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  • : Le blog de Michel Lerond
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  • Michel Lerond
  • Ecologue et essayiste. Dans notre pratique professionnelle, nous avons pu contribuer, notamment, à un meilleur accès à l’information sur l'environnement.

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4 janvier 2024 4 04 /01 /janvier /2024 08:22

     L’Anthropocène est en voie d’achèvement, enfin. Cette ère géologique a été caractérisée par l’impact fort des activités humaines : pollutions, effondrement de la biodiversité et bien sûr dérèglement climatique. Depuis l’ère de la cueillette (la préhis­toire) notre relation avec la nature est devenue de plus en plus antagoniste. Ensuite se sont succédées l’ère de l’agriculture (transforma­tion des paysages naturels en paysages construits), puis l’ère industrielle (pollution, transformation en profondeur des paysages et recul de la vie sauvage) et enfin, l’ère de la communication qui a mis en évidence les enjeux majeurs que sont les modifications climatiques et l’érosion de la biodiversité. Ces deux ères, industrielle et de la communication, en gros depuis deux siècles, constituent l’An­thropocène (anthropos signifiant humain), une ère géologique au cours de laquelle l’influence de l’Homme sur la planète est devenue prédominante par rapport aux facteurs naturels, avec une artificialisation grandissante de notre environnement, du vivant et de l’Homme lui-même. C’est la première fois que l’Humanité dispose de tout l’espace planétaire et que son action peut modi­fier la Terre dans sa globalité. Dès lors, l’enjeu n’est pas de « sauver la planète », comme il est trop rabâché, mais de sauver l’Homme ! La nature survivra quoi qu’il en soit, sachant qu’il reste à vivre environ 4 milliards d’années au système solaire ! Par contre l’avenir n’est pas garanti pour chacune des espèces composant cette Nature, y compris pour l’espèce humaine, apparue entre 300 000 et 3 millions d’années, selon les références. Pour que l’espèce humaine, la plus invasive et la plus adaptable qui soit, n’ait pas été qu’une espèce éphémère, il faut donc qu’elle parvienne à consolider sa cohabitation Homme-Nature.

Pour cela, la première condition est d’avoir conscience de la situation et de la regarder frontalement pour agir. Or la dominante actuelle est le déni (refus d’admettre une réalité insupportable) et pire encore, le dénigrement (discrédit des auteurs des informations diffusées). Face à des nouvelles stressantes comme celles liées au climat, plus de la moitié des Français souffrent de « fatigue informationnelle » et se détournent de ces infos, conscients des enjeux, mais pas forcément prêts à changer eux-mêmes. Trop souvent, on a pensé que tout cela ne nous concernait pas, dans des contextes et des pays lointains. Mais l’actualité de ces dernières années, ces derniers mois même, nous a donné un petit aperçu de ce qui pourrait advenir chez nous. Ainsi dans le Pas-de-Calais à l’automne 2023 : pluies diluviennes avec inondations, dévastation de maisons et de fermes, reprises de cultures compromises pour l’année suivante et donc pénuries en tous genres, entreprises en difficulté après délabrement des locaux et des stocks, etc. Après des mois de sécheresse, voilà bien le « toujours plus », avec des évènements plus fréquents et plus intenses qui vont nous obliger, a minima, à nous adapter aux impacts croissants des dérèglements du climat. L’année 2023 a connu les étés les plus chauds jamais enregistrés sur le globe. Pendant cette période 2 milliards d’individus (un quart de l’Humanité) ont été confrontés à des vagues de chaleur hors norme ! Comme nous l’avons rappelé il y a peu, l’ambiance est délétère...

On ne peut pas prétendre affirmer ce qui va se passer dans les décennies à venir, mais on peut imaginer des scénarios probables, selon les orientations que nous allons prendre, ou pas. Quoi qu’il en soit, ce sera bientôt la fin de l ‘Anthropocène… soit du fait de la disparition de l’espèce humaine, soit parce que l’Homme aura su réinventer sa cohabitation avec la Nature, comme auparavant, et pourra ainsi poursuivre son chemin.

- Soit on ne fait rien, refusant l’évidence, et il est clair que dans un délai rapproché, notre civilisation pourrait bien s’effondrer. Les modifications du climat vont générer des difficultés pour les espèces vivantes, dont la nôtre, à supporter des températures extrêmes, des sécheresses ou des inondations à répétition, avec les dommages matériels qui iront de pair. Des pandémies, plus ou moins maîtrisables vont se répandre. La nourriture des populations va être de plus en plus difficile à assurer compte-tenu de l’effondrement de la biosphère, etc. Ces situations vont être exacerbées dans certaines contrées devenant invivables et vont générer des migrations humaines de moins en moins acceptées. La violence entre autochtones et migrants pourrait prendre des proportions ingérables… Pas gai tout cela ! Non effectivement, mais il ne s’agit pas de science-fiction. Regardons la réalité en face avec ces processus en cours d’installation. Arriver à cet état cataclysmique pourrait prendre quelques décennies, mais concernera à n’en pas douter, les Humains nés après l’an 2000.

- Soit on réagit vite, fort, collectivement et avec Humanité. Pour cela sortons du curatif, en soignant le mal seulement quand il est là, et faisons du préventif un axe majeur pour éviter que les catastrophes ne s’enchaînent. Nous sommes continuellement tiraillés entre continuer à produire des richesses pour l’économie ou limiter le réchauffement climatique, avec cette obsession maladive de la croissance. Il faut sortir de ce malentendu sur les finalités de l’économie : il ne s’agit pas de faire croître les profits, mais de faire croître le bien être de tous ! Et « accessoirement », il faut que le monde soit gouverné par des politiques lucides et non par des financiers avides. Le choix est clair : une civilisation qui base son fondement essentiellement sur des échanges mercantiles est vouée à l’échec. La preuve est devant nous : nous avons fait vivre notre économie en brûlant les richesses qui la fondaient. Un monde essentiellement marchand ne saurait viser toujours plus de profit sans se soucier assez de l’utilité de ce qu’il produit et du bien être que cela apporte. Inventons autre chose ! Facile à dire, mais quoi ? Pour cela changeons l’Homme ! Changer l’Homme, cela veut dire que chacun change, vous, moi, en repartant sur de nouvelles bases. Pas facile, non pas du tout. Mais quel défi, quel challenge !

Passons maintenant à autre chose que l’Anthropocène ! Les Hommes du 21ème siècle sont confrontés à ce défi majeur qui consiste à éviter l’effondrement de leur civilisation. Pour cela remettons nous en cause, d’abord individuellement, et construisons ensemble une ère nouvelle, le SYMBIOCENE, comme l’a déjà proposé en 2020 Glenn Albrecht, philosophe australien qui veut positiver les changements écologiques actuels en repensant notre relation symbiotique Homme-Nature : « Les émotions de la Terre : des nouveaux mots pour un nouveau monde » (Les liens qui libèrent – 368 p.). Voilà une belle utopie, penserez-vous et un grand naïf qui la relaie. Oui, mais n’est-ce pas l’utopie qui peut sauver le monde ? Alors que faire pour engendrer cette bifurcation ? Pour ma part, j’ai tenté d’ouvrir des voies : en 2018 « Faire passer le message », en 2020 « Les clés de notre avenir » et en 2023 « A demain… si vous le voulez bien ». Et pour aller plus loin, voilà un nouveau rapport au Club de Rome en 2023 : « Terre pour tous » (Actes Sud - 303 p.) qui propose une feuille de route détaillée avec deux scénarios possibles. Un vrai programme détaillé pour tout reconstruire ! Il y a du boulot ! Mais c’est encore possible ! Et quel enthousiasme pour les jeunes générations que d’avoir la possibilité rare de refaire le monde ! A chacun de nous de choisir… si l’année 2024 sera porteuse d’espoir, ou pas !

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