Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog de Michel Lerond
  • : Libre opinion sur les questions d'actualité en environnement et développement soutenable
  • Contact

Profil

  • Michel Lerond
  • Ecologue et essayiste. Dans notre pratique professionnelle, nous avons pu contribuer, notamment, à un meilleur accès à l’information sur l'environnement.

Recherche

Catégories

2 février 2010 2 02 /02 /février /2010 09:06

Elle était d’une famille de 6 enfants. Dès l’âge de 14 ans, elle fut « placée » pour travailler, toute la semaine, avec pour congé le dimanche entre la traite des vaches du matin et celle du soir. Elle pouvait alors rejoindre ses parents, à pied, à une dizaine de kilomètres et revenir avant 16 heures à la ferme où elle travaillait. Pour tout salaire elle était nourrie, logée et « blanchie ». Le cadeau de Noël, c’était le plus souvent une orange ou un sucre d’orge. Elle s’est mariée à 20 ans et très rapidement est venue habiter une maison modeste, elle a eu tout de suite son premier enfant, suivi de 17 autres dont 15 ont survécu.

Dans la petite maison il n’y avait que deux pièces (à peine 40 m2), une chambre et une cuisine-salle à manger. Toute la famille dormait dans la même chambre, jusqu’à ce que le propriétaire aménage une chambre dans les dépendances pour les parents et les nourrissons (13 m2). Il n’y avait pas d’électricité ni d’eau courante, ni bien sûr de radio ou télévision. L’éclairage était assuré par une lampe à pétrole dans la chambre et une lampe à gaz dans la cuisine. L’eau était puisée dans le puits d’un pré voisin, à condition d’escalader la barrière afin de ne pas prendre de risque avec le bétail. L’eau était transportée avec deux seaux (20 kg) sur 250 mètres pour la ramener à la maison. Les jours de lessive, le linge et les baquets étaient emmenés dans le chemin, près de la barrière, afin de limiter les transports d’eau. Une cuisinière à bois et charbon assurait le chauffage et la cuisson.

Dehors, deux ou trois chèvres procuraient le lait nécessaire, des poules et lapins apportaient œufs et viande, complétés par les légumes du jardin. La « boisson » (cidre coupé) constituait le breuvage de toute la famille.

Mais où donc se déroulait cette scène de la vie rurale ? Dans une contrée lointaine ? Il y a très longtemps ? Pas exactement, cela se passait entre 1942 et 1962, au hameau du Point du Jour, en Pays de Bray. Il se trouve que cette maison… je l’habite, avec mon épouse. Nous l’avons agrandie et quasiment refaite. Nous avons l’électricité, l’eau courante, la radio et la télévision et même internet. Ces éléments de la « petite histoire » nous permettent de relativiser certaines choses. Cela se passait au milieu du 20ème siècle, dans une famille modeste certes, mais pas misérable, assez ordinaire somme toute, dans un « grand » pays, la France, où l’on a qualifié cette période des « trente glorieuses ».

Modérane nous a quittés dans les derniers jours de 2009, à 87 ans, laissant derrière elle 12 enfants vivants, 32 petits-enfants et 14 arrière-petits-enfants. Ceux-là sauront, mieux que d’autres sans doute, apprécier les progrès accomplis dans notre vie de tous les jours en 50 ans, et relativiser la fragilité de notre société de consommation à tout-va.

Partager cet article

Repost0
19 janvier 2010 2 19 /01 /janvier /2010 08:59

Les réformes de l’Education nationale française passent et certaines préoccupations demeurent. Ainsi est-ce le cas pour l’enseignement de l’anglais. La France serait au 69ème rang mondial dans des tests internationaux sur la langue de Shakespeare. Accessoirement, ce constat ravive sans cesse le débat entre anglophiles et anglophobes. Ainsi les bambins Hollandais, Danois ou même Espagnols seraient bilingues avec l’anglais tandis que les petits Français seraient… Gaulois.

Malgré la multiplication des plans en tous genres sur ce thème, la France reste le mauvais élève pour l’enseignement des langues vivantes et 41 % des Français ne parlent aucune langue étrangère.

La problématique de la langue parlée renvoie, pour partie au moins, à celle de l’identité. Il est vrai que de nombreuses langues sont menacées du fait d’une certaine uniformisation des langages. Sur les 6 à 7 000 langues parlées actuellement dans le monde (dont beaucoup sans enseignement public, ni accès aux médias), environ 2 500 seraient en danger de disparition d’ici 2100 selon l’Unesco. 52 langues seraient menacées en France, dont 26 en métropole (plutôt des patois et dialectes que des langues à proprement parler).

Sans doute faut-il s’inquiéter de cette perte de diversité culturelle, mais ne faut-il pas, dans le même temps, se réjouir de l’existence d’une langue internationale, de fait, qui est l’anglais.

Il fut un temps (dans les années 1970) où beaucoup fondaient des espoirs sur la pratique de l’Esperanto comme langue internationale. Sans doute les arguments développés étaient-ils fondés, mais l’expérience a montré que les peuples ne s’approprient pas un langage créé ex abrupto, même si on peut voir à nouveau des publicités pour relancer cette langue.

La langue anglaise est parlée quasiment partout sur la planète, y compris en Chine et en Inde. Cela fait mal aux anglophobes qui gardent le souvenir de conflits anciens, mais c’est un fait avéré qu’il faut bien admettre. Alors tous bilingues ? Assurément, en conservant sa langue d’origine, en évitant les « mélanges » hasardeux des anglicismes et en bénéficiant d’une facilité de communication avec l’énorme majorité des Terriens.

Au diable toutes les réformes passées qui n’ont connu que de biens piètres succès. Dès la fin du lycée tous les Français devraient être, obligatoirement, bilingues Français-Anglais, ce qui ne les empêche pas d’apprendre d’autres langues s’ils le souhaitent.

Partager cet article

Repost0
28 décembre 2009 1 28 /12 /décembre /2009 14:26

        Depuis un peu plus de deux ans que ce blog existe, 109 chroniques ont été publiées, en voici le rappel des titres pour 2009 :

 

- 109 chroniques, déjà. 29-12-09

- Noël sur la terre… 22-12-09

- Identité nationale, ou planétaire ? 15-12-09

- Vous avez des dettes ? 08-12-09

- Evaluer l’agriculture ? 01-12-09

- La technologie va tout résoudre ? 24-11-09

- Nationaliser l’agriculture vivrière ? 17-11-09

- Sauver les Parcs ou les Pays ? 10-11-09

- Réactive l’Afrique ? 03-11-09

- Alors, heureux ? 27-10-09

- C’est de l’algue ou du cochon ? 20-10-09

- « Ça va bouillir » ? 13-10-09

- « Jean-Pierre, cultivateur d’arômes », ou plus encore ? 06-10-09

- Vers un G200 ? 29-09-09

- Le monde à l’envers ? 22-09-09

- Des réserves de ciel ? 15-09-09

- Taxer le carbone ? 08-09-09

- Bundanoon fait pschitt ? 01-09-09

- Moins 10 %, c’est grave ? 25-08-09

- Le grand Paris, une idée neuve ? 18-08-09

- Bande d’éboueurs ! 11-08-09

- Casse-noisette ! 04-08-09

- Usnée était en fleurs, quel souvenir ! 28-07-09

- France, pays de la rouspétance ! 21-07-09

- L’école au jardin.            14-07-09

- Mais où sont les généralistes ? 07-07-09

- Sportifs ou gladiateurs ? 30-06-09

- Toujours plus vite ? 23-06-09

- C’est quoi la Gauche ? 16-06-09

- Accordéon, balafon ou bombolong ? 09-06-09

- C’est l’Europe qu’on assassine ? 01-06-09

- Vers une dictature écologiste ? 26-05-09

- Crise ou révolution verte ? 19-05-09

- Combien ça coûte la nature ? 12-05-09

- Vous allez vous acclimater ? 05-05-09

- Paradoxale la ville ? 28-04-09

- Les routiers sont sympas ? 21-04-09

- Les museums : fossiles ou outils d’avenir ? 14-04-09

- Politique de soin ou politique de santé ? 07-04-09

- « Nos enfants nous accuseront » ? 31-03-09

- Redessiner la France ? 24-03-09

- Vive le nucléaire ? 17-03-09

- La maison « tradiporaine » : un défi pour les archis ? 10-03-09

- Vivre à crédit ? 03-03-09

- Climat-énergie : vous ne saviez pas ? 23-02-09

- Comment décider ? 17-02-09

- Biodiversité : vous ne saviez pas ? 10-02-09

- Nationaliser l’eau ? 03-02-09

- Tous des cloportes ? 27-01-09

- Jamais sans ma voiture ? 20-01-09

- Bilan d’activités 2008. 13-01-09

- Qu’est-ce qu’on attend ? 06-01-09

 

Cette dernière chronique index de l’année est l’occasion de vous remercier de votre fidélité à ce blog. Merci en particulier pour vos commentaires toujours avisés et pondérés, ce qui contribue à nourrir notre réflexion commune. Bonne année 2010 à tous et rendez-vous au 5 janvier.

Partager cet article

Repost0
21 décembre 2009 1 21 /12 /décembre /2009 17:03

 

Ce fut un grand moment de télévision, avec l’émission « Retour en Terre inconnue » sur France 2 (www.france2.fr), le 1er décembre. Dans « Rendez-vous en terre inconnue », un « people » met sa notoriété au service de la sauvegarde de peuplades, de leur environnement et de leur culture en vivant plusieurs jours en immersion avec elles.

C’est ainsi que Muriel Robin est partie en compagnie de Frédéric Lopez pour le Kaokoland, une région semi-désertique du nord-ouest de la Namibie où les Himbas, ethnie Bantoue apparentée aux Herreros, nomadisent avec leurs troupeaux. Patrick Timsit est allé à la rencontre des Mentawai, ou « hommes-fleurs », sur l’île de Siberut, au large de Sumatra ; ce sont des chasseurs-cueilleurs qui vivent au coeur d’une forêt tropicale intacte, en harmonie avec la nature. Charlotte de Turckheim, quant à elle, a mis le cap sur la péninsule du Yamal, dans le grand Nord sibérien, où les Nénètses sont les plus grands éleveurs de rennes de la planète, mais vivant au-dessus d’un trésor convoité par le monde entier : le plus grand gisement de gaz de la Terre. Bruno Solo, enfin, est allé au coeur du “peuple centaure” en Mongolie, un pays exceptionnel avec plus du tiers de sa population encore nomade qui doit coexister avec une nature intraitable.

Ces peuples sont confrontés à de multiples difficultés pour assurer leur survie dans le cadre de leurs traditions et sont de plus en plus souvent confrontés au défi de concilier tradition et modernité. Certains aimeraient garder le meilleur des deux mondes, ce qui n’est guère aisé. Parfois soumis aux contraintes du marché, au développement de leur territoire et au regard du reste du monde, ils sont nombreux à renoncer à leurs traditions, mais souhaitent néanmoins délivrer un message... Pour la première fois, Muriel Robin, Patrick Timsit, Charlotte de Turkheim et Bruno Solo étaient réunis pour partager avec les téléspectateurs les coulisses de leur voyage en Terre Inconnue. Un moment fort de la soirée fut sans conteste la découverte croisée des reportages par les populations rencontrées. L’équipe est en effet retournée, 3 ans après, en Namibie, Indonésie, Sibérie et Mongolie, afin de prendre des nouvelles de ces hommes et ces femmes si différents. Tous ont souhaité rencontrer les autres peuplades pour comparer leurs modes de vie et échanger entre eux.

Cette émission a montré beaucoup d’humanisme et d’éthique. C’était mieux qu’un conte de Noël, puisque c’était vrai. Dans le même temps, en France, commençait le grand débat sur l’identité nationale, il a semblé petit, très petit, comme riquiqui et d’un autre temps… Joyeux Noël.

Partager cet article

Repost0
15 décembre 2009 2 15 /12 /décembre /2009 08:03

La fin d’année est propice aux rencontres en tous genres où les sujets de discussion peuvent manquer. Voici une possibilité : partir de sujets d’actualité récents, sans rapport apparent entre eux, et essayer de trouver des liens. Par exemple, partir des préoccupations liées aux espèces invasives qui prospèrent aux dépens des espèces indigènes, du débat sur l’identité nationale, de la mort de Claude Lévi-Strauss et du bicentenaire de la naissance de Darwin.

Sous la plume de Laurent Carpentier, le Monde Magazine n° 8 du 7 novembre 2009 publiait un excellent article « Espèces, vos papiers ! » En effet certaines espèces, importées volontairement ou pas, peuvent se développer de façon incontrôlée dans nos contrées au point de mettre en danger les espèces indigènes. Ce sont des espèces généralistes, très adaptables, qui menacent des espèces spécialisées en occupant leurs niches écologiques.

Le 2 novembre le gouvernement français a lancé un « grand débat » sur l’identité nationale. Cette notion divise les citoyens et les politiques, bien qu’elle soit apparue récemment, dans les années 1980, à un moment où la France se sentait déstabilisée et avait besoin de retrouver une identité. A l’heure de la mondialisation et de l’avancée européenne, nombreux sont les Français qui ne comprennent pas bien la justification de ce débat d’un autre âge.

Claude Lévi-Strauss est mort le 30 octobre à 100 ans, il a marqué son temps par ses recherches anthropologiques, mais aussi par sa lucidité sur les menaces que l’expansion humaine fait peser sur la nature et sur l’humanité, car il associait la défense de la diversité culturelle et celle de la diversité naturelle.

Coïncidence des dates, 2009 c’est aussi le bicentenaire de la naissance de Charles Darwin (12 février 1809), père de l’évolutionnisme, et les 150 ans de la publication de son œuvre majeure en 1859 « Sur l’origine des espèces par le moyen de la sélection naturelle, ou la préservation des races favorisées dans la lutte pour la vie ».

Quel rapport ? La problématique des espèces invasives est devenue très populaire depuis peu. Définir l’identité française redevient une préoccupation majeure à chaque période difficile. Dans chaque cas, c’est « l’étranger » qui est la menace. Lévi-Strauss fut apôtre de la diversité sous toutes ses formes et nous ne l’aurions pas vraiment entendu ? Darwin fut « l’inventeur » de l’évolution et nous serions restés terriblement fixistes ? C’est beaucoup de questions qu’il faudra reprendre… après les réveillons. L’ouvrage de Patrick Blandin (De la protection de la nature au pilotage de la biodiversité, éditions Quae, 2009) étaye ces questions et esquisse des réponses. Mais si nous étions tous des Terriens, nature et humanité, quelle belle identité !

Partager cet article

Repost0
24 novembre 2009 2 24 /11 /novembre /2009 07:53

Depuis la nuit des temps les inventions humaines ont permis de faire face aux périls générés par la nature, qui est loin d’être aussi docile qu’on voudrait nous le faire croire parfois. Avec l’accélération de l’histoire, les deux derniers siècles ont été particulièrement inventifs en matière de technologie, si bien que l’on est parvenu à une sorte de dogme technologique qui voudrait qu’à chaque problème, la science apporte des remèdes, maintenant ou plus tard. Cela est d’autant plus criant que les enjeux sont importants. A notre époque, le défi climatique témoigne de l’ardeur à inventer de nouveaux remèdes qui renverraient leurs détracteurs au statut d’affreux pessimistes retardataires. Ainsi la montée du niveau des océans ne doit pas inquiéter puisque, déjà, on est prêt à construire des villes-atolls amphibies et autosuffisantes, en somme un concentré de développement durable ! En amont de cela, il n’y a pas à redouter l’augmentation de la teneur en CO2 de l’atmosphère, puisque l’on va pouvoir capter et stocker ce gaz à effet de serre ; alors que l’on pourrait protéger les puits de carbone que représentent les grands écosystèmes planétaires. De plus, le déversement de poussière de fer sur l’océan va favoriser le développement du phytoplancton qui va absorber le CO2 ; mais gare aux effets secondaires de l’appauvrissement de l’océan en oxygène. Des satellites pourvus de panneaux photovoltaïques vont nous procurer de l’électricité propre, ou encore des « fermes de ballons », recouverts d’un film spécial, pourraient être créées pour produire de l’énergie... Voir notre chronique « Renouvelables, vraiment ? » du 9 décembre 2008.

Bien sûr que l’innovation technologique peut apporter des solutions intéressantes. Mais ce qui est frappant dans les discours relatifs à la géo-ingénierie atmosphérique notamment, c’est que les solutions techniques vont permettre de continuer « comme avant », sans remise en cause, alors qu’il nous faudrait plutôt repenser la notion de progrès technologique par rapport au progrès humain. Ainsi, comme le dit très bien Dominique Bidou, l’ingénierie technique, humaine et sociale peut conforter (http://moniblogs.lemoniteur-expert.com/developpement_durable/2009/11/ing%C3%A9nierie.html) le développement soutenable et aider à trouver ensemble un faisceau de nouvelles réponses aux défis de notre temps. La réponse technologique ne doit pas consister obligatoirement en méga systèmes, surtout intéressants financièrement pour leurs concepteurs, mais aussi en multiples innovations à petite échelle. Tout cela nécessite que les solutions proposées soient évaluées sérieusement avant leur mise en œuvre.

Partager cet article

Repost0
27 octobre 2009 2 27 /10 /octobre /2009 09:08

         Des centaines de chercheurs à travers le monde se sont mis en tête de travailler sur la notion de bonheur afin d’établir des classements par pays en fonction de la satisfaction, ou non, de leurs habitants. Ce sont les Danois qui sont champions du monde du bonheur, suivis des Suisses, Autrichiens, Islandais, etc. A l’inverse, les cancres du bonheur sont les Français (62ème rang mondial), les Chinois (82ème), les Japonais (90ème) et les Indiens (125ème).

Les Français sont donc malheureux, toujours insatisfaits, râleurs et méfiants, alors que les Danois, posés, sympathiques, coopératifs, sont les plus heureux du monde. Les sociologues expliquent cette situation des danois par le fait que leur Etat-providence ne laisse personne sur le bord du chemin, cogère les syndicats (taux de syndicalisation de plus de 87 %, contre 8 % en France), assure le service public (30 % du total des salariés), et fait diminuer le chômage (3,4 % contre 9,4 % en France). Mais, malgré le sentiment de sécurité, le respect d’autrui, la démocratie et l’Etat-providence, les Danois peuvent connaître aussi la dépression. Alors, enfants trop gâtés les Danois ? Pas si simple, le bonheur…

L’actualité française récente a en effet montré combien le mal du travail est devenu préoccupant. Les suicides chez Renault ou France Télécom ont été très médiatisés, mais cela ne doit pas occulter les difficultés des policiers, gardiens de prison, enseignants ou agriculteurs, professions très exposées. Si le suicide fait, selon l’INSERM, environ 12 000 morts par an en France, on ne sait pas combien sont liés au travail, mais ils semblent en augmentation ces dernières années. Avec l’économie de services, les hommes se trouvent plus instrumentalisés qu’auparavant : l’anonymat, le manque de dialogue, le stress lié aux restructurations ou aux menaces de chômage génèrent de la concurrence entre salariés et dégradent la notion de « vivre ensemble ».

Au-delà des risques individuels que comporte cette situation, elle peut engendrer aussi des risques collectifs. Ainsi, début octobre, la direction de la centrale nucléaire de Flamanville a du stopper le réacteur numéro 1 pendant le week-end. Une trop forte pression au travail a amené le comité d’hygiène et sécurité de la centrale a faire valoir, pour la première fois, son droit d’alerte. « Des salariés pleurent au boulot. Certains en viennent aux mains parce qu’ils manquent d’outillage. Le personnel est à cran, la pression est intense » a témoigné un délégué syndical. Il y a 10 ans, la centrale disposait de 150 exécutants spécialisés capables de venir en appui des sous-traitants, ils ne sont plus que 29 aujourd’hui…

Les angoisses des Français, particulièrement dans le cadre du travail, montrent à quel point notre société est bloquée. Il faudra d’abord surmonter cet obstacle si l’on veut parvenir à des réformes de fond.

Partager cet article

Repost0
21 juillet 2009 2 21 /07 /juillet /2009 08:41

Douce France, cher pays de mon enfance…

« Monsieur le Maire, le chien de ma voisine n’arrête pas d’aboyer, même la nuit. Il faut faire quelque chose ! »

« Cette année le mois de mai a été chaud, on a même pu se baigner. Mais les plages n’étaient pas surveillées. On s’est baigné à nos risques et périls. C’est scandaleux ! »

« L’arrêt du car scolaire est situé à au moins 300 mètres de la maison. Mon petit garçon risque d’être trempé s’il pleut. Il faudrait un arrêt de car plus près de chez nous. Il n’y a qu’à en ajouter un autre. »

« Bien sûr qu’il faut des installations pour traiter les ordures, mais pas à côté de ma maison. C’est beaucoup trop près ! »

« Madame le Maire, il y a une vache malade dans le pré de mon voisin agriculteur. Il ne s’en occupe même pas. Il faut prévenir la SPA. On ne peut pas laisser un animal dans cette situation. »

« Je ne vois vraiment pas pourquoi il me faudrait un bon de commande pour rapporter des fournitures pour l’école. On peut me faire confiance tout de même ! »

« Le bord de la route n’a pas encore été tondu, l’herbe est très haute et les enfants se mouillent les pieds. »

« Il a neigé un peu cette nuit, et ce matin les routes n’étaient même pas sablées. Il aurait pu y avoir des accidents. »

« Tous ces politicards qui s’en foutent plein les poches, c’est scandaleux. Oui, moi je travaille au noir, mais ça n’a rien à voir ! »

Je vais m’y mettre aussi et je vais rouspéter pour de bon : est-ce que vous n’avez pas fini les Français râleurs de vous plaindre sans cesse de tout et n’importe quoi ! Maintenant, ce sont les vacances : c’est le temps du repos et des bonnes résolutions pour la rentrée : chacun se prend en charge pour régler ses petits problèmes du quotidien et on n’oublie pas que nous, les gens du Nord, sommes plutôt vernis par les conditions de vie qui nous sont offertes.

Ah, au fait, j’oubliais : hier soir, une des vaches de mon voisin a fait un énorme prout. Hormis le fait que le bruit est peu pudique et l’odeur nauséabonde, cela constitue une contribution à l’effet de serre tout à fait inacceptable. Je vais de ce pas me plaindre à la mairie…

 

Partager cet article

Repost0
7 juillet 2009 2 07 /07 /juillet /2009 09:52

         Pendant longtemps, on a cru que le développement et la croissance étaient porteurs de seuls bienfaits, malgré les avertissements du Club de Rome il y a ... 37 ans. Maintenant que la Crise est là, durable, la cassure de la société est évidente.

Notre société souffre avant tout d'un déficit chronique de diagnostic et d’évaluation, indispensables à la résolution des crises. Avant de rechercher une solution, encore faut-il bien poser le problème. L’analyse de la situation, trop souvent compartimentée, doit être complétée d’une réflexion globale afin de permettre de renouer les fils entre des secteurs spécialisés.

Cela est particulièrement vrai dans les domaines de la médecine ou de l’environnement, souvent mis en parallèle à juste titre : la somme de spécialités pointues ne permet pas de vision globale, seule possible par la synthèse d’un généraliste, non pas compétent en tout, mais capable de comprendre et d’établir les liens nécessaires. Le généraliste est celui qui redonne de la cohérence aux faits, qui les rend intelligibles et qui permet l’action ensuite. Ce n’est pas pour autant un « touche à tout » qui survole les problèmes, au contraire c’est un « spécialiste » qui sait établir les ponts, mettre à jour les complémentarités et les contradictions.

Le système de formation ne facilite pas l'évolution nécessaire en reproduisant les élites dirigeantes à l'identique, trop souvent enfermées dans une spécialité coupée de son contexte. Notre société manque de généralistes, capables de réduire la complexité inévitable des choses. Les économistes ou les politiques devraient être considérés comme des généralistes, mais restent trop contraints par des systèmes de pensée idéologique, voire dogmatique.

Montaigne a toujours raison en assurant qu’une « tête bien faite vaut mieux qu’une tête bien pleine », tout comme Edgar Morin, le sociologue et philosophe adepte du décloisonnement des savoirs. L’école qui enseigne l’analyse devrait aussi enseigner la synthèse et la mise en relation, aller vers une culture plus générale, ce qui suppose aussi de faire évoluer les formateurs.

Croire que l’on va solutionner les problèmes ardus auxquels nous sommes confrontés avec les seuls spécialistes est un leurre. Plus que jamais il faut passer d’une société des connaissances spécialisées à une société de LA connaissance, celle qui permet de transcender les spécialités. Cela passe, entre autres, par redonner le goût des sciences, le sens de la rationalité scientifique. Certes l’école doit apprendre à « lire-écrire-compter », mais elle doit aussi apprendre à raisonner globalement.

Partager cet article

Repost0
30 juin 2009 2 30 /06 /juin /2009 09:47

Le domaine sportif n’en finit pas de faire parler de lui, à propos de dopage, d’exacerbation de la xénophobie, d’agrément de nouveaux équipements ou de rémunérations… vertigineuses.

Ainsi, les révélations récentes de Laurent Fignon, deux fois vainqueur du Tour de France cycliste, sur son cancer pose nécessairement la question de la relation entre sa maladie et le dopage antérieur aux amphétamines et à la cortisone. Passons sur les transfusions de poches de sang ou autres prises d’hormones.

Les matches de football, s’ils permettent le plus souvent de consolider un esprit d’équipe et le désir de se surpasser, engendrent aussi des réactions régressives vis-à-vis de l’équipe adverse, de ses supporters ou parfois de personnes de couleur.

Depuis peu la natation est entrée dans une course à la technologie qui fait enfler la polémique à propos de l’autorisation, ou non, des combinaisons en « polyuréthane cousues par ultrasons » afin de « doper » les performances.

Dans le domaine footballistique, les transferts de joueurs, comme leurs salaires d’ailleurs, sont l’objet d’étonnements incessants. Ainsi le transfert de Cristiano Ronaldo de Manchester au Real Madrid s’est effectué pour la modique somme de 93 millions d’euros, soit l’équivalent de… 5 000 ans de Smic, ou encore de l’ordre d’une centaine d’écoles maternelles !!

Ainsi en sport, tout semble devenu superlatif, démesuré. Il faut dire qu’une confusion sémantique s’est progressivement installée en confondant le sport et le spectacle sportif. Si la pratique sportive, apte à développer les aptitudes physiques, reste de vigueur dans le domaine des amateurs, elle est devenue un spectacle dès lors qu’il s’agit de professionnalisme. D’ailleurs le sport peut-il être professionnel ? S’agissant d’un spectacle, celui qui regarde est soumis à ses pulsions, allant parfois jusqu’à une quasi hystérie. Celui qui « joue » n’est-il pas alors davantage un gladiateur des temps modernes plutôt qu’un sportif au sens originel. Le gladiateur du temps des Romains était prisonnier, condamné ou esclave… comme le sont sans doute ces « sportifs » soumis aux règles d’un grand défoulement collectif.

Si le sport a pu être dénaturé de la sorte, si certains sportifs sont devenus des gladiateurs, c’est le plus souvent sous les vivas de la foule. Mais les gladiateurs n’existent que tant qu’il y a du monde pour les regarder…

Partager cet article

Repost0