Lerond
  • : Libre opinion sur les questions d'actualité en environnement et développement soutenable
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  • Michel Lerond
  • Ecologue et essayiste. Dans notre pratique professionnelle, nous avons pu contribuer, notamment, à un meilleur accès à l’information sur l'environnement.

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8 décembre 2009 2 08 /12 /décembre /2009 09:22

Vous y voilà enfin : à la fin de cette année vous aurez terminé le remboursement de l’achat de votre maison, des travaux d’isolation effectués il y a 10 ans et du changement de voiture d’il y a 2 ans. Ouf, quel soulagement ! Tous comptes faits, il ne vous reste plus maintenant que 43 000 € de dettes que vous rembourserez, un jour… peut être. L’Etat français est déficitaire depuis 35 ans et la dette atteint maintenant 1 500 milliards €. On prévoit pour 2012 une dette s’élevant à 90 % du PIB, soit 23 500 € par Français, ou encore près de 43 000 € par contribuable puisque la France compte seulement 35 millions de contribuables pour 64 millions d’habitants.

Cette année, les recettes de l’Etat se sont effondrées du fait de la crise et les dépenses ont explosé du fait de la relance. Mais plusieurs pays de l’Union Européenne sont prêts à faire encore pire ! D’ailleurs, consolons-nous, la dette publique mondiale atteint, elle… 35 100 milliards de dollars.

Le déficit budgétaire de la France est de 141 milliards € en 2009 (au lieu des 67 prévus par la Loi de finances initiale). Chaque corporation demande des aides de l’Etat, les industriels de l’automobile, les agriculteurs, les restaurateurs… et aussi une baisse des impôts. La France doit donc emprunter pour payer les intérêts annuels de sa dette, soit environ 60 milliards € pour 2009… On a le vertige ! Après 2012 (élection présidentielle) il faudra bien assainir les comptes publics dans un contexte sans doute très difficile. Attention, impôts en forte hausse en vue. C’est d’ailleurs ce que vient d’annoncer l’Espagne ; quant à la Grande Bretagne, elle taille à la hache dans les dépenses publiques. Il n’y a guère que les Suédois pour tirer une certaine fierté à payer des impôts élevés parce que c’est « un acte de civisme ».

Bon Noël quand même. Ah au fait, si vous souhaitez faire quelques achats exceptionnels pour cette période, n’hésitez pas. Les voyages sont soldés, les piscines sont à prix cassés et les quads sont très tendance pour la nouvelle année. Vous participez ainsi à la relance et si vous éprouvez des difficultés, des tas d’organismes vous proposent des crédits… vraiment concurrentiels. Au cas où vous seriez en surendettement, laissez passer, ça va finir par s’arranger, comme pour les banques ! Les particuliers comme l’Etat peuvent emprunter pour payer leurs dettes et les pays peuvent se racheter leurs dettes entre eux. Nous vivons vraiment une époque formidable, c’est Carnaval à Noël !

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1 décembre 2009 2 01 /12 /décembre /2009 08:42

          C’était en soirée, il y a une dizaine d’années, un rendez-vous professionnel à propos des ruissellements sur les terres agricoles. Avec le directeur départemental de l’agriculture de ce département, nous évoquions les conséquences sur l’environnement de l’agriculture intensive. Il me précisait que si l’on faisait le bilan environnemental des pratiques agricoles, il serait mauvais, et il ajouta : « quant au bilan économique de l’agriculture française, espérons que personne ne s’y lancera, ce serait catastrophique. » Pourtant, voilà bien le point focal des débats récurrents sur l’agriculture. C’était encore le cas, il y a peu de temps à Neufchâtel-en-Bray (Normandie) où le film « Bocage du Boischaut » de Philippe Henry étayait le débat sur la sauvegarde du bocage brayon (http://sites.google.com/site/arbrepaysdebray). Bien que le débat s’orienta vite sur des aspects concrets, ce qui est réconfortant pour l’avenir, deux aspects étaient frappants : d’abord il se redisait ce qui a été rabâché depuis 30 ans sur les intérêts multiples du bocage, ensuite on mettait en avant une opposition entre économie et écologie. Comment comprendre que depuis plusieurs décennies, avec des arguments fondés, scientifiques, nous ne soyons parvenus qu’à de biens piètres résultats ? Comment est-il possible que les acteurs locaux continuent à se réfugier chacun dans son domaine propre sans parvenir à une synergie constructive entre écologie et économie ?

Il m’a semblé que la clé de cette énigme réside précisément dans un manque d’évaluation. En effet, quel est le bilan réel de l’agriculture française ? Quel bilan écologique, quand le recours aux intrans et aux pesticides est très important avec ses conséquences sur la qualité de l’eau, des sols et la santé ; quand les pratiques intensives conduisent à l’érosion des terres et parfois aux inondations. Quel bilan économique quand la production agricole est rémunérée davantage par le contribuable que par le consommateur ; quand les « dégâts collatéraux » sont pris en charge par la collectivité et non par leurs auteurs. Combien coûte et combien rapporte  l’agriculture à l’environnement et à l’économie (parce qu’il y a bien sûr aussi des apports positifs) ? La question est simple, la réponse beaucoup moins. C’est toujours la même difficulté lorsqu’il s’agit de faire évaluer, par un observateur indépendant, avec la participation des citoyens, une activité aux facettes aussi diversifiées, en considérant toute la chaîne et pas seulement le maillon qui nous convient.

La profession agricole et les chambres d’agriculture sont souvent imaginatives pour défendre leur activité, ce qui est bien naturel. Elles sont donc les mieux placées pour faire preuve de ce courage politique qui consistera à mettre en œuvre une évaluation complète et objective de l’activité agricole. Chiche ! Voir aussi notre chronique « Nationaliser l’agriculture vivrière ? » du 17-11-09.

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24 novembre 2009 2 24 /11 /novembre /2009 07:53

Depuis la nuit des temps les inventions humaines ont permis de faire face aux périls générés par la nature, qui est loin d’être aussi docile qu’on voudrait nous le faire croire parfois. Avec l’accélération de l’histoire, les deux derniers siècles ont été particulièrement inventifs en matière de technologie, si bien que l’on est parvenu à une sorte de dogme technologique qui voudrait qu’à chaque problème, la science apporte des remèdes, maintenant ou plus tard. Cela est d’autant plus criant que les enjeux sont importants. A notre époque, le défi climatique témoigne de l’ardeur à inventer de nouveaux remèdes qui renverraient leurs détracteurs au statut d’affreux pessimistes retardataires. Ainsi la montée du niveau des océans ne doit pas inquiéter puisque, déjà, on est prêt à construire des villes-atolls amphibies et autosuffisantes, en somme un concentré de développement durable ! En amont de cela, il n’y a pas à redouter l’augmentation de la teneur en CO2 de l’atmosphère, puisque l’on va pouvoir capter et stocker ce gaz à effet de serre ; alors que l’on pourrait protéger les puits de carbone que représentent les grands écosystèmes planétaires. De plus, le déversement de poussière de fer sur l’océan va favoriser le développement du phytoplancton qui va absorber le CO2 ; mais gare aux effets secondaires de l’appauvrissement de l’océan en oxygène. Des satellites pourvus de panneaux photovoltaïques vont nous procurer de l’électricité propre, ou encore des « fermes de ballons », recouverts d’un film spécial, pourraient être créées pour produire de l’énergie... Voir notre chronique « Renouvelables, vraiment ? » du 9 décembre 2008.

Bien sûr que l’innovation technologique peut apporter des solutions intéressantes. Mais ce qui est frappant dans les discours relatifs à la géo-ingénierie atmosphérique notamment, c’est que les solutions techniques vont permettre de continuer « comme avant », sans remise en cause, alors qu’il nous faudrait plutôt repenser la notion de progrès technologique par rapport au progrès humain. Ainsi, comme le dit très bien Dominique Bidou, l’ingénierie technique, humaine et sociale peut conforter (http://moniblogs.lemoniteur-expert.com/developpement_durable/2009/11/ing%C3%A9nierie.html) le développement soutenable et aider à trouver ensemble un faisceau de nouvelles réponses aux défis de notre temps. La réponse technologique ne doit pas consister obligatoirement en méga systèmes, surtout intéressants financièrement pour leurs concepteurs, mais aussi en multiples innovations à petite échelle. Tout cela nécessite que les solutions proposées soient évaluées sérieusement avant leur mise en œuvre.

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17 novembre 2009 2 17 /11 /novembre /2009 09:20

Aujourd’hui, l’agriculture européenne traverse des difficultés, au moment où un milliard de terriens souffrent de la faim. La récente crise du lait a révélé un raccourci caricatural de la situation : le lait européen, produit à partir de vaches nourries au soja brésilien, crée des carences alimentaires pour les Brésiliens, détruit la forêt, sans permettre aux agriculteurs européens de vivre de leur activité !

La répartition des aides publiques est très disparate selon les spécialisations des exploitations et variable selon les années. Mais les aides représentent entre 77 % et 93 % du revenu net de la « ferme France », ces dernières années. C’est dire que la production agricole est largement financée par le contribuable, très peu par le consommateur, qu’elle est donc une production publique, de fait. Un débat franco-français récurrent porte sur ce qui doit être nationalisé ou pas. Que faut-il nationaliser si ce n’est d’abord ce qui correspond aux besoins primaires de la population, à savoir l’eau et l’alimentation en premier lieu. Alors pourquoi ne pas nationaliser l’agriculture vivrière ? Il ne s’agit pas, bien sûr, de recréer des kolkhoz d’un autre âge ou des kibboutz, ou de transformer les agriculteurs en fonctionnaires. Mais le regard de la société sur l’agriculture est en train de changer et de plus en plus d’agriculteurs français prennent conscience de la nécessité à la fois économique et écologique de changer de méthode. La baisse du revenu agricole n’explique qu’en partie les récentes manifestations, le manque de perspective claire crée une incertitude qui vire à l’angoisse. Les agriculteurs se revendiquent souvent comme « libéraux », mais c’est la libéralisation des marchés qui les tue.

L’agriculture a la grandeur de nous procurer la ressource la plus stratégique qui soit : notre alimentation. Les mesures récentes du gouvernement français visent à renforcer des filières plus courtes et à encourager la contractualisation entre producteurs et industriels. Pourquoi ne pas aller au bout du raisonnement : l’Etat assure le « service public de l’alimentation » en contractualisant (via une agence de l’alimentation) avec les agriculteurs pour définir les productions, leur qualité et leur prix. Quelle agriculture voulons-nous ? Des exploitations concentrées de caractère industriel ou une agriculture de territoire qui garantit la diversité, la qualité et le respect de l’environnement. Il est temps de choisir, faute de quoi certains groupes financiers de la grande distribution, déjà aux abois, sont prêts à investir dans des milliers d’hectares pour produire eux-mêmes les denrées alimentaires.

Voir aussi nos chroniques « Paysan, un métier du futur ? » du 03-06-08 et « Nationaliser l’eau ? » du 03-02-09.

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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 09:02

La réduction du mille feuilles administratif est en chemin et c’est une bonne nouvelle. Reste à préciser quelle sera la méthode et surtout quelles structures seront conservées et avec quelles fonctions. Dans ce pseudo débat, il semble que les Pays aient déjà été considérés comme inutiles… Qu’en sera-t-il demain des PNR, les parcs naturels régionaux (créés par décret du 1er mars 1967), dont les vocations sont si proches de celles des pays.

Certains acteurs locaux se prennent à rêver que, les pays étant à peine créé (loi Voynet de 1999), on pourrait profiter de l’opportunité pour mettre en place ici ou là un parc naturel régional afin d’assurer une meilleure prise en compte de l’environnement. Stratégie opportune ou fausse bonne idée ? En effet, on sait que si les PNR ont des objectifs pertinents et des réalisations souvent à la hauteur de leurs ambitions, ils sont aussi en proie au vertige du mille feuilles territorial. Il peut exister sur un PNR un ou plusieurs pays qui le recoupent en tout ou partie, bien sûr plusieurs communautés de communes qui ne recouvrent pas obligatoirement les pays, sans oublier une multitude de syndicats intercommunaux qui perdurent pour telle ou telle activité sectorielle. Dès lors, ce n’est plus un parc, mais un maquis… Si les praticiens de ces structures, les élus locaux, s’y retrouvent à peine, comment l’électeur moyen peut-il comprendre les inter-relations de cette nébuleuse ?

Les PNR ont été créés pour animer des « territoires d’expérimentation » puis sont devenus des « laboratoires du développement durable ». Soit l’expérience est râtée et il est grand temps de l’arrêter ; soit l’expérience est réussie (ce que je crois) et il faut l’étendre à tout le territoire régional. Alors que faire ? Profiter de la réforme en cours pour créer quelques PNR de plus, supprimer les Pays ou pas, ou bien… « fusionner » les PNR et les pays ? Dès lors chaque pays fonctionnerait comme un PNR, avec des objectifs identiques, en veillant à lui donner une unité et une cohérence territoriale et environnementale. Voilà peut être la clé de ce problème : fusionner les parcs naturels régionaux et les Pays pour davantage de cohérence dans l’aménagement du territoire.

Rêvons un peu : les Pays deviennent des collectivités territoriales à part entière, fonctionnent avec des objectifs de PNR, sont constitués de Communautés de Communes et sont coordonnés par le Conseil Régional. Dès lors la question récurrente de l’utilité des Départements ne trouverait-elle pas sa réponse naturelle ?

Avec une vraie décentralisation, la France gagnerait en lisibilité fonctionnelle, l’aménagement du territoire gagnerait en cohérence et l’environnement gagnerait en efficacité de gestion.

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2 novembre 2009 1 02 /11 /novembre /2009 17:48

Dans le brouhaha du monde, on n’entend guère parler du continent africain qu’en termes de sécheresses, d’inondations, de famines ou de révoltes. L’Afrique risque pourtant d’être une des principales victimes des modifications climatiques et constitue déjà le continent le plus affamé. Les deux problématiques sont d’ailleurs très liées. Limiter la déforestation pourrait contribuer à réduire les émissions de gaz à effet de serre, de même que favoriser l’agriculture vivrière pourrait réduire les famines.

Pourtant les Africains se mobilisent, comme on a pu le constater dans la déclaration de Libreville (Gabon) d’août 2008 qui engage 53 Etats à mieux se coordonner pour réduire les risques sanitaires liés à l’environnement. Mais les universités africaines, populeuses et manquant de moyens, peinent à former les cadres nécessaires. Toutefois le désir d’étudier des jeunes (multiplication par 5 du nombre d’étudiants en 20 ans) est encourageant. On peut invoquer de multiples causes à cette situation, globalement difficile, mais ne faut-il pas que les Africains débattent eux-mêmes de leur avenir, du développement qu’ils souhaitent en se donnant les moyens politiques de cette évolution.

Les paradoxes ne manquent pas quand on constate la diversité de la production agricole exportée alors que 21 pays ont recours à une aide alimentaire extérieure ; que le Nigeria regorge de pétrole qui rapporte des dizaines de milliards de pétrodollars alors que les populations manquent d’électricité et d’infrastructures ; que l’Afrique a peu recours à l’énergie solaire alors que l’Europe envisage la construction de supercentrales qui permettraient d’assurer 15 % des besoins européens en 2025, sans se soucier des besoins locaux…

En ce début de XXIème siècle, l’Afrique se cherche et il semble urgent qu’elle fixe la voie. Après un demi siècle d’affranchissement du colonialisme, revoilà des exploiteurs à l’affût, plus subtils et plus nécessiteux. Ainsi les Etats-Unis, intéressés par les richesses pétrolières, et plus encore la Chine, pour qui l’Afrique est devenue un objectif essentiel. La Chine voit l’Afrique comme un débouché pour ses produits, une destination pour ses travailleurs et aussi une zone de captation des richesses du sous-sol. Jusqu’où ira ce « néo-sino-colonialisme » qui prévoit de délocaliser une partie de l’agriculture chinoise en Afrique où elle exploite déjà plusieurs millions d’hectares et envisage d’installer de l’ordre d’un million de Chinois dans des fermes expérimentales africaines…

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27 octobre 2009 2 27 /10 /octobre /2009 09:08

         Des centaines de chercheurs à travers le monde se sont mis en tête de travailler sur la notion de bonheur afin d’établir des classements par pays en fonction de la satisfaction, ou non, de leurs habitants. Ce sont les Danois qui sont champions du monde du bonheur, suivis des Suisses, Autrichiens, Islandais, etc. A l’inverse, les cancres du bonheur sont les Français (62ème rang mondial), les Chinois (82ème), les Japonais (90ème) et les Indiens (125ème).

Les Français sont donc malheureux, toujours insatisfaits, râleurs et méfiants, alors que les Danois, posés, sympathiques, coopératifs, sont les plus heureux du monde. Les sociologues expliquent cette situation des danois par le fait que leur Etat-providence ne laisse personne sur le bord du chemin, cogère les syndicats (taux de syndicalisation de plus de 87 %, contre 8 % en France), assure le service public (30 % du total des salariés), et fait diminuer le chômage (3,4 % contre 9,4 % en France). Mais, malgré le sentiment de sécurité, le respect d’autrui, la démocratie et l’Etat-providence, les Danois peuvent connaître aussi la dépression. Alors, enfants trop gâtés les Danois ? Pas si simple, le bonheur…

L’actualité française récente a en effet montré combien le mal du travail est devenu préoccupant. Les suicides chez Renault ou France Télécom ont été très médiatisés, mais cela ne doit pas occulter les difficultés des policiers, gardiens de prison, enseignants ou agriculteurs, professions très exposées. Si le suicide fait, selon l’INSERM, environ 12 000 morts par an en France, on ne sait pas combien sont liés au travail, mais ils semblent en augmentation ces dernières années. Avec l’économie de services, les hommes se trouvent plus instrumentalisés qu’auparavant : l’anonymat, le manque de dialogue, le stress lié aux restructurations ou aux menaces de chômage génèrent de la concurrence entre salariés et dégradent la notion de « vivre ensemble ».

Au-delà des risques individuels que comporte cette situation, elle peut engendrer aussi des risques collectifs. Ainsi, début octobre, la direction de la centrale nucléaire de Flamanville a du stopper le réacteur numéro 1 pendant le week-end. Une trop forte pression au travail a amené le comité d’hygiène et sécurité de la centrale a faire valoir, pour la première fois, son droit d’alerte. « Des salariés pleurent au boulot. Certains en viennent aux mains parce qu’ils manquent d’outillage. Le personnel est à cran, la pression est intense » a témoigné un délégué syndical. Il y a 10 ans, la centrale disposait de 150 exécutants spécialisés capables de venir en appui des sous-traitants, ils ne sont plus que 29 aujourd’hui…

Les angoisses des Français, particulièrement dans le cadre du travail, montrent à quel point notre société est bloquée. Il faudra d’abord surmonter cet obstacle si l’on veut parvenir à des réformes de fond.

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20 octobre 2009 2 20 /10 /octobre /2009 09:15

         L’actualité bretonne de cet été a porté en grande partie sur la pollution des côtes par les algues vertes. La prolifération de la laitue de mer (Ulva armoricana) serait responsable de la mort d’un cheval et est fortement suspectée d’être à l’origine de problèmes sanitaires qui suscitent des débats animés. La décomposition de ces algues, amassées en grande quantité, dégage de l’hydrogène sulfuré, gaz très malodorant à faible concentration et très toxique à concentration élevée (et là on ne perçoit plus son odeur).

Ce phénomène est connu depuis une quarantaine d’années dans plusieurs régions du monde, notamment aux Etats-Unis, en Chine et en Europe du Nord, mais plus spécialement en Bretagne. Comme toujours en environnement, le phénomène ne doit pas être simplifié abusivement puisque cette prolifération résulte de la conjonction d’un faisceau de facteurs relatifs au sol, au climat, à l’hydrodynamique et aux activités humaines. Quoi qu’il en soit, cette prolifération résulte essentiellement d’un apport important de deux nutriments : l’azote est majoritaire, en provenance de l’agriculture, et le phosphore apporté par les rejets urbains d’eaux chargées de détergents.

Il faut rappeler à cet égard que la Bretagne compte sur son sol 3 millions d’humains, mais aussi 3 millions de bovins, 14 millions de cochons et 350 millions de volailles (chiffres du Conseil scientifique de l’environnement de Bretagne). Avec 5 % de la surface agricole utile française (SAU), la Bretagne accueille 30 % des élevages de veaux, 60 % de porcs et 45 % de volailles. Une telle concentration produit une charge en nitrates bien supérieure à ce que la terre et l’eau peuvent supporter.

La résolution du problème est tout aussi complexe que sa genèse. Dans la grande polémique qui s’est installée à la suite des incidents de cet été, au-delà du rappel du principe pollueur-payeur, de la condamnation de l’Etat français pour autorisation abusive de porcheries industrielles, des engagements du Grenelle de l’environnement non appliqués, du non respect par la France des directives européennes ou de… menaces de mort à l’encontre d’écologistes, on voit bien qu’il s’agit d’un problème plus global et plus collectif.

Certes l’agriculture (et non les seuls agriculteurs) a une grande responsabilité dans cette affaire en ne respectant pas toujours les engagements pris en matière d’environnement (on nous parle d’agriculture raisonnée…). Mais l’Etat, plus prompt à plier devant les lobbies qu’à respecter ses propres engagements, les collectivités locales qui n’ont toujours pas pris les mesures nécessaires en matière d’assainissement, les consommateurs qui veulent payer toujours moins chers les produits alimentaires, sont autant d’explications à la lenteur de la résolution de ce problème majeur.

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13 octobre 2009 2 13 /10 /octobre /2009 09:21

« Je vous parle d’un temps que les moins de soixante ans ne peuvent pas connaître » dirait la chanson d’Aznavour… C’était avant 13 heures, sur Radio Luxembourg dans les années 1950, le feuilleton « ça va bouillir » était animé par Zappy Max, incarnant un bouillant reporter de l’Eclat, qui au moment fort de l’action, lançait son expression favorite. Que dirait aujourd’hui le fantaisiste à propos des modifications climatiques, alors que l’on commence à découvrir l’ampleur du phénomène :

- Les pluies torrentielles de juillet dans le sud-ouest de la Chine ont affecté presque 7 millions de personnes dont 250 000 ont dû être relogées. Le quart du territoire chinois consiste maintenant en vastes étendues de sable et le désert gagne 2 500 km2 par an.

- En août l’Inde a connu une baisse saisonnière de 30 % des précipitations, entraînant une forte sécheresse. Celle-ci aggrave les difficultés de l’agriculture, renchérit les denrées alimentaires et génère des conflits armés locaux.

- Les inondations de septembre en Turquie ont fait quelques dizaines de victimes et endommagé 4 000 maisons.

- Les fortes pluies sur toute l’Afrique de l’ouest et centrale de juin à septembre ont provoqué d’importants dégâts et atteint 100 000 personnes au Niger. Le lac Tchad était la 4ème réserve d’eau douce d’Afrique et faisait vivre 300 000 personnes avec la pêche, il a perdu 90 % de sa surface en 40 ans.

- Les conditions de sécheresse du sud-est de l’Australie font craindre une baisse de l’ordre de 60 % sur la récolte de blé. La sécheresse actuelle est estimée comme la pire depuis… 1 000 ans, et le premier ministre considère qu’elle donne un aperçu de l’avenir de son pays.

La perturbation du climat est devenue une réalité, responsable de 300 000 morts par an selon le rapport du Forum humanitaire mondial. Certes, les experts ne sont pas tous d’accord et il est sûr que la diversité et la complexité des mécanismes en jeu doit rendre prudent sur toute projection dans l’avenir. Mais il est avéré que les modifications climatiques agissent sur les rendements agricoles et l’accès à l’eau, éléments forts de déstabilisation et de crises humanitaires, d’autant plus que les pays pauvres sont les plus exposés. Bref, il y aura de quoi alimenter les conversations au sommet de Copenhague en décembre pour les négociations sur le climat. Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU, déclarait à ce propos le 3 septembre : « Nous avons le pied collé sur l’accélérateur et nous fonçons vers l’abîme ». Rassurant, non ?

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6 octobre 2009 2 06 /10 /octobre /2009 08:44

Il y a peu, pour annoncer son exposition de plantes du jardin potager, la Dépêche du Pays de Bray titrait : « Jean-Pierre, cultivateur d’arômes ». Effectivement, Jean-Pierre Valet présentait en septembre, à Forges-les-Eaux (Normandie), une récolte impressionnante de 250 plantes : 18 variétés de thym, 8 de basilic, 90 de tomates, et aussi courges, cardons ou autre sorgho… parmi lesquelles beaucoup de plantes aromatiques.

Ce jardinier amateur du Pays de Bray fait ainsi œuvre de pédagogie auprès d’un large public. Mais son rôle de conservateur d’un patrimoine collectif est peut être plus important encore : il assure, de fait, la gestion d’une réserve génétique. En cultivant toutes ces plantes dans son propre jardin, Jean-Pierre participe à la sauvegarde de la biodiversité, c’est un jardinier du futur.

L’agriculture française est en crise inavouée, mais réelle et profonde. Son productivisme et sa standardisation la rendent de plus en plus préjudiciable à la nature. Du même coup, par effet boomerang, elle se fragilise avec l’appauvrissement et l’érosion des sols, la raréfaction d’animaux prédateurs, la diminution des insectes pollinisateurs, etc.

Les modifications climatiques, encore modestes, peuvent compromettre fortement les rendements de plantes hyper sélectionnées, comme on l’a vu récemment pour le blé en Australie ou les pommes de terre aux Etats-Unis. Si l’on ajoute à cela une marchandisation abusive des semences et variétés, le potentiel de choix de cultures se réduit.

C’est récemment, à cause des « émeutes de la faim », que l’on a re-découvert l’importance stratégique de l’agriculture vivrière. Celle-ci ne sera possible que si l’on dispose d’un potentiel de variétés important afin de pouvoir s’adapter en permanence à des exigences climatiques dures.

Voir aussi nos chroniques « Paysan, un métier du futur ? » du 3 juin 2008 et « Nos enfants nous accuseront ? » du 31 mars 2009.

C’est grâce à des jardiniers comme Jean-Pierre que cela sera possible, au moins à petite échelle, pour des maraîchages locaux par exemple. Ce genre de démarche n’est pas unique, de véritables conservatoires ont été mis en place ces dernières années (www.arehn.asso.fr) , mais cela reste marginal, peu considéré et quasiment pas encouragé par les institutions et les professions agricoles. C’est pourtant la somme de ces initiatives qui sera garante… de notre alimentation du futur, rien que cela.

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