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  • : Le blog de Michel Lerond
  • : Libre opinion sur les questions d'actualité en environnement et développement soutenable
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  • Michel Lerond
  • Ecologue et essayiste. Dans notre pratique professionnelle, nous avons pu contribuer, notamment, à un meilleur accès à l’information sur l'environnement.

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19 août 2008 2 19 /08 /août /2008 09:30

Après quatre mini-nouvelles d’été, nous reprenons nos chroniques « sérieuses ».

 

Depuis quelque temps, en France, le pouvoir d’achat est au centre des préoccupations des habitants, des politiciens et des médias. Ceci s’explique d’abord par le renchérissement des produits agricoles et des matières premières, notamment du pétrole. L’explosion des prix des denrées alimentaires est due à la demande accrue des pays émergents, à la réduction des surfaces cultivées (urbanisation, érosion, agro-carburants) et aux modifications climatiques (sécheresses, inondations, tempêtes).

Chacun voudrait pouvoir acheter toujours plus. En réalité, et malgré les idées reçues, le pouvoir d’achat a beaucoup progressé depuis quelques décennies : ainsi en 20 ans en Ile-de-France, le nombre de ménages possédant plusieurs voitures a doublé. De plus, les consommateurs ont accédé à de nouveaux services dont il ne peuvent plus se passer (téléphone mobile, internet) réduisant du même coup les disponibilités pour les dépenses de base. Dans les pays occidentaux, la part de l’alimentation dans le budget des familles n’est plus que de 10 à 20 %, alors qu’elle est encore de 60 à 90 % pour les pays pauvres, les plus contraints. N’oublions pas que le « milliard d’en bas » des plus pauvres de la planète vit avec moins d’un dollar par personne et par jour ! Un peu de pudeur ne nuirait pas aux gens des pays développés…

A défaut d’acheter plus, on peut sans doute acheter mieux. De  plus en plus, les Français font du respect de l’environnement un critère de choix très important pour leurs achats. Le « GPS de la consommation » que constitue la publicité a peut-être du souci à se faire. Plutôt que « chiens savants » de la consommation, les Français deviennent des « éco-consommateurs » responsables. Une nouvelle communication sur les achats suppose des données plus lisibles, plus transparentes et plus indépendantes. Il reste beaucoup de travail à faire à cet égard, ce qui suppose une fois de plus, que le politique anticipe les besoins, encadre les entreprises, plutôt que d’être à la remorque des lobbies… Il faut aussi que les consommateurs acquièrent une meilleure connaissance des coûts réels. Ainsi le prix payé par les familles pour les cantines scolaires représente environ la moitié du coût réel, et celui des transports publics, de l’ordre de 30 %, le contribuable payant le reste.

         Si le pouvoir d’achat, c’est la valeur équivalente d’un salaire en marchandises et services, le pouvoir d’acheter c’est la possibilité d’agir librement sur ses acquisitions. A chacun d’en décider.

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12 août 2008 2 12 /08 /août /2008 09:52

La moitié du siècle était maintenant passée. Après avoir contourné le « Fer à cheval », ils étaient là tous les trois, assis sur un banc, au niveau du petit belvédère qui avait été aménagé depuis longtemps déjà sur le Grand Mont. Ils regardaient en bas, en silence, comme chaque fois qu’ils se retrouvaient là ensemble, avec cette fois-ci un sentiment de plénitude, de satisfaction du devoir accompli. Depuis ce « sommet » (un peu ridicule avec ses 185 mètres !) ils se sentaient au-dessus du monde, dominant à l’est la vallée de Bray, à l’ouest le « village planétaire » tel qu’il fut appelé parfois dans le passé.

Le village avait beaucoup changé depuis quelques décennies. Son centre offrait maintenant des habitations d’un type nouveau, regroupées à plusieurs, avec des balcons, terrasses, patios, qui permettaient de profiter de la campagne sans s’isoler derrière des « murs verts », avec des espaces de convivialité et même un mini centre commercial !

La profession ancestrale de paysan avait opéré une véritable révolution en diversifiant ses productions, les axant sur le maraîchage, mais aussi l’élevage de volailles. Les paysans vendaient leurs produits localement, en vente directe au restaurant de l’école et pour approvisionner les commerces locaux. Du coup le paysage en avait été transformé, retrouvant son caractère bocager qu’il avait perdu depuis des lustres.

Sur la route en contrebas circulaient de nombreux taxis électriques qui permettaient aux gens de se rencontrer, de venir depuis les hameaux à la salle polyvalente pour la danse, la gym, les spectacles, à la mairie transformée en « maison des services ». Un vrai succès !

Là haut, tous les trois se remémoraient leur investissement professionnel et personnel pour « refaire le monde », là où ils résidaient. Ils avaient contribué à cette grande aventure, avec des millions d’autres, et avaient réussi à redonner du sens à la vie en société. Victor eut cette remarque amusée : « Quand on était gamins, on prenait tout ça pour des blagues. En fait, la grosse blague, c’est qu’on nous promettait une vie de chien et, en réalité, notre vie est un rêve. » Emma répliqua que « Pour un gars qui est tout le temps parti sur la Lune, c’est pas étonnant que ce soit un rêve… » Lucien, dans le rôle de l’aîné, parlant déjà comme un sage, coupa court : « On a réussi à sauver la terre, veillons à ne pas refaire les mêmes bêtises sur Mars. » Puis ils firent silence.

Le soleil déclinait lentement en cette fin d’été. Il était 19 heures, l’angélus sonna au clocher de l’ancienne abbaye (tradition maintenue et enfin laïcisée), établissant un pont entre le 11ème et le 21ème siècle. Une minuscule grenouille arrêta sa course, fit un saut de côté, puis disparut. L’aîné des trois eut ce mot de fin : « quelle splendeur ! »

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5 août 2008 2 05 /08 /août /2008 08:50

Toute petite déjà, elle était enjouée, enjôleuse même et déterminée, indépendante.

Depuis le jardin corrézien de son enfance, elle apercevait, très très loin, le massif du Sancy. De longue date, elle sut que c’était là qu’elle s’installerait un jour. Ce qu’elle fit.

Elle était devenue « sourilleuse ». Ce nouveau métier, dont le nom résultait de la contraction de sourire et travailleuse, avait acquis ses lettres de noblesse depuis que ces gens-là avaient révolutionné les campagnes en apportant des services aux plus âgés, aux plus démunis ou simplement aux habitants d’un petit territoire. Tantôt infirmière ou assistante sociale, elle était aussi l’animatrice d’un réseau rural d’entraide, de convivialité, voire d’amitié ; elle était le sourire de son pays, tour à tour conseillère et confidente.

Son compagnon, rencontré dans les monts Dore, était paysan. De cette « nouvelle race de paysans » qui avait contribué à réinventer une agriculture de proximité, respectueuse du milieu naturel, prodigue en fruits, légumes ou volailles de qualité, mais aussi en paysages restaurés.

Ainsi ensemble, ils avaient contribué à retisser un lien social très fort dans les campagnes, en harmonie avec la nature.

Un jour que le soleil sombrait enfin sur le plateau de Millevaches, après une journée harassante de chaleur, Emma regarda son compagnon fixement dans les yeux, avec son sourire, toujours séducteur et un rien dominateur. Elle le fixa longuement, sans mot dire, puis d’une voix douce et décidée, lui déclara : « fais-moi un enfant, maintenant on est sûr qu’il pourra être heureux dans ce pays que nous avons mis si longtemps à reconstruire ». Et… le monde allait pouvoir continuer.

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29 juillet 2008 2 29 /07 /juillet /2008 09:34

Il avait toujours semblé un peu rêveur ou poète, mais avec un sens de la répartie toujours très avisé. Après quelques hésitations, il s’était décidé pour une profession dans l’aéronautique. Après de nombreuses missions sur Terre, il venait de passer quelques mois sur la Lune, dans la station « Lunamars ». Les vols habités vers Mars avaient commencé, mais il s’agissait maintenant d’en faire des vols de routine, au départ de Lunamars.

Bien sûr, pendant toutes ces années, il avait bénéficié de congés terriens, mais cette fois-ci il revenait pour de bon à Kourou qui, curieusement, était restée la base spatiale européenne. De Lunamars à Kourou, en Guyane, le déplacement se faisait en navettes dont certaines étaient quasi autonomes, à trois ou quatre places seulement. C’était le cas pour ce retour joyeux sur Terre.

La navette se rapprocha vraiment de la planète bleue au-dessus de la Sibérie et prit toute l’Europe en écharpe jusque l’Atlantique, puis l’Amérique du Sud pour l’atterrissage. De passage sur l’Europe de l’Ouest, le pilote accepta de se rapprocher encore davantage du sol. Les Pays Baltes, puis l’Allemagne, enfin la France, plus bas encore…, la Lorraine, la Champagne, Paris aperçu à gauche, puis… oui c’était là ! La vallée de l’Andelle, les buttes témoins du Pays de Bray, et là, oui là sur le bord, dans un bouquet d’arbres magnifiques, une sorte d’oasis !

Victor, le co-pilote ne put retenir un cri de fauve : « Ouahhhhhrrrr ! Mon marronnier à fleurs roses ! Je l’ai planté avec mon grand père au début du siècle, il est devenu énaurrmme ! » Il fut définitivement rassuré, il appréhendait son retour sur Terre après tous les cataclysmes dus aux modifications du climat. Mais la Terre lui souriait, elle avait retrouvé… figure humaine. Il n’aurait pas besoin de s’expatrier sur Mars, comme il l’avait craint longtemps. La Terre était à nouveau vivable.

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22 juillet 2008 2 22 /07 /juillet /2008 08:52

           Au creux de l’été, quatre mini-nouvelles font patienter pour un retour sur l’actualité de la rentrée.

 

Elle était là, devant lui, belle, très belle, et nue. Toute nue bien sûr, puisque les grenouilles ne portent pas de bermuda, même l’été. Ses yeux fixes et brillants exprimaient un je ne sais quoi de nostalgique.

Elle s’est un peu redressée, cabrée légèrement, comme si elle voulait exprimer quelque chose. Le garçon ne bougeait pas, surpris de tant de candeur. Elle se cabra encore, le fixa dans les yeux, et lui dit…

Ce garçon ne savait pas que les grenouilles parlaient. Elle exprima d’abord une sorte de colère en répétant : « quôa, quôa, quoi, quoi, qu’est-ce que c’est ? Toi l’Humain, sache bien que nous aussi les grenouilles, nous aimons cette Terre, nous avons besoin de la Terre, de ses prairies, ses haies, ses mares, pour nous nourrir, nous ébattre, nous reproduire, sauter et chanter les soirs d’été. Dis-leur à tes frères humains qu’ils seraient bien inspirés de respecter un peu plus notre Terre pour le bien de tous, les grenouilles, les libellules, les mésanges, les orchidées, les renards, les bourdons, les roseaux, les hirondelles, les hérissons, les belettes, les lézards, les… » Elle s’arrêta, essoufflée, la colère retombée. Elle baissa les yeux et se tassa un peu sur elle-même.

Le garçon, stupéfait, osa timidement : « Madame la grenouille, je vous promets que je veillerai à ce que la Terre reste belle. »

D’un coup, la grenouille sauta dans l’eau et disparut.

Lucien revint vers la maison, en sautillant, le cœur tambourinant, une grenouille lui avait parlé et il avait bien compris le message.

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15 juillet 2008 2 15 /07 /juillet /2008 09:02

         A l’occasion de l’Armada (semaine de présentation des plus grands voiliers du monde dans le port de Rouen), le Conseil Général de la Seine-Maritime a fait réaliser des vidéos sur les sites remarquables du département. Chaque lieu est présenté en 76 secondes (comme le chiffre qui désigne le département) autour d’une interview d’un témoin qui commente son intérêt personnel, échappant ainsi aux présentations traditionnelles des sites touristiques.

Parmi ces lieux, l’office de tourisme des Monts et de l’Andelle avait sélectionné les sentiers de randonnée, et en particulier celui qui parcourt le Grand Mont de Sigy. Randonnées, orchidées, vues panoramiques sur la partie centrale du Bray et la vallée de l’Andelle : le Grand Mont devenu « vedette » prend ainsi une belle revanche sur son actualité récente… (Voir notre chronique « Il est mort le Grand Mont ? » du 13-05-08).

Cette vidéo a été projetée sur le stand du Conseil Général de la Seine-Maritime durant l’Armada qui a accueilli… de l’ordre de 7 millions de visiteurs ! Elle sera visible ensuite dans les offices de tourisme et sur leur site internet, tel que http://www.otlafeuillie.fr/ et d’ores et déjà sur le site de dailymotion http://www.dailymotion.com/relevance/search/la%2Bfeuillie/video/x5tmpy_76-secondes-en-seinemaritime-beta_travel

Ces vidéos ont été réalisées par l’agence Biplan (www.biplan.fr) avec un tournage sur le Grand Mont de Sigy effectué le 6 juin 2008.

Ainsi le Grand Mont devrait conquérir une notoriété bien méritée, retrouver ses lettres de noblesse auprès des habitants des alentours et bénéficier de mesures de protection et de gestion appropriées.

Quel cinéma… pour sauver un minuscule espace de la planète Terre, témoin de la richesse de sa biodiversité.

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8 juillet 2008 2 08 /07 /juillet /2008 08:08

Pour aller de Paris à Calcutta, jusqu’à maintenant, on prenait l’avion. Qu’en sera-t-il demain ? C’est en effet au début de cette année que le constructeur automobile indien Tata Motors a produit la Nano (petite voiture qui tient plus de la moto à quatre roues que de la berline) pour être vendue autour de 1 800 € ! Les Indiens viendront-ils en France en Tata ?

Le constructeur indien envisage, d’ici 10 ans, de produire un million de voitures de ce type par an ! C’est dire que, même si ces véhicules sont très sobres et très rustiques, la demande de produits pétroliers va encore croître. Juste à côté, les Chinois produisent des voitures comme nous des baguettes de pain… et l’arrivée des véhicules chinois en France devient une réalité.

C’est ainsi que le parc automobile mondial atteint maintenant quasiment le milliard de véhicules. Quelles sont les répercussions à en attendre sur l’effet de serre et les modifications climatiques qui en découlent ? Avec 37 millions de véhicules (voitures, camions, autocars), la France, à elle seule, a augmenté son parc de 65 % en 20 ans. Certes les consommations des moteurs tendent à diminuer, mais avec une telle explosion du parc, la consommation globale ne cesse de croître. La rupture est proche, à 5 ans, 10 ans, 15 ans tout au plus. Sans doute les réserves de produits pétroliers sont-elles encore abondantes, mais à un prix qui devient plus dissuasif chaque jour. La fin du pétrole ne sera pas la fin du monde, mais sans doute la naissance d’un nouveau monde. De nouvelles technologies vont apparaître, mais ne sont parfois encore que balbutiantes.

Y a–t-il dans ce pays, la France, un constructeur automobile qui se préoccupe de nouvelles énergies plutôt que de communication environnementale ? Y a-t-il dans ce pays une classe politique qui anticipe de nouveaux modes de déplacements, un nouvel urbanisme, une nouvelle organisation du territoire ? Y a-t-il dans ce pays des (éco)-citoyens qui sont prêts à revoir leur façon de vivre, de se déplacer, de consommer, de partager les richesses ? N’y aurait-il pas quelque décalage entre certains discours enflammés et la réalité ?

Pourtant, certaines dispositions, comme le malus-bonus sur les véhicules neufs, bien qu’insuffisantes, vont dans le bon sens. Par ailleurs, les voitures électriques existent déjà, mais restent marginales pour le moment ; et un début de relance du transport ferroviaire se fait jour timidement.

Taratata, ne pourrait-on pas penser que tout cela est un peu pipo ? T’as plus qu’à ranger ta Tata Nano et t’attends un peu pour l’électro.

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1 juillet 2008 2 01 /07 /juillet /2008 08:34

Une des conséquences des modifications climatiques est la montée du niveau des océans, de l’ordre de 20 à 60 cm d’ici à 2100. Ce réchauffement devrait aussi accroître la violence et la fréquence des tempêtes, ainsi que l’abondance des pluies hivernales, renforçant de ce fait les risques de submersion. Bien sûr, les rivages plats et sableux seront les plus vulnérables.

Certains pays sont plus concernés que d’autres (Voir notre chronique « As-tu vu Tuvalu ? » du 04-12-07), notamment les Pays-Bas en Europe dont 20 % des terres sont actuellement sous le niveau de la mer. Les Etats-Unis et le Japon sont aussi très concernés. En France même, certaines parties du littoral du Gard, d’Aquitaine ou de Normandie pourraient reculer de plusieurs kilomètres. L’érosion est déjà préoccupante pour un quart du littoral français. Ainsi, entre la baie du Mont-Saint-Michel et le Cap de La Hague, le recul peut atteindre 5m/an en moyenne !

Parmi les solutions envisagées, les Hollandais ont d’ores et déjà construit des maisons flottantes, en bord de Meuse. Véritables logements amphibies, ces maisons flottent en fonction du niveau d’eau et sont conçues avec une flexibilité des circuits de fluides. Le centre de ce quartier est transformé en zone inondable afin de stocker l’eau en période de crue. Certaines maisons sont même prévue inondables, le rez de chaussée adapté avec circuits électriques au plafond, mais avec assez peu de succès… à la vente. D’autres solutions, dans la tradition des grands travaux de protection contre la mer, consistent à construire cinq îles artificielles longues et étroites, dont la plus longue pourrait atteindre 100 km.

Les Américains, eux, ont envisagé d’autres solutions… futuristes ou fantaisistes : des architectes new-yorkais ont présenté le projet « Cloud City », la ville-nuage, qui consiste à suspendre des appartements à des dirigeables. Les autorités semblent toutefois préférer des solutions plus terre à terre.

Les remèdes proposés se réfèrent à deux écoles de pensée : il y a ceux qui demeurent attachés à la lutte contre la nature, coûte que coûte, et ceux qui tentent de composer avec elle. Il semble bien que les seconds soient en train de l’emporter, du moins aux Pays Bas où « redonner de la place à l’eau » constitue une véritable révolution.

Il faut donc travailler avec la nature, c’est dans cette perspective que le gouvernement hollandais prépare pour mai 2008 un exercice d’alerte d’envergure nationale, afin de tester l’efficacité des services d’urgence face à une inondation catastrophique. (Voir notre chronique « Utile le service civil ? » du 18-12-07)

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24 juin 2008 2 24 /06 /juin /2008 08:25

C’est en 1966 que René Dumont publiait son fameux ouvrage « L’Afrique est mal partie » (http://www.editionsduseuil.fr). Le diagnostic pessimiste de Dumont semble revenu d’actualité avec les récentes émeutes de la faim. Avec près d’un milliard d’habitants sur un continent de 30 millions de km2, l’Afrique offre environ 210 millions d’hectares cultivés, sur des sols souvent fragiles et peu fertiles, et peine à nourrir sa population. Mais elle détient aussi des métaux et du pétrole qui suscitent des convoitises. Le prix Nobel de la paix, attribué en 2004 à Wangari Maathai (originaire du Kenya) symbolise le lien profond qui lie la paix à la gestion durable des ressources.

Certes le colonialisme n’a pas toujours impliqué les meilleurs choix pour l’Afrique, notamment en soutenant des dirigeants, parfois corrompus, ou en encourageant la fuite des élites vers le Nord. Les conséquences de ce gâchis, comme la déforestation, l’assèchement des lacs, l’urbanisation incontrôlée, entraînent aussi la dégradation des terres et la diminution de la biodiversité…

L’Afrique aussi est entrée dans la mondialisation et se laisse courtiser par la Chine, l’Inde, le Brésil ou les Etats-Unis, chacun de ces pays ayant pris conscience de l’énorme potentiel africain. Les Chinois, notamment, sont omniprésents, générant un tremblement de terre géopolitique aux dépens de la France, en particulier. Et au profit de qui ?

Remettre l’agriculture locale au cœur des politiques africaines doit être une priorité, pour déclencher une « révolution verte ». Pour se préserver, l’Afrique doit compter sur son propre potentiel agricole et forestier. C’est une chance historique pour son développement économique, pourvu qu’elle sache gérer ce patrimoine inestimable comme il doit l’être : avec modération et sagesse. L’Afrique centrale constitue le deuxième poumon de la planète, après l’Amazonie, et réunit plus de la moitié des écosystèmes majeurs du continent africain. Les forêts, si elles étaient bien gérées, pourraient contribuer à une certaine prospérité.

Les dirigeants africains, ou certains d’entre eux au moins, ont bien compris la signification profonde de ces bouleversements : « nous faisons partie des nouvelles puissances de la biodiversité » affirme Joseph Endundo, ministre congolais de l’environnement. Le défi à relever est énorme mais doit être enthousiasmant pour une jeunesse africaine qui a une mission planétaire à accomplir : nourrir sa propre population tout en préservant une part essentielle de la biodiversité pour la survie de toute la planète et inventer un système économique qui améliore le niveau de vie des Africains en respectant ce patrimoine fabuleux.

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17 juin 2008 2 17 /06 /juin /2008 07:15

Entre la question du Tibet, le tremblement de terre du Sichuan et bientôt, les Jeux Olympiques, la Chine est décidément en permanence dans l’actualité. La Chine, reconnue comme « l’atelier du monde », n’est plus un pays sous-développé, mais au contraire, elle a atteint le niveau de développement de la France au début des années 1960… et devrait nous avoir rattrapé avant 2030. La Chine est déjà d’ailleurs parfois en avance, là où on ne l’attendait pas forcément, dans le domaine de l’environnement, comme à Shanghaï où les scooters électriques sont légion.
         Certes, la Chine a maintenant dépassé les Etats-Unis en matière d’émission de CO2 en devenant le premier émetteur mondial. Certes les lacs sont asphyxiés par les rejets industriels. Certes la Chine va devoir construire 400 villes d’ici 2030 pour accueillir environ 300 millions de ruraux qui seront ainsi submergés par le smog. On pourrait multiplier les exemples de dégradations de l’environnement et montrer combien les Chinois passent par les mêmes chemins que nous autres Européens, si ce n’est le changement d’échelle.

Si l’on positive un peu pour croire à l’avenir, il faut convenir aussi que la Chine emprunte notre itinéraire, en allant plus vite que nous, y compris en termes de remédiation. C’est ainsi qu’est née en Chine une conscience écologique (même si les militants écologistes sont parfois durement réprimés), que des paysans se révoltent contre la pollution, que la population soutient parfois ces militants et que le nombre des ONG (plus ou moins « officielles ») ne cesse d’augmenter.

Sans doute, les discours du président Hu Jintao sur la Chine « future civilisation écologique » sont-ils de circonstance, mais l’Agence chinoise de l’environnement (SEPA) va être érigée en ministère et le Programme national sur les changements climatiques (NDRC) a été présenté comme la « loi fondamentale » guidant la Chine. En matière d’urbanisme, le concept d’écoquartiers est dépassé pour aller vers des « écovilles », comme Dongtan près de Shanghaï, qui devra assurer son autonomie énergétique.

Ne soyons pas dupes, il restera énormément à faire pour lutter contre les pollutions et les atteintes à la biodiversité. Néanmoins l’empire du Milieu semble bien avoir intégré l’importance des questions environnementales et peut-être même se souvient-il qu’un autre empire, l’URSS, s’est effondré il n’y a pas si longtemps pour diverses raisons politiques, dont la rébellion des populations contre les atteintes insupportables à leur milieu de vie.

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