Une vision globale et transversale.
Nous basculons vers une autre époque, prenons garde à ne pas nous replier sur notre microcosme. Il va falloir concilier une vision universelle et planétaire avec un souci de relocalisation des productions et consommations. Les choix à faire seront difficiles, risqués et souvent douloureux. Mais ne pas choisir serait la fin inéluctable de notre civilisation, incapable de gérer ses contradictions et les effets domino qui en découlent. Nous allons devoir passer d’un matérialisme exagéré à plus d’humanisme, inventer une nouvelle économie et faire une révolution culturelle. Notre système productif doit être complètement repensé en faisant un tri sévère entre ce qui est essentiel et ce qui l’est moins.
Trop souvent, dans ce genre de réflexion, on se réfère à l’avis de spécialistes, compétents dans leur domaine certes, mais qui ne parviennent pas toujours à établir les liens avec d’autres secteurs que le leur. Il est indispensable de se référer à des spécialistes, mais il est nécessaire de les faire se concerter avec des néophytes. Face aux défis énormes auxquels nous sommes confrontés, il faut évidemment analyser les situations au plus profond mais aussi les mettre en regard avec d’autres problématiques et s’assurer que les mesures préconisées peuvent être comprises par le plus grand nombre, faute de quoi elles seraient perçues comme des contraintes peu acceptables.
Il est indispensable d’avoir une approche globale afin de pouvoir renouer les fils entre des secteurs spécialisés, en ne se contentant pas du segment le plus intéressant. Par exemple pour la voiture électrique, ne pas se focaliser sur la seule consommation d’énergie en roulant, mais considérer aussi la fabrication des batteries et leur destruction ou recyclage. On constate trop souvent que beaucoup de produits sont commercialisés avant même qu’on ait pu réfléchir à leurs impacts sur la santé et notre milieu de vie. Plus que jamais il faut passer d’une société des connaissances spécialisées à une société de LA connaissance, celle qui permet de transcender les spécialités. Cela doit nous mettre en garde contre nos jugements hâtifs en se prononçant pour ou contre tel équipement sans en connaître tous les aspects et, nous mêmes, devons bien analyser nos projets afin de choisir avec objectivité. Rien n’est simple !
L’approche des nouveaux produits et services doit aussi être transversale. Par exemple, la construction d’une route comporte des aspects techniques quant au tracé, matériaux etc, mais aussi vis à vis des écosystèmes, de l’intégration paysagère ou la circulation des eaux de surface, autant de domaines différents qui doivent être mis en relation. Pour bien comprendre ce cheminement on peut se référer à la médecine, souvent mise en parallèle à juste titre avec l’environnement : l’ensemble de spécialités pointues ne permet pas forcément de vision globale et transversale, seule possible par la synthèse d’un généraliste, capable de comprendre et d’établir les liens nécessaires. Le généraliste est celui qui donne de la cohérence aux faits, qui les rend intelligibles et qui permet d’agir ensuite. En fait, le généraliste est un « spécialiste » qui sait construire les ponts, mettre à jour les complémentarités et les contradictions.
A suivre…