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  • : Le blog de Michel Lerond
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  • Michel Lerond
  • Ecologue et essayiste. Dans notre pratique professionnelle, nous avons pu contribuer, notamment, à un meilleur accès à l’information sur l'environnement.

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4 avril 2021 7 04 /04 /avril /2021 09:04

Dès le début de ce blog nous avons attiré l’attention sur l’importance stratégique de l’agriculture vivrière. Les crises sont là pour nous rappeler qu’il faut assurer l’autosuffisance alimentaire d’un pays, d’une région, d’un territoire, ce qui suppose une réorientation totale de l’agriculture autour des savoirs locaux, notamment dans les pays du Sud. Il est urgent de faire évoluer l’agriculture vers une priorité des politiques publiques afin d’assurer le besoin primaire de nourriture, en soutenant notamment la petite agriculture familiale. C’est en effet la petite exploitation qui nourrit d’abord ses gestionnaires, qui s’adapte le mieux à la demande locale et crée des emplois stables. L’évolution du comportement des consommateurs pour privilégier les produits locaux de saison est très encourageante à cet égard.

L’agriculture a la grandeur de nous procurer la ressource la plus stratégique qui soit, notre alimentation. Le regard de la société sur l’agriculture est en train de changer et de plus en plus d’agriculteurs prennent conscience de la nécessité à la fois économique et écologique de changer de méthode. Les mesures actuelles visent à renforcer les filières courtes et à encourager la contractualisation entre producteurs et industriels. Allons au bout du raisonnement en nationalisant l’agriculture vivrière : l’Etat pourrait assurer le « service public de l’alimentation » en contractualisant (via une agence de l’alimentation) avec les agriculteurs pour définir les productions, leur qualité et leur prix. Quelle agriculture voulons-nous ? Des exploitations concentrées de caractère industriel ou une agriculture de territoire qui garantit la diversité, la qualité et le respect de l’environnement. C’est le consommateur qui reste le principal décideur !

Quel est le bilan réel de l’agriculture française ? Quel bilan écologique et quel bilan économique ? Combien coûte et combien rapporte  l’agriculture à l’environnement et à l’économie ? Pour y voir plus clair et sortir des débats biaisés, il faut mettre en œuvre une évaluation complète et objective de l’activité agricole, en considérant toute la chaîne et pas seulement le maillon qui nous convient. C’est une condition première pour repenser l’agriculture pour le futur.

L’objectif central de l’agriculture est bien maintenant de réinscrire les processus culturaux dans le fonctionnement des écosystèmes, comme cela se pratiquait spontanément autrefois. Le principe est toujours le même : composer avec la nature, plutôt que s’y opposer, même si ce n’est pas toujours simple. Cela suppose également de revoir le relationnel sociologique et économique entre les acteurs des territoires : agriculteurs entre eux, agriculteurs et industriels et aussi agriculteurs et semenciers. A cet égard, l’agro-écologie semble entrer dans les mœurs et est de plus en plus prise en compte par la PAC (Politique agricole commune). La permaculture, bien adaptée au maraîchage sur des petites surfaces, y compris en milieu urbain, peut répondre aux besoins de consommation de proximité.

Pour l’avoir souhaité depuis longtemps, je me suis réjoui du lancement début 2020, par la Commission nationale du débat public (CNDP) d’un grand débat national sur l'agriculture. Hélas, la pandémie est passée par là et le débat n’a eu, semble-t-il, que bien peu d’écho. Mais les choses bougent et c’est la première fois qu’un grand débat public est organisé en France sur l’agriculture.

Dans les années 1950, l’agriculture a connu une révolution technologique qui a rendu les agriculteurs dépendants des banques, industriels et semenciers. Tout cela s’est fait ensuite aux dépens de… 700 000 km de haies, pour rechercher des rendements de plus en plus élevés. Il aura fallu un demi-siècle pour que l’on estime à leur juste valeur les services rendus par les haies et bocages aux agriculteurs. La biodiversité hébergée par les haies compte nombre d’espèces utiles à l’agriculture, régulatrices des ravageurs, et les haies sont aussi un régulateur des vents et des ruissellements des eaux de pluie. Là encore, les choses bougent avec l’appel à projet pour replanter des haies (https://draaf.normandie.agriculture.gouv.fr/Mesure-5-2-appels-a-projet) lancé en début de cette année. L’Etat prévoit d’apporter un soutien à la plantation de 7 000 km de haies en France d’ici 2022, afin de recréer des refuges de biodiversité, stocker l’eau et retenir les sols.

Le bon sens semble de retour avec ces plantations de haies et la reconnaissance de l’agro-écologie. Encore faut-il que les jeunes, non issus du monde agricole, qui souhaitent se reconvertir dans ce type d’activité puissent le faire. En effet, les terres sont de plus en plus accaparées par d’importantes sociétés agricoles qui augmentent encore leurs centaines d’hectares avec les conséquences que l’on sait sur le retournement des prairies, l’arrachage des haies, l’érosion des sols et l’appauvrissement de la biodiversité… Sans parler du bilan carbone de ces exploitations qui recourent à des engins agricoles qui s’apparentent à de véritables monstres… et aussi un peu préjudiciables au réseau routier rural.

Les choses bougent. Une révolution positive est possible. Le voulons-nous vraiment ? L’Europe s’engage de plus en plus vers un soutien des formes d’agriculture respectueuses de l’environnement. La décision finale nous appartient, en tant que consommateurs !

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