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  • Michel Lerond
  • Ecologue et essayiste. Dans notre pratique professionnelle, nous avons pu contribuer, notamment, à un meilleur accès à l’information sur l'environnement.

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1 décembre 2009 2 01 /12 /décembre /2009 08:42

          C’était en soirée, il y a une dizaine d’années, un rendez-vous professionnel à propos des ruissellements sur les terres agricoles. Avec le directeur départemental de l’agriculture de ce département, nous évoquions les conséquences sur l’environnement de l’agriculture intensive. Il me précisait que si l’on faisait le bilan environnemental des pratiques agricoles, il serait mauvais, et il ajouta : « quant au bilan économique de l’agriculture française, espérons que personne ne s’y lancera, ce serait catastrophique. » Pourtant, voilà bien le point focal des débats récurrents sur l’agriculture. C’était encore le cas, il y a peu de temps à Neufchâtel-en-Bray (Normandie) où le film « Bocage du Boischaut » de Philippe Henry étayait le débat sur la sauvegarde du bocage brayon (http://sites.google.com/site/arbrepaysdebray). Bien que le débat s’orienta vite sur des aspects concrets, ce qui est réconfortant pour l’avenir, deux aspects étaient frappants : d’abord il se redisait ce qui a été rabâché depuis 30 ans sur les intérêts multiples du bocage, ensuite on mettait en avant une opposition entre économie et écologie. Comment comprendre que depuis plusieurs décennies, avec des arguments fondés, scientifiques, nous ne soyons parvenus qu’à de biens piètres résultats ? Comment est-il possible que les acteurs locaux continuent à se réfugier chacun dans son domaine propre sans parvenir à une synergie constructive entre écologie et économie ?

Il m’a semblé que la clé de cette énigme réside précisément dans un manque d’évaluation. En effet, quel est le bilan réel de l’agriculture française ? Quel bilan écologique, quand le recours aux intrans et aux pesticides est très important avec ses conséquences sur la qualité de l’eau, des sols et la santé ; quand les pratiques intensives conduisent à l’érosion des terres et parfois aux inondations. Quel bilan économique quand la production agricole est rémunérée davantage par le contribuable que par le consommateur ; quand les « dégâts collatéraux » sont pris en charge par la collectivité et non par leurs auteurs. Combien coûte et combien rapporte  l’agriculture à l’environnement et à l’économie (parce qu’il y a bien sûr aussi des apports positifs) ? La question est simple, la réponse beaucoup moins. C’est toujours la même difficulté lorsqu’il s’agit de faire évaluer, par un observateur indépendant, avec la participation des citoyens, une activité aux facettes aussi diversifiées, en considérant toute la chaîne et pas seulement le maillon qui nous convient.

La profession agricole et les chambres d’agriculture sont souvent imaginatives pour défendre leur activité, ce qui est bien naturel. Elles sont donc les mieux placées pour faire preuve de ce courage politique qui consistera à mettre en œuvre une évaluation complète et objective de l’activité agricole. Chiche ! Voir aussi notre chronique « Nationaliser l’agriculture vivrière ? » du 17-11-09.

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Published by Michel Lerond - dans Economie
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