Il est désormais interdit de fumer sur les plages ou à proximité de jeunes enfants, depuis le 1er juillet de cette année. Selon les avis c’est une bonne décision en matière de santé ou… une privation de liberté.
On peut se réjouir toutefois que les ventes de tabac aient diminué de 11,5 % en France entre 2023 et 2024, ce qui inquiète d’ailleurs les buralistes. Il a été vendu tout de même 32 846 tonnes de tabac en 2024… ce qui représente un chiffre d’affaires de 19,3 milliards d’euros, une bricole ! Globalement la consommation baisse et c’est seulement un quart des Français de 18 à 75 ans qui déclare fumer quotidiennement. Voilà donc de bonnes nouvelles quant aux impacts sanitaires de cette consommation, sachant qu’elle est responsable de 200 décès par jour en France !! Mais… quid du marché noir du tabac ? En effet, alors que les différentes hausses du prix du tabac visaient à abaisser le taux de fumeurs quotidiens, elles semblent plutôt avoir favorisé la création d’un vaste marché noir de la cigarette. De ce fait, les avis des élus sont divergents quant à augmenter ou pas les prix du tabac. Et donc quelle est la stratégie de l’Etat ? Il a tenté de coordonner les services afin de réaliser des contrôles et saisies, mais la coordination n’est pas une spécialité française et c’est seulement 1 % des colis entrants sur le territoire qui ont été contrôlés… avec tout de même 520 tonnes de tabac illicite saisies en 2023 sachant qu’une tonne équivaut à 50 000 paquets de cigarettes. Il s’agit donc d’un marché noir qui prend de l’ampleur et que l’on estime à 20 % de la consommation de tabac en France. Ces trafics consiste en contrebande (achat de tabac dans des pays à coût moindre pour revente clandestine en France) et de contrefaçon (fabrication clandestine de cigarettes avec des ingrédients impropres à la consommation et revente à la sauvette. En 2024 ce sont quatre unités de production clandestine qui ont été démantelées, produisant chacune de l’ordre de 1 à 2 millions de cigarettes par jour, sachant que ce tabac illicite expose à un sur-risque de cancers et maladies cardiovasculaires. Ce marché parallèle prospère faute de répression, de sanctions peu dissuasives et… de baisse du pouvoir d’achat des fumeurs. Dernier « détail », l’État perçoit chaque année 16 milliards de recettes fiscales liées à la vente de tabac mais dépense… 156 milliards d’euros en soins de santé dus au tabac… ! Cherchez l’erreur.
Si les fumeurs fument, c’est le plus souvent pour se détendre, se déstresser, face à un climat d’anxiété au travail ou en famille, en fait pour faire face à un mal être. Loin de se réduire cette anxiété progresse, notamment avec de nouvelles causes, et l’éco-anxiété est un facteur nouveau qui conduit à rechercher des produits plus « efficaces » comme les drogues. De fait on observe depuis peu une augmentation significative de la consommation de cocaïne. Bien que l’alcool reste, parmi ce type de substance, la plus consommée en France, un million de Français (âgés de 11 à 75 ans, ) ont consommé de la cocaïne au moins une fois. Quant au cannabis, il reste la drogue la plus ingérée par 900 000 usagers par jour (39 % des adolescents en ont déjà consommé à 17 ans) et fait de la France le troisième consommateur européen. Face à une offre illégale en expansion, les amendes ont peu d’effet et ne sanctionnent que les comportements visibles sans s’attaquer aux causes profondes de ces addictions.
Après diverses tergiversations, le monopole de l’État pour la vente de tabac est créé en 1926 sous forme d’une Société d’Exploitation Industrielle des Tabacs (SEITA) jusqu’en 1995. Après cette date, la SEITA est privatisée et la vente de tabac est confiée par l’État aux débitants liés par un contrat de gérance. Suite à des épisodes de publicité restreinte pour l’usage du tabac, les lois Veil (1976) et Evin (1991) préconisent des limitations d’usage et des interdits de publicité. Maintenant, lorsque l’on entre dans un bureau de tabac, il est affiché en grand « Fumer tue ». Nous voilà prévenus, mais la vente continue. Par ailleurs la France interdit le tabac sur les plages mais ré-autorise des pesticides dans les champs...
Et donc, Toi l’État français, éteins ta clope et ferme ton clapet en attendant d’être un peu plus cohérent dans tes décisions !