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  • : Le blog de Michel Lerond
  • : Libre opinion sur les questions d'actualité en environnement et développement soutenable
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  • Michel Lerond
  • Ecologue et essayiste. Dans notre pratique professionnelle, nous avons pu contribuer, notamment, à un meilleur accès à l’information sur l'environnement.

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5 janvier 2010 2 05 /01 /janvier /2010 09:32

L’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) vient de publier, début novembre 2009,  une mise à jour de sa Liste rouge d’espèces animales et végétales menacées  (Voir notre chronique « 44 838 espèces ? » du 25 novembre 2008). La Liste rouge de l’UICN s’appuie sur une série de critères précis pour évaluer le risque d’extinction d’espèces si aucune mesure de conservation n’est prise, elle constitue la source d’information mondiale la plus complète sur le sujet (www.iucn.org/redlist).

Cette Liste rouge évalue 47 677 espèces (contre 44 838 en 2008) et considère que 17 291 sont menacées d’extinction (contre 16 928 en 2008). Parmi celles-ci, 21 % des mammifères, 30 % des amphibiens et 12 % des oiseaux sont concernés, parmi les espèces connues à ce jour. Sur les 12 151 plantes évaluées dans la Liste rouge, 8 500 sont menacées d’extinction, parmi lesquelles 114 sont déjà éteintes, au moins à l’état sauvage. 

Le Directeur du Bureau de l’UICN pour la Liste rouge, Craig Hilton-Taylor, affirme que « Ces résultats ne représentent que le sommet de l’iceberg. Nous n’avons évalué pour l’instant que 47 677 espèces, alors qu’il en existe encore des millions qui sont peut-être sérieusement menacées. Cependant, nous savons par expérience que l’action en faveur de la conservation porte ses fruits, aussi il est important de ne pas attendre qu’il soit trop tard et de commencer à préserver nos espèces maintenant ». Le compteur tourne dans le mauvais sens…

Il est confirmé la multiplicité des causes de ces extinctions, parmi lesquelles la destruction des habitats (forêts et massifs coralliens en priorité) demeure essentielle. La surexploitation des ressources (pêche excessive d’abord) et la pollution jouent également un rôle important. On pressent que l’impact des modifications climatiques sera important, mais on n’en mesure encore que les premiers effets. Avec 778 espèces menacées présentes sur son territoire, la France figure parmi les 10 pays les plus concernés, du fait notamment de ses territoires d’outre-mer.

Jane Smart, directrice du Groupe pour la conservation de la biodiversité de l’UICN affirme : « En janvier (2010) commencera l’Année internationale de la biodiversité. Selon les dernières analyses de la Liste rouge de l’UICN, il sera impossible d’enrayer la perte de la biodiversité en 2010, comme le prévoyait notre objectif. Il est temps que les gouvernements commencent sérieusement à oeuvrer à la protection des espèces et que ce sujet brûlant figure parmi leurs priorités l’année prochaine, car le temps presse. » Bonne année 2010.

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28 décembre 2009 1 28 /12 /décembre /2009 14:26

        Depuis un peu plus de deux ans que ce blog existe, 109 chroniques ont été publiées, en voici le rappel des titres pour 2009 :

 

- 109 chroniques, déjà. 29-12-09

- Noël sur la terre… 22-12-09

- Identité nationale, ou planétaire ? 15-12-09

- Vous avez des dettes ? 08-12-09

- Evaluer l’agriculture ? 01-12-09

- La technologie va tout résoudre ? 24-11-09

- Nationaliser l’agriculture vivrière ? 17-11-09

- Sauver les Parcs ou les Pays ? 10-11-09

- Réactive l’Afrique ? 03-11-09

- Alors, heureux ? 27-10-09

- C’est de l’algue ou du cochon ? 20-10-09

- « Ça va bouillir » ? 13-10-09

- « Jean-Pierre, cultivateur d’arômes », ou plus encore ? 06-10-09

- Vers un G200 ? 29-09-09

- Le monde à l’envers ? 22-09-09

- Des réserves de ciel ? 15-09-09

- Taxer le carbone ? 08-09-09

- Bundanoon fait pschitt ? 01-09-09

- Moins 10 %, c’est grave ? 25-08-09

- Le grand Paris, une idée neuve ? 18-08-09

- Bande d’éboueurs ! 11-08-09

- Casse-noisette ! 04-08-09

- Usnée était en fleurs, quel souvenir ! 28-07-09

- France, pays de la rouspétance ! 21-07-09

- L’école au jardin.            14-07-09

- Mais où sont les généralistes ? 07-07-09

- Sportifs ou gladiateurs ? 30-06-09

- Toujours plus vite ? 23-06-09

- C’est quoi la Gauche ? 16-06-09

- Accordéon, balafon ou bombolong ? 09-06-09

- C’est l’Europe qu’on assassine ? 01-06-09

- Vers une dictature écologiste ? 26-05-09

- Crise ou révolution verte ? 19-05-09

- Combien ça coûte la nature ? 12-05-09

- Vous allez vous acclimater ? 05-05-09

- Paradoxale la ville ? 28-04-09

- Les routiers sont sympas ? 21-04-09

- Les museums : fossiles ou outils d’avenir ? 14-04-09

- Politique de soin ou politique de santé ? 07-04-09

- « Nos enfants nous accuseront » ? 31-03-09

- Redessiner la France ? 24-03-09

- Vive le nucléaire ? 17-03-09

- La maison « tradiporaine » : un défi pour les archis ? 10-03-09

- Vivre à crédit ? 03-03-09

- Climat-énergie : vous ne saviez pas ? 23-02-09

- Comment décider ? 17-02-09

- Biodiversité : vous ne saviez pas ? 10-02-09

- Nationaliser l’eau ? 03-02-09

- Tous des cloportes ? 27-01-09

- Jamais sans ma voiture ? 20-01-09

- Bilan d’activités 2008. 13-01-09

- Qu’est-ce qu’on attend ? 06-01-09

 

Cette dernière chronique index de l’année est l’occasion de vous remercier de votre fidélité à ce blog. Merci en particulier pour vos commentaires toujours avisés et pondérés, ce qui contribue à nourrir notre réflexion commune. Bonne année 2010 à tous et rendez-vous au 5 janvier.

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21 décembre 2009 1 21 /12 /décembre /2009 17:03

 

Ce fut un grand moment de télévision, avec l’émission « Retour en Terre inconnue » sur France 2 (www.france2.fr), le 1er décembre. Dans « Rendez-vous en terre inconnue », un « people » met sa notoriété au service de la sauvegarde de peuplades, de leur environnement et de leur culture en vivant plusieurs jours en immersion avec elles.

C’est ainsi que Muriel Robin est partie en compagnie de Frédéric Lopez pour le Kaokoland, une région semi-désertique du nord-ouest de la Namibie où les Himbas, ethnie Bantoue apparentée aux Herreros, nomadisent avec leurs troupeaux. Patrick Timsit est allé à la rencontre des Mentawai, ou « hommes-fleurs », sur l’île de Siberut, au large de Sumatra ; ce sont des chasseurs-cueilleurs qui vivent au coeur d’une forêt tropicale intacte, en harmonie avec la nature. Charlotte de Turckheim, quant à elle, a mis le cap sur la péninsule du Yamal, dans le grand Nord sibérien, où les Nénètses sont les plus grands éleveurs de rennes de la planète, mais vivant au-dessus d’un trésor convoité par le monde entier : le plus grand gisement de gaz de la Terre. Bruno Solo, enfin, est allé au coeur du “peuple centaure” en Mongolie, un pays exceptionnel avec plus du tiers de sa population encore nomade qui doit coexister avec une nature intraitable.

Ces peuples sont confrontés à de multiples difficultés pour assurer leur survie dans le cadre de leurs traditions et sont de plus en plus souvent confrontés au défi de concilier tradition et modernité. Certains aimeraient garder le meilleur des deux mondes, ce qui n’est guère aisé. Parfois soumis aux contraintes du marché, au développement de leur territoire et au regard du reste du monde, ils sont nombreux à renoncer à leurs traditions, mais souhaitent néanmoins délivrer un message... Pour la première fois, Muriel Robin, Patrick Timsit, Charlotte de Turkheim et Bruno Solo étaient réunis pour partager avec les téléspectateurs les coulisses de leur voyage en Terre Inconnue. Un moment fort de la soirée fut sans conteste la découverte croisée des reportages par les populations rencontrées. L’équipe est en effet retournée, 3 ans après, en Namibie, Indonésie, Sibérie et Mongolie, afin de prendre des nouvelles de ces hommes et ces femmes si différents. Tous ont souhaité rencontrer les autres peuplades pour comparer leurs modes de vie et échanger entre eux.

Cette émission a montré beaucoup d’humanisme et d’éthique. C’était mieux qu’un conte de Noël, puisque c’était vrai. Dans le même temps, en France, commençait le grand débat sur l’identité nationale, il a semblé petit, très petit, comme riquiqui et d’un autre temps… Joyeux Noël.

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15 décembre 2009 2 15 /12 /décembre /2009 08:03

La fin d’année est propice aux rencontres en tous genres où les sujets de discussion peuvent manquer. Voici une possibilité : partir de sujets d’actualité récents, sans rapport apparent entre eux, et essayer de trouver des liens. Par exemple, partir des préoccupations liées aux espèces invasives qui prospèrent aux dépens des espèces indigènes, du débat sur l’identité nationale, de la mort de Claude Lévi-Strauss et du bicentenaire de la naissance de Darwin.

Sous la plume de Laurent Carpentier, le Monde Magazine n° 8 du 7 novembre 2009 publiait un excellent article « Espèces, vos papiers ! » En effet certaines espèces, importées volontairement ou pas, peuvent se développer de façon incontrôlée dans nos contrées au point de mettre en danger les espèces indigènes. Ce sont des espèces généralistes, très adaptables, qui menacent des espèces spécialisées en occupant leurs niches écologiques.

Le 2 novembre le gouvernement français a lancé un « grand débat » sur l’identité nationale. Cette notion divise les citoyens et les politiques, bien qu’elle soit apparue récemment, dans les années 1980, à un moment où la France se sentait déstabilisée et avait besoin de retrouver une identité. A l’heure de la mondialisation et de l’avancée européenne, nombreux sont les Français qui ne comprennent pas bien la justification de ce débat d’un autre âge.

Claude Lévi-Strauss est mort le 30 octobre à 100 ans, il a marqué son temps par ses recherches anthropologiques, mais aussi par sa lucidité sur les menaces que l’expansion humaine fait peser sur la nature et sur l’humanité, car il associait la défense de la diversité culturelle et celle de la diversité naturelle.

Coïncidence des dates, 2009 c’est aussi le bicentenaire de la naissance de Charles Darwin (12 février 1809), père de l’évolutionnisme, et les 150 ans de la publication de son œuvre majeure en 1859 « Sur l’origine des espèces par le moyen de la sélection naturelle, ou la préservation des races favorisées dans la lutte pour la vie ».

Quel rapport ? La problématique des espèces invasives est devenue très populaire depuis peu. Définir l’identité française redevient une préoccupation majeure à chaque période difficile. Dans chaque cas, c’est « l’étranger » qui est la menace. Lévi-Strauss fut apôtre de la diversité sous toutes ses formes et nous ne l’aurions pas vraiment entendu ? Darwin fut « l’inventeur » de l’évolution et nous serions restés terriblement fixistes ? C’est beaucoup de questions qu’il faudra reprendre… après les réveillons. L’ouvrage de Patrick Blandin (De la protection de la nature au pilotage de la biodiversité, éditions Quae, 2009) étaye ces questions et esquisse des réponses. Mais si nous étions tous des Terriens, nature et humanité, quelle belle identité !

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8 décembre 2009 2 08 /12 /décembre /2009 09:22

Vous y voilà enfin : à la fin de cette année vous aurez terminé le remboursement de l’achat de votre maison, des travaux d’isolation effectués il y a 10 ans et du changement de voiture d’il y a 2 ans. Ouf, quel soulagement ! Tous comptes faits, il ne vous reste plus maintenant que 43 000 € de dettes que vous rembourserez, un jour… peut être. L’Etat français est déficitaire depuis 35 ans et la dette atteint maintenant 1 500 milliards €. On prévoit pour 2012 une dette s’élevant à 90 % du PIB, soit 23 500 € par Français, ou encore près de 43 000 € par contribuable puisque la France compte seulement 35 millions de contribuables pour 64 millions d’habitants.

Cette année, les recettes de l’Etat se sont effondrées du fait de la crise et les dépenses ont explosé du fait de la relance. Mais plusieurs pays de l’Union Européenne sont prêts à faire encore pire ! D’ailleurs, consolons-nous, la dette publique mondiale atteint, elle… 35 100 milliards de dollars.

Le déficit budgétaire de la France est de 141 milliards € en 2009 (au lieu des 67 prévus par la Loi de finances initiale). Chaque corporation demande des aides de l’Etat, les industriels de l’automobile, les agriculteurs, les restaurateurs… et aussi une baisse des impôts. La France doit donc emprunter pour payer les intérêts annuels de sa dette, soit environ 60 milliards € pour 2009… On a le vertige ! Après 2012 (élection présidentielle) il faudra bien assainir les comptes publics dans un contexte sans doute très difficile. Attention, impôts en forte hausse en vue. C’est d’ailleurs ce que vient d’annoncer l’Espagne ; quant à la Grande Bretagne, elle taille à la hache dans les dépenses publiques. Il n’y a guère que les Suédois pour tirer une certaine fierté à payer des impôts élevés parce que c’est « un acte de civisme ».

Bon Noël quand même. Ah au fait, si vous souhaitez faire quelques achats exceptionnels pour cette période, n’hésitez pas. Les voyages sont soldés, les piscines sont à prix cassés et les quads sont très tendance pour la nouvelle année. Vous participez ainsi à la relance et si vous éprouvez des difficultés, des tas d’organismes vous proposent des crédits… vraiment concurrentiels. Au cas où vous seriez en surendettement, laissez passer, ça va finir par s’arranger, comme pour les banques ! Les particuliers comme l’Etat peuvent emprunter pour payer leurs dettes et les pays peuvent se racheter leurs dettes entre eux. Nous vivons vraiment une époque formidable, c’est Carnaval à Noël !

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1 décembre 2009 2 01 /12 /décembre /2009 08:42

          C’était en soirée, il y a une dizaine d’années, un rendez-vous professionnel à propos des ruissellements sur les terres agricoles. Avec le directeur départemental de l’agriculture de ce département, nous évoquions les conséquences sur l’environnement de l’agriculture intensive. Il me précisait que si l’on faisait le bilan environnemental des pratiques agricoles, il serait mauvais, et il ajouta : « quant au bilan économique de l’agriculture française, espérons que personne ne s’y lancera, ce serait catastrophique. » Pourtant, voilà bien le point focal des débats récurrents sur l’agriculture. C’était encore le cas, il y a peu de temps à Neufchâtel-en-Bray (Normandie) où le film « Bocage du Boischaut » de Philippe Henry étayait le débat sur la sauvegarde du bocage brayon (http://sites.google.com/site/arbrepaysdebray). Bien que le débat s’orienta vite sur des aspects concrets, ce qui est réconfortant pour l’avenir, deux aspects étaient frappants : d’abord il se redisait ce qui a été rabâché depuis 30 ans sur les intérêts multiples du bocage, ensuite on mettait en avant une opposition entre économie et écologie. Comment comprendre que depuis plusieurs décennies, avec des arguments fondés, scientifiques, nous ne soyons parvenus qu’à de biens piètres résultats ? Comment est-il possible que les acteurs locaux continuent à se réfugier chacun dans son domaine propre sans parvenir à une synergie constructive entre écologie et économie ?

Il m’a semblé que la clé de cette énigme réside précisément dans un manque d’évaluation. En effet, quel est le bilan réel de l’agriculture française ? Quel bilan écologique, quand le recours aux intrans et aux pesticides est très important avec ses conséquences sur la qualité de l’eau, des sols et la santé ; quand les pratiques intensives conduisent à l’érosion des terres et parfois aux inondations. Quel bilan économique quand la production agricole est rémunérée davantage par le contribuable que par le consommateur ; quand les « dégâts collatéraux » sont pris en charge par la collectivité et non par leurs auteurs. Combien coûte et combien rapporte  l’agriculture à l’environnement et à l’économie (parce qu’il y a bien sûr aussi des apports positifs) ? La question est simple, la réponse beaucoup moins. C’est toujours la même difficulté lorsqu’il s’agit de faire évaluer, par un observateur indépendant, avec la participation des citoyens, une activité aux facettes aussi diversifiées, en considérant toute la chaîne et pas seulement le maillon qui nous convient.

La profession agricole et les chambres d’agriculture sont souvent imaginatives pour défendre leur activité, ce qui est bien naturel. Elles sont donc les mieux placées pour faire preuve de ce courage politique qui consistera à mettre en œuvre une évaluation complète et objective de l’activité agricole. Chiche ! Voir aussi notre chronique « Nationaliser l’agriculture vivrière ? » du 17-11-09.

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24 novembre 2009 2 24 /11 /novembre /2009 07:53

Depuis la nuit des temps les inventions humaines ont permis de faire face aux périls générés par la nature, qui est loin d’être aussi docile qu’on voudrait nous le faire croire parfois. Avec l’accélération de l’histoire, les deux derniers siècles ont été particulièrement inventifs en matière de technologie, si bien que l’on est parvenu à une sorte de dogme technologique qui voudrait qu’à chaque problème, la science apporte des remèdes, maintenant ou plus tard. Cela est d’autant plus criant que les enjeux sont importants. A notre époque, le défi climatique témoigne de l’ardeur à inventer de nouveaux remèdes qui renverraient leurs détracteurs au statut d’affreux pessimistes retardataires. Ainsi la montée du niveau des océans ne doit pas inquiéter puisque, déjà, on est prêt à construire des villes-atolls amphibies et autosuffisantes, en somme un concentré de développement durable ! En amont de cela, il n’y a pas à redouter l’augmentation de la teneur en CO2 de l’atmosphère, puisque l’on va pouvoir capter et stocker ce gaz à effet de serre ; alors que l’on pourrait protéger les puits de carbone que représentent les grands écosystèmes planétaires. De plus, le déversement de poussière de fer sur l’océan va favoriser le développement du phytoplancton qui va absorber le CO2 ; mais gare aux effets secondaires de l’appauvrissement de l’océan en oxygène. Des satellites pourvus de panneaux photovoltaïques vont nous procurer de l’électricité propre, ou encore des « fermes de ballons », recouverts d’un film spécial, pourraient être créées pour produire de l’énergie... Voir notre chronique « Renouvelables, vraiment ? » du 9 décembre 2008.

Bien sûr que l’innovation technologique peut apporter des solutions intéressantes. Mais ce qui est frappant dans les discours relatifs à la géo-ingénierie atmosphérique notamment, c’est que les solutions techniques vont permettre de continuer « comme avant », sans remise en cause, alors qu’il nous faudrait plutôt repenser la notion de progrès technologique par rapport au progrès humain. Ainsi, comme le dit très bien Dominique Bidou, l’ingénierie technique, humaine et sociale peut conforter (http://moniblogs.lemoniteur-expert.com/developpement_durable/2009/11/ing%C3%A9nierie.html) le développement soutenable et aider à trouver ensemble un faisceau de nouvelles réponses aux défis de notre temps. La réponse technologique ne doit pas consister obligatoirement en méga systèmes, surtout intéressants financièrement pour leurs concepteurs, mais aussi en multiples innovations à petite échelle. Tout cela nécessite que les solutions proposées soient évaluées sérieusement avant leur mise en œuvre.

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17 novembre 2009 2 17 /11 /novembre /2009 09:20

Aujourd’hui, l’agriculture européenne traverse des difficultés, au moment où un milliard de terriens souffrent de la faim. La récente crise du lait a révélé un raccourci caricatural de la situation : le lait européen, produit à partir de vaches nourries au soja brésilien, crée des carences alimentaires pour les Brésiliens, détruit la forêt, sans permettre aux agriculteurs européens de vivre de leur activité !

La répartition des aides publiques est très disparate selon les spécialisations des exploitations et variable selon les années. Mais les aides représentent entre 77 % et 93 % du revenu net de la « ferme France », ces dernières années. C’est dire que la production agricole est largement financée par le contribuable, très peu par le consommateur, qu’elle est donc une production publique, de fait. Un débat franco-français récurrent porte sur ce qui doit être nationalisé ou pas. Que faut-il nationaliser si ce n’est d’abord ce qui correspond aux besoins primaires de la population, à savoir l’eau et l’alimentation en premier lieu. Alors pourquoi ne pas nationaliser l’agriculture vivrière ? Il ne s’agit pas, bien sûr, de recréer des kolkhoz d’un autre âge ou des kibboutz, ou de transformer les agriculteurs en fonctionnaires. Mais le regard de la société sur l’agriculture est en train de changer et de plus en plus d’agriculteurs français prennent conscience de la nécessité à la fois économique et écologique de changer de méthode. La baisse du revenu agricole n’explique qu’en partie les récentes manifestations, le manque de perspective claire crée une incertitude qui vire à l’angoisse. Les agriculteurs se revendiquent souvent comme « libéraux », mais c’est la libéralisation des marchés qui les tue.

L’agriculture a la grandeur de nous procurer la ressource la plus stratégique qui soit : notre alimentation. Les mesures récentes du gouvernement français visent à renforcer des filières plus courtes et à encourager la contractualisation entre producteurs et industriels. Pourquoi ne pas aller au bout du raisonnement : l’Etat assure le « service public de l’alimentation » en contractualisant (via une agence de l’alimentation) avec les agriculteurs pour définir les productions, leur qualité et leur prix. Quelle agriculture voulons-nous ? Des exploitations concentrées de caractère industriel ou une agriculture de territoire qui garantit la diversité, la qualité et le respect de l’environnement. Il est temps de choisir, faute de quoi certains groupes financiers de la grande distribution, déjà aux abois, sont prêts à investir dans des milliers d’hectares pour produire eux-mêmes les denrées alimentaires.

Voir aussi nos chroniques « Paysan, un métier du futur ? » du 03-06-08 et « Nationaliser l’eau ? » du 03-02-09.

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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 09:02

La réduction du mille feuilles administratif est en chemin et c’est une bonne nouvelle. Reste à préciser quelle sera la méthode et surtout quelles structures seront conservées et avec quelles fonctions. Dans ce pseudo débat, il semble que les Pays aient déjà été considérés comme inutiles… Qu’en sera-t-il demain des PNR, les parcs naturels régionaux (créés par décret du 1er mars 1967), dont les vocations sont si proches de celles des pays.

Certains acteurs locaux se prennent à rêver que, les pays étant à peine créé (loi Voynet de 1999), on pourrait profiter de l’opportunité pour mettre en place ici ou là un parc naturel régional afin d’assurer une meilleure prise en compte de l’environnement. Stratégie opportune ou fausse bonne idée ? En effet, on sait que si les PNR ont des objectifs pertinents et des réalisations souvent à la hauteur de leurs ambitions, ils sont aussi en proie au vertige du mille feuilles territorial. Il peut exister sur un PNR un ou plusieurs pays qui le recoupent en tout ou partie, bien sûr plusieurs communautés de communes qui ne recouvrent pas obligatoirement les pays, sans oublier une multitude de syndicats intercommunaux qui perdurent pour telle ou telle activité sectorielle. Dès lors, ce n’est plus un parc, mais un maquis… Si les praticiens de ces structures, les élus locaux, s’y retrouvent à peine, comment l’électeur moyen peut-il comprendre les inter-relations de cette nébuleuse ?

Les PNR ont été créés pour animer des « territoires d’expérimentation » puis sont devenus des « laboratoires du développement durable ». Soit l’expérience est râtée et il est grand temps de l’arrêter ; soit l’expérience est réussie (ce que je crois) et il faut l’étendre à tout le territoire régional. Alors que faire ? Profiter de la réforme en cours pour créer quelques PNR de plus, supprimer les Pays ou pas, ou bien… « fusionner » les PNR et les pays ? Dès lors chaque pays fonctionnerait comme un PNR, avec des objectifs identiques, en veillant à lui donner une unité et une cohérence territoriale et environnementale. Voilà peut être la clé de ce problème : fusionner les parcs naturels régionaux et les Pays pour davantage de cohérence dans l’aménagement du territoire.

Rêvons un peu : les Pays deviennent des collectivités territoriales à part entière, fonctionnent avec des objectifs de PNR, sont constitués de Communautés de Communes et sont coordonnés par le Conseil Régional. Dès lors la question récurrente de l’utilité des Départements ne trouverait-elle pas sa réponse naturelle ?

Avec une vraie décentralisation, la France gagnerait en lisibilité fonctionnelle, l’aménagement du territoire gagnerait en cohérence et l’environnement gagnerait en efficacité de gestion.

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2 novembre 2009 1 02 /11 /novembre /2009 17:48

Dans le brouhaha du monde, on n’entend guère parler du continent africain qu’en termes de sécheresses, d’inondations, de famines ou de révoltes. L’Afrique risque pourtant d’être une des principales victimes des modifications climatiques et constitue déjà le continent le plus affamé. Les deux problématiques sont d’ailleurs très liées. Limiter la déforestation pourrait contribuer à réduire les émissions de gaz à effet de serre, de même que favoriser l’agriculture vivrière pourrait réduire les famines.

Pourtant les Africains se mobilisent, comme on a pu le constater dans la déclaration de Libreville (Gabon) d’août 2008 qui engage 53 Etats à mieux se coordonner pour réduire les risques sanitaires liés à l’environnement. Mais les universités africaines, populeuses et manquant de moyens, peinent à former les cadres nécessaires. Toutefois le désir d’étudier des jeunes (multiplication par 5 du nombre d’étudiants en 20 ans) est encourageant. On peut invoquer de multiples causes à cette situation, globalement difficile, mais ne faut-il pas que les Africains débattent eux-mêmes de leur avenir, du développement qu’ils souhaitent en se donnant les moyens politiques de cette évolution.

Les paradoxes ne manquent pas quand on constate la diversité de la production agricole exportée alors que 21 pays ont recours à une aide alimentaire extérieure ; que le Nigeria regorge de pétrole qui rapporte des dizaines de milliards de pétrodollars alors que les populations manquent d’électricité et d’infrastructures ; que l’Afrique a peu recours à l’énergie solaire alors que l’Europe envisage la construction de supercentrales qui permettraient d’assurer 15 % des besoins européens en 2025, sans se soucier des besoins locaux…

En ce début de XXIème siècle, l’Afrique se cherche et il semble urgent qu’elle fixe la voie. Après un demi siècle d’affranchissement du colonialisme, revoilà des exploiteurs à l’affût, plus subtils et plus nécessiteux. Ainsi les Etats-Unis, intéressés par les richesses pétrolières, et plus encore la Chine, pour qui l’Afrique est devenue un objectif essentiel. La Chine voit l’Afrique comme un débouché pour ses produits, une destination pour ses travailleurs et aussi une zone de captation des richesses du sous-sol. Jusqu’où ira ce « néo-sino-colonialisme » qui prévoit de délocaliser une partie de l’agriculture chinoise en Afrique où elle exploite déjà plusieurs millions d’hectares et envisage d’installer de l’ordre d’un million de Chinois dans des fermes expérimentales africaines…

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