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  • : Le blog de Michel Lerond
  • : Libre opinion sur les questions d'actualité en environnement et développement soutenable
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  • Michel Lerond
  • Ecologue et essayiste. Dans notre pratique professionnelle, nous avons pu contribuer, notamment, à un meilleur accès à l’information sur l'environnement.

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3 septembre 2026 4 03 /09 /septembre /2026 16:56

          C’était au tout début du 21ème siècle. En ce temps-là, les Sigeois avaient pris l’habitude de se promener dans le village, le plus souvent le dimanche et par beau temps. Cette pratique était assez nouvelle, car auparavant (dans des temps encore plus anciens) se promener aurait été synonyme d’oisiveté et donc, par définition, « les promeneurs étaient des fainéants » ! Mais les temps avaient changé et constatant cette évolution, les édiles locaux envisagèrent de placer ici ou là quelques bancs, afin que les marcheurs puissent se reposer, discuter, bref se rencontrer. Il y eut un seul banc de mis en place dans un premier temps, bien que plusieurs soient prévus. Après quelques tergiversations, des ordres furent donnés et des menus travaux réalisés. Les bancs fleurirent dans Sigy, comme les fleurs dans la campagne. Ainsi, les habitants purent profiter de bancs publics dans le centre village et ce jusqu’à Bosc-Asselin.

          C’est ainsi qu’un soir d’été, au soleil couchant, Suzanne, près de 75 ans, faisait son tour de village et croisa Gaëtan qui faisait de même en sens contraire. Ils devisèrent un peu sur la douceur du moment et décidèrent de marquer la pause, sur le banc qui se trouvait là, à l’angle des rues de l’Abbaye et de Launay. Après quelques échanges sans originalité, soudain, Suzanne plaqua un baiser aussi chaud qu’imprévu sur la bouche de Gaëtan, qui en resta tout éberlué… Quelques mois plus tard, ils étaient mariés et Gaëtan se vanta même, quel culot, d’avoir bien dragué la Suzanne !

          Si la promenade est propice à « s’aérer la tête », c’est bien aussi qu’elle stimule la réflexion. L’oxygénation permet de mieux envisager les réalités quotidiennes et de se projeter dans le futur. Une pause permet aussi de mieux ordonner ses idées et d’y voir plus clair. C’est ce que fit un jour le jeune Barnabé, après avoir fait la boucle de Béthencourt, en venant s’asseoir sur le banc face à l’église. Là il réfléchit sur son avenir et surtout sa future profession. C’est alors qu’il décida définitivement de devenir architecte. Il projeta même d’exercer son art ici, il imaginait des habitations d’un type nouveau, regroupées à plusieurs, avec des balcons, terrasses, patios, qui permettraient de profiter de la campagne sans s’isoler derrière des « murs verts », avec des espaces de convivialité. Ainsi il réinventerait le centre du village. Et puis un jour sans doute, il prendrait des responsabilités à la Communauté de communes pour créer des emplois localement, avec quelques commerces et reconstituer ainsi un véritable réseau de vie entre tous les habitants du centre et des hameaux.

          Pénélope, elle, rêvait de rester au village après ses études. Ce qui l’attirait c’était la terre. Après une balade par Le Fontenil et Bois le Borgne, elle s’assit sur le banc de Bosc-Asselin et se prit à rêver. Là, elle remit de l’ordre dans ses pensées et cerna mieux sa vocation ; c’est agricultrice qu’elle voulait devenir, elle en était certaine. Elle voulait actualiser cette profession ancestrale, non pas pour toujours agrandir la ferme, avec toujours plus de surface, mais plutôt pour rechercher toujours plus de qualité. La crise de l’énergie était maintenant bien présente et les denrées alimentaires ne pouvaient plus venir de loin, il fallait produire localement au maximum. Elle imaginait donc pouvoir diversifier ses productions, en axant sur le maraîchage, mais aussi l’élevage de volailles. Elle ne pourrait pas assurer tout ce travail seule et donc emploierait quelques salariés. Elle vendrait ses produits localement, en vente directe aux particuliers, à la cantine de l’école et pour approvisionner les commerces de Sigy et des communes voisines ; puisqu’aussi bien les habitants ne pourraient quasiment plus aller dans les supermarchés qu’exceptionnellement, trop éloignés compte-tenu du prix exorbitant des carburants. Et puis un jour, elle rencontrerait bien un gars qui ne fantasmerait pas sur les gros tracteurs et s’accommoderait d’une gazelle comme elle. Ce gars-là lui ferait un ou deux petits qui iraient gambader dans les prés, parmi moutons et cochons, veaux et chevaux.

          Alexia, la meilleure amie de Pénélope, voulait être infirmière, ou peut-être même médecin. Elle aussi resterait au village pour soigner la population et en particulier les personnes âgées qui n’auraient plus besoin, sur leurs vieux jours, de se rendre dans les villes voisines ou les maisons de retraite. Un jour qu’elle faisait la boucle de randonnée par la Ferme des Bois, avec son copain Ernesto, elle en discuta en faisant une pause sur le banc de Béthencourt. Sa vocation était d’être au service de la population, comme cela se pratiquait dans des temps très anciens, en se déplaçant à domicile et assurant une aide quasi permanente. C’était décidé, elle allait rester ici pour vivre et travailler parmi les habitants du village. Ernesto la soutenait à fond, d’autant plus qu’il envisageait d’ouvrir une petite supérette, il en avait déjà parlé avec Pénélope pour réfléchir ensemble à ce qu’il conviendrait de disposer comme produits.

          Et puis il y avait aussi, au Fontenil, le vieux Marcelin. On l’appelait « le vieux » parce qu’il avait toujours eu cette apparence avec ses moustaches, bien qu’en fait il n’avait pas changé au cours du temps. Il avait pratiqué divers métiers, avec des déplacements qui l’empêchaient de revenir au village chaque soir. Il était fatigué de cette vie un peu nomade et souhaitait pouvoir se reconvertir. Un samedi de beau temps, il entreprit de faire la boucle de Launay avec son épouse, ils firent une pause sur le banc de la route de l’Abbaye, avant de rentrer à la maison, à pied. Là il virent passer plusieurs habitants, tinrent conversation avec chacun, évoquant les difficultés liées au climat qui était devenu très capricieux et surtout aux déplacements en voiture qui coûtaient fort cher. C’est là que l’idée lui vint, il allait se reconvertir en taxi ! Taxi à Sigy, il faut être fou ! Mais son idée prit corps et bientôt avec deux employés et un petit parc de voitures électriques, il proposa ses services pour faire se rencontrer les gens entre eux, les amener depuis les hameaux à la salle polyvalente pour la danse, la gym, les spectacles, à la mairie transformée en « maison des services » ou de temps à autre les emmener à Forges, Gournay, Dieppe ou Rouen. Un vrai succès !

          Plus tard, l’automne était exceptionnellement doux, Suzanne et Gaëtan se mirent sur la terrasse de leur habitation, juste au-dessus du mini centre commercial et face au Grand Mont. Ils égrenèrent leurs souvenirs et se souvinrent du jour où, comme des jeunes fous, ils s’étaient amourachés sur le Grand Mont, au tomber de la nuit. Gaëtan se souvint que lorsque la nuit tomba pour de bon, il y avait deux étoiles dans le ciel de Sigy, les yeux de Suzanne. Et il ajouta, « c’était comme la première fois, … sur le banc ».

Mai 2026

 

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commentaires

L
Il y a du charme toujours présent des fameux «  Bancs publics » de notre cher Brassens toujours bien vivant.<br /> Et puis tous les lieux évoqués de ce splendide terroir ne sont que pur bonheur.<br /> Vive le Pays de Bray et les bancs publics qui invitent à la méditation même si ces derniers ne sont pas toujours aussi. nombreux qu’ils devraient l’être.<br /> Amitiés à vous deux et aux brayons.
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