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  • : Le blog de Michel Lerond
  • : Libre opinion sur les questions d'actualité en environnement et développement soutenable
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  • Michel Lerond
  • Ecologue et essayiste. Dans notre pratique professionnelle, nous avons pu contribuer, notamment, à un meilleur accès à l’information sur l'environnement.

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7 octobre 2019 1 07 /10 /octobre /2019 18:17

     Oh que voilà bien des choses compliquées ! Mais non, c’est très simple, juste un choix à faire pour chacun entre accepter l’effondrement de notre civilisation ou la volonté de réagir. Voilà bien le dilemme, mais il faut d’abord s’entendre sur les mots. La collapsologie désigne l’étude de l’effondrement de la civilisation, terme venant de l’anglais to collapse, s’effondrer. La résilience est un phénomène psychologique qui consiste à rebondir et surmonter les épreuves de la vie.

 

     L’idéologie la mieux partagée des 19e et 20e siècles était le progrès, surtout technologique et économique, avec un caractère quasi dogmatique, mais cette croyance est remise en question du fait de la crise écologique, climat et biodiversité. Nous éprouvons le besoin de nous projeter dans un avenir meilleur, pour nous-mêmes et nos enfants. Les 30 glorieuses (1945-1975) nous ont encouragés dans cette voie, persuadés que cela allait continuer. Pauvres naïfs nous étions. Pourquoi cette remise en cause maintenant ? Nous prenons conscience, avec retard certes, mais tout de même, du dérèglement climatique, de la perte de biodiversité et, qui plus est, d’une démographie mondiale quasi incontrôlée qui remet tout en cause. C’est la désillusion. Si l’on prolonge les courbes relatives à la consommation d’énergie ou d’espaces agricoles en toute insouciance, il est clair qu’en quelques décennies la situation va devenir invivable. Plus nous attendrons pour réagir et plus il sera difficile de redresser la barre. Voilà bien le dilemme !

L’effondrement :

     C’est depuis 2015 que s’est développée la théorie de l’effondrement, suscitant controverses entre adeptes convaincus d’une certaine fin du monde et contestataires qui dénoncent un bluff scientifique. Parmi les premiers il est à noter la présence d’Yves Cochet, mathématicien né en 1946, membre des Verts, député puis ministre de l’environnement en 2001-2002. Il tente de faire prendre conscience d’un effondrement imminent de la civilisation industrielle et des moyens de réduire son ampleur. En 2018, 200 personnalités rejoignaient Yves Cochet dans un appel pour sauver la planète. Depuis on a vu des mouvements de jeunes marcher pour le climat, un succès des Verts aux élections européennes de 2019 et des sondages d’opinion en France qui placent les préoccupations environnementales au premier rang. Yves Cochet imagine un effondrement par la guerre liée au manque de ressources, ou par des épidémies, tout cela en lien avec le réchauffement du climat qui s’accélère et la pénurie d’eau potable. Dans cette hypothèse, au lieu d’être 10 milliards de Terriens en 2050, il se pourrait que nous ne soyons plus que 2 ou 3 milliards. Sans verser dans le catastrophisme, on peut en effet envisager un effondrement de notre civilisation industrielle à terme rapproché. L’utopiste d’aujourd’hui est celui qui croit que tout peut continuer comme depuis deux siècles alors que l’effondrement est notre horizon.

     Les hommes ont cru pouvoir être maîtres de la nature et en tirer profit indéfiniment, en lien avec des mythologies économiques et religieuses. Faut-il le rappeler encore, dès 1972, le rapport du Club de Rome mettait en garde, utilisant déjà le terme d’effondrement et préconisant des limites à la croissance… Il y a presque 50 ans ! Qui a entendu cet appel ? Maintenant, nous voilà face aux réalités. L’effondrement est bien un processus qui mène à une réduction de la fourniture des besoins de base à la population. Par exemple, en cas de catastrophe, Paris ne dispose que de trois jours d’autonomie alimentaire ! Et que penser des conséquences en cascade d’un « simple » accident comme celui de Lubrizol à Rouen survenu en septembre 2019 ? Il s’agit bien là d’un avertissement en termes de réactivité, de communication et d’efficacité des mesures prises. En noircissant juste un peu le tableau, la conjonction d’un effondrement environnemental, économique et social conduirait à une situation particulièrement alarmante. N’oublions pas qu’un effondrement du bloc asiatique pourrait engendre un flux de plusieurs millions de migrants.

     Sans dramatiser, soyons attentifs au moins aux réalités du présent :

     Dans son rapport du 25 septembre 2019 (établi par plus de 100 auteurs de 36 pays, à partir de plus de 7.000 références scientifiques récentes), le GIEC alerte sur « l’urgence à définir des mesures prioritaires pour faire face aux changements durables et sans précédent que subissent l’océan et la cryosphère (les régions gelées de la terre) ». Le niveau de la mer devrait augmenter, selon les hypothèses, de plus de 80 cm en moyenne d’ici 2100, menaçant environ 700 millions de personnes dont beaucoup sont concernées dès maintenant par cette menace sur les habitats côtiers. Sans oublier que la réduction en cours des glaciers d’Europe, et ailleurs, impacte la disponibilité en eau en aval, notamment pour l’agriculture et l’hydroélectricité. Dès maintenant les processus s’accélèrent et les évènements extrêmes, de rythme centennal, vont devenir progressivement annuels. Selon le GIEC, « le réchauffement et l’acidification de l’océan, la diminution de l’oxygène et les variations de l’approvisionnement en nutriments ont déjà des répercussions sur la répartition et l’abondance de la faune et de la flore marines dans les zones côtières, en haute mer et dans les profondeurs océaniques ». 

     Bien entendu, rien n’est sûr et personne n’est en mesure de prédire les échéances et l’intensité des phénomènes, mais il faut étudier les scénarios possibles et leurs conséquences, afin de les gérer au mieux. C’est tout l’intérêt de la collapsologie de nous inciter à tout mettre en œuvre pour éviter la catastrophe.

A suivre : la résilience.

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